vendredi 1 janvier 2021

LES VOEUX D'ACRIMED 69

 L'antenne lyonnaise d'ACRIMED vous souhaite une belle et heureuse année 2021 !


 

Depuis vingt-cinq ans, Acrimed fait vivre une critique des médias indépendante et exigeante. Mais nous n’avons (toujours) pas les moyens des grands groupes de presse, de Vincent Bolloré ou de Xavier Niel ! C’est pourquoi nous avons lancé un appel à dons fin novembre : nous avons (encore) besoin de vous pour continuer. Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont contribué, et vive la critique des médias !

 

L’année 2020 a été difficile : une grande partie de nos activités associatives a dû être reportée, et pour la première fois de son histoire, la publication d’un Médiacritiques a été annulée… Mais nous avons poursuivi malgré tout : critique du traitement médiatique des mobilisations sociales, de l’information en temps de crise sanitaire, focus sur les chaînes d’info en continu, mobilisation contre la proposition de loi « Sécurité globale »…

En 2021, nous comptons poursuivre notre activité de critique indépendante... et en accès libre et gratuit ! Et reprendre, dès que possible, nos actions, événements, réunions publiques, etc.

C’est pourquoi nous faisons appel à vous en cette fin d’année, pour nous permettre de boucler notre budget 2020 et de commencer 2021 dans les meilleures conditions

 Pour ce faire nous vous invitons à visiter notre boutique ( https://boutique.acrimed.org/) où vous pourrez régler par carte bancaire, virement, Paypal, chèque ou prélèvement automatique. Un grand merci à vous, et vive la critique des médias !


L’équipe d’Acrimed


Post-scriptum : Vous trouverez ci-dessous plus d’informations sur notre financement et sur notre association.



Nous tenons à notre indépendance : Acrimed ne perçoit aucune subvention et n’a pas recours à la publicité. De plus, nous avons fait le choix d’un site gratuit, accessible sans condition. L’action de l’association repose donc avant tout sur la générosité de nos sympathisant·e·s : les ressources d’Acrimed étaient de 165 000 € en 2019, dont plus des trois-quarts issus des dons et adhésions, soit 125 000 €.

Ces rentrées d’argent correspondent au minimum qui nous permette de fonctionner : nos dépenses se limitent à la rémunération de trois salarié·e·s à temps plein et aux achats courants (loyers du local, frais d’impression et d’affranchissements, frais d’hébergement du site Internet, etc.). En suivant ce lien, vous trouverez toutes les informations sur notre association et son financement.


Notre association


Née du mouvement social de 1995, dans la foulée de l’Appel à la solidarité avec les grévistes, notre association, pour remplir les fonctions d’un observatoire des médias s’est constituée, depuis sa création en 1996, comme une association-carrefour.

Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante. Acrimed poursuit plusieurs objectifs :

Informer

Informer sur l’information (sur son contenu et sur les conditions de sa production), sur les médias, sur les journalismes et les journalistes, grâce à la mise en commun de savoirs théoriques, de savoirs professionnels, de savoirs militants.

Contester

Contester l’ordre médiatique existant, sa concentration, sa financiarisation, la marchandisation de l’information et de la culture, l’anémie du pluralisme et du débat politique, l’emprise des sondages (et des instituts qui en font commerce), les connivences, les complaisances, l’implication des entreprises médiatiques dans la contre-révolution néolibérale… Contester également celles et ceux qui dominent et perpétuent un ordre médiatique qui, en l’état, est tout sauf le pilier d’une véritable démocratie.

Mobiliser

Mobiliser et se mobiliser avec toutes les forces disponibles (partis, syndicats, associations…) pour construire un véritable front de lutte à la mesure des enjeux. La question des médias est une question politique essentielle, elle doit le devenir ou le redevenir, et doit faire l’objet d’un combat politique.

Proposer

Proposer des transformations en profondeur des médias. Si un autre monde est possible, d’autres médias le sont aussi. Et pour qu’un autre monde soit possible, d’autres médias sont nécessaires. C’est pourquoi Acrimed s’efforce d’élaborer des propositions, précises et concrètes, qui font l’objet d’un débat toujours ouvert au sein de l’association et avec nos partenaires.

 


lundi 28 décembre 2020

MOBILISONS-NOUS LES 3,16 ET 30 JANVIER CONTRE LA LOI SÉCURITÉ GLOBALE ET LES AUTRES TEXTES LIBERTICIDES

 

Nous relayons le communiqué de la coordination « StopLoiSecuriteGlobale » appelant à de nouvelles mobilisations en janvier 2021.  

La coordination nationale #StopLoiSécuritéGlobale donne rendez-vous aux défenseur·se·s des libertés dès le dimanche 3 janvier 2021, à Paris, à l’occasion de la Marche blanche en mémoire de Cédric Chouviat. Un an après la mort de ce père de quatre enfants, entre les mains de la police, nous serons aux côtés de sa famille. Son père Christian Chouviat avait déjà accompagné la délégation reçue au ministère de l’Intérieur lundi 23 novembre, malgré les réticences de Gérald Darmanin.

 

Nous appelons aussi à de nouvelles Marches des libertés, samedi 16 janvier, partout en France, avant un grand rassemblement, samedi 30 janvier, à Paris. Cette dernière date mêlera les voix des journalistes, documentaristes, réalisateur·trices, victimes et familles de victimes de violences policières, associations de droits humains et artistes solidaires du combat contre les lois liberticides.

D’ici là, nous appuierons les actions qui ont pour objectif le retrait des articles 21, 22 et 24 de la proposition de loi dite « Sécurité globale », le retrait du Schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) et de toute autre disposition élargissant la surveillance de masse ou faisant reculer le droit à l’information. La coordination nationale #StopLoiSécuritéGlobale continuera à informer sur les conséquences délétères de ces textes, par le biais de clips réalisés par l’équipe vidéo de la coordination, donnant un éclairage juridique et faisant témoigner des victimes de violences policières.

Depuis le premier rassemblement organisé le 17 novembre devant l’Assemblée nationale, notre coordination n’a cessé de s’élargir. Formée à l’initiative des quatre principaux syndicats de journalistes dont le SNJ et de la Ligue des droits de l’Homme, elle comprend aujourd’hui des associations ou collectifs représentant les métiers de la presse et des médias, et aussi des organisations œuvrant dans le domaine de la justice, des libertés numériques, de la défense de l’environnement ou contre les violences policières et leur impunité.

Dans le même temps, des coordinations locales se sont formées à travers tout le pays et plus de 150 villes ont connu au moins une manifestation contre la proposition de loi « Sécurité globale ».

Malgré une mobilisation de très grande ampleur (500 000 manifestant·e·s en France, le 28 novembre), déployée dans un contexte d’état d’urgence sanitaire et de confinement, le gouvernement et les parlementaires se sont contentés d’effets d’annonce s’agissant de la réécriture de l’article 24 de la proposition de loi « Sécurité globale ». Texte que le Sénat semble vouloir fusionner avec l’article 18 du projet de loi « confortant les principes républicains », précédemment nommée « contre le séparatisme ».

Ni la commission Delarue sur les rapports entre journalistes et forces de l’ordre ni le « Beauvau de la sécurité » ne sauront nous détourner de notre objectif. Du reste, Emmanuel Macron n’a toujours pas répondu à notre demande de rendez-vous adressée par courrier et publiée sous la forme d’une lettre ouverte le 14 décembre.

Par ailleurs, notre opposition aux dispositifs de surveillance généralisée instaurés par les drones et les caméras piétons, ou à la sélection des journalistes instaurée par le nouveau SNMO n’a pas été entendue. Des décrets parus en décembre étendent les possibilités de fichage aux groupements et notamment aux opinions politiques ou syndicales, aux comportements et habitudes de vie...

Les pressions politiques de policiers se présentant en uniforme et en plein couvre-feu devant les domiciles d’élu·e·s ou devant des tribunaux confirment nos craintes quant à l’instauration d’un véritable État de police par la combinaison du SNMO, de la proposition de loi « Sécurité globale » et du projet de loi « confortant les principes républicains ».

Tant que ces textes liberticides ne seront pas abandonnés, nous défendrons sans relâche nos libertés.

La coordination #StopLoiSécuritéGlobale fédère des syndicats (dont le SNJ), sociétés, collectifs, associations de journalistes et de réalisateur·trices, confédérations syndicales, associations, organisations de défense de droits humains, comités de victimes et de familles de victimes de violences policières, collectifs de quartiers populaires, exilé·e·s et Gilets jaunes.

 

mercredi 9 décembre 2020

VOIR : ENTRETIEN DAVID DUFRESNE ET NOOMAN (COLLECTIF "OEIL")

Entretien avec NnoMan, photo-journaliste indépendant et membre du collectif "OEIL" et David Dufresne, journaliste indépendant sur le site d'ACTA ZONES,un média autonome et partisan qui produit vidéos, entretiens et articles d'intervention - de l'intérieur des luttes.

le site d'ACTA ZONE : https://acta.zone/ 


🔴 VERS UN ÉTAT AUTORITAIRE ?
🎥 
David Dufresne et NnoMan reviennent sur la séquence actuelle et le basculement autoritaire du quinquennat Macron.
 
De la loi sécurité globale à la loi contre "les séparatismes", il est fait état d'une autonomisation de la police, poussée par les syndicats policiers qui de victoires en victoires imposent un rapport de force écrasant auprès du Ministère de l'Intérieur.
 
Si l'article 24 de la loi pourrait être réécrit, alors même qu'il a été voté il y a une semaine, ou qu'il pourrait être recopié mots pour mots dans la loi contre "les séparatismes", il faut noter cette pression constante : interdire de diffuser les images de violences policières, car c'est bien la guerre des images qui est en jeu.
De l'antiterrorisme au droit commun, les différentes lois présentent un schéma particulier : une société sous contrôle, où les contre pouvoirs sont écrasés. Les mobilisations massives seront dès lors décisives quant à l'étendue de ce tournant sécuritaire.
 


lundi 30 novembre 2020

"VIVE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE" par Gilles BALBASTRE

VIVE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

Alors que des centaines de milliers de personnes ont manifesté samedi à travers la France contre les violences policières et une dérive inquiétante du pouvoir en place, la presse quotidienne – libre – brandit ce dimanche matin à sa « une » sa conception idéologique de la liberté !

Gilles Balbastre
  
 

jeudi 26 novembre 2020

EN SOUTIEN À NnoMAN, JOURNALISTE INDÉPENDANT ET MILITANT, FRAPPÉ PAR LA POLICE

Nous reproduisons un tweet posté le 18 novembre dernier par le photo-journaliste indépendant Nnoman, co-fondateur du collectif OEIL, en soutien à son droit d'exercer librement son travail de témoin, de militant et de critique de l'ordre social établi.

Comme d'autres journalistes et militants ou encore simples opposants, Nnoman a été menacé (dont une de destruction de son matériel professionnel) puis frappé par les forces de police lors de la manifestation du 17 novembre, violemment réprimée, contre la Loi dite de "Sécurité globale" !



 



Des liens vers des articles d'ACRIMED  sur le traitement médiatique de la loi "Sécurité globale":

https://www.acrimed.org/Loi-Securite-globale-BFM-TV-et-LCI-desinforment

https://www.acrimed.org/Loi-securite-globale-vers-une-information


samedi 14 novembre 2020

Interdiction de diffuser les images des policiers : le droit d’informer est en danger

 Nous publions une tribune collective, signée par des étudiants, des journalistes, des universitaires et des organisations dont Acrimed, qui dénonce les dispositions liberticides de la loi « relative à la sécurité globale ». En particulier son article 24, qui prévoit de sanctionner la « diffusion du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de police ».

 


 

 

« J’avais fait une promesse, qui était celle de ne plus pouvoir diffuser les images des policiers et des gendarmes sur les réseaux sociaux. Cette promesse sera tenue puisque la loi prévoira l’interdiction de la diffusion de ces images », résume Gérald Darmanin, interrogé par Jean-Jacques Bourdin sur la proposition de loi relative à la sécurité globale.

Ce texte, les député·e·s LREM sont pressé·e·s de le faire passer, sans doute craignent-ils une levée de boucliers légitime pour défendre la démocratie. Sinon comment pourrait-on expliquer que cette loi fasse l’objet d’une procédure accélérée ? Quelle urgence, en plein confinement, justifie cette attaque liberticide ?

Déjà, en février dernier, Mediapart révélait que Christophe Castaner, à l’époque encore ministre de l’Intérieur, envisageait de « contrôler la diffusion de vidéos montrant les violences policières », reprenant ainsi les revendications des syndicats de police les plus liberticides. L’information avait déjà fait à l’époque bondir les défenseur·se·s des libertés publiques. Le ministre de l’Intérieur avait alors nié étudier une telle loi, affirmation pourtant démentie quelques heures après par ses propres services.

Quelques semaines après, en mai, c’était au tour des député·e·s LR, Éric Ciotti en tête, de ressortir cette idée du placard. Sans succès.

Cette fois-ci, le texte pourrait bien être adopté. Derrière cette nouvelle attaque contre les libertés fondamentales, les député·e·s LREM, dont Christophe Castaner et Jean-Michel Fauvergue, deux ténors de la majorité présidentielle. Le gouvernement est clair, la proposition liberticide.

L’article 24 prévoit en effet « un an d’emprisonnement et une amende de 45.000 € » pour sanctionner la « diffusion du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de police dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique ».

Nous, journalistes en devenir, professionnel·le·s de l’information, syndicats de journalistes représentatifs de la profession, associations de défense des droits humains, avocat·e·s et usagers des médias, tenons à alerter l’opinion publique sur de telles menaces. Il en va de la liberté de la presse et, plus largement, du droit d’informer et d’être informé·e.

En effet, un flou persiste sur cette notion d’« intention » de « nuire à l’intégrité physique et psychique ». Cette partie de la loi vise sans doute à tenter de rassurer, mais nous sommes nombreux à ne pas être dupes.

Toutes les personnes qui ont déjà filmé et photographié les forces de l’ordre le savent : ces dernières s’opposent régulièrement, souvent violemment, à la captation de leur image. Agressions, intimidations, garde à vue, destruction du matériel : les exemples ne manquent pas, les victimes sont nombreuses.

Pourtant, à ce jour, aucune loi particulière ne donne raison à de tels agissements : les forces de police et de gendarmerie n’ont pas de droit à l’image particulier lors des manifestations. Mais ne soyons pas naïfs, cette nouvelle disposition ne pourra que rendre l’opposition de la police encore plus systématique, plus violente, peu importe le sens souhaité par le législateur.

Les dérives possibles avec un tel arsenal juridique sont inquiétantes. On connaît la puissance d’instrumentalisation et de lobbying des syndicats de police. Si cette loi passe, qui peut affirmer que ces derniers n’exigeront pas des réseaux sociaux la censure de toute image d’abus policiers ? Un tel scénario est d’autant plus à craindre que la loi française rend ces plateformes responsables des images « manifestement illicites » qu’elles ne censureraient pas après signalement.

Nous le savons tous : Facebook , YouTube et Twitter n’iront pas jusqu’au procès, ils préfèreront supprimer toutes les images désignées comme potentiellement sensibles. Vidéos de violences policières comprises, bien évidemment.

Or, sans ces vidéos, la réalité des abus policiers resterait trop souvent invisibilisée, niée dans son existence même. Trop souvent, elle l’a été dans les quartiers populaires d’abord, puis dans les cortèges ou dans les différents lieux d’expression politique.

Ce sont nous, étudiant·e·s en journalisme, journalistes de terrain, associations de défense des droits et observateur·rice·s régulier·e·s de la police, qui les documentons et participons à les visibiliser, via nos enregistrements, d’abord diffusés sur les réseaux sociaux puis repris par les médias traditionnels.

Les violences policières existent, nos images les attestent, les rendent réelles aux yeux de l’opinion. Ce alors même que les autorités françaises nient leur existence et persistent, une nouvelle fois, à vouloir invisibiliser.

C’est ce contre-pouvoir, nécessaire en démocratie, que le gouvernement et sa majorité parlementaire souhaitent enlever aux citoyen·ne·s, aux journalistes encore soucieux de dénoncer ce qui ne va pas dans nos sociétés. La police doit agir sous la surveillance des citoyen·ne·s. Même devant les smartphones ou les caméras, si le public le juge nécessaire pour notre démocratie.

Sans ces outils, sans celles et ceux qui les braquent, combien de violences policières auraient été passées sous silence ?

Bien souvent ces vidéos, qu’elles soient le fait de journalistes, de citoyen·ne·s ou directement des victimes des abus policiers, peuvent aussi constituer des éléments de preuve pour la justice, comme pour la mort de Cédric Chouviat ou d’Aboubakar Fofana.

Avec cette loi, et sans ces vidéos, qui aurait entendu parler de Geneviève Legay, militante pacifiste de 73 ans, gravement blessée à la tête dans une charge policière d’une violence inouïe ? Qui aurait entendu parler d’Alexandre Benalla si notre confrère Taha Bouhafs n’avait pas diffusé son visage sur les réseaux sociaux ?

Aujourd’hui, la priorité du gouvernement n’est pas de résoudre le problème du lien entre la police et le citoyen, mais de s’attaquer à la diffusion du message, en condamnant journaliste, manifestant.e ou habitant.e des quartiers populaires. Leur politique ? « Cachez ces violences policières que je ne saurais voir. »

Ne nous leurrons pas, ce projet de loi s’inscrit dans un contexte préélectoral où la majorité présidentielle court après les quelques voix sensibles aux arguments sécuritaires. En accédant aux demandes de certains syndicats de police, le pouvoir souhaite rendre toujours plus difficile l’accès à une information indépendante donc dérangeante, sur le travail de la police.

La force publique, au service de tous, doit être observable en tout temps, par toutes et tous ?

Dans un État démocratique respectueux du droit international et de la liberté d’informer, ce serait inutile.

Inutile de rappeler au pouvoir la nécessité de maintenir coûte que coûte ce droit, comme le répètent l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de réunion et d’association ou encore la Fédération européenne des journalistes (FEJ) et le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECPMF), dans le code de la liberté de la presse pour la police.

Alors que les manifestations et leurs observateur·trice·s sont de plus en plus réprimé·e·s, nous nous inquiétons de voir le gouvernement céder à ce point aux sirènes liberticides lorsque celui-ci aurait dû se tenir au chevet des 2.500 manifestants blessés en 2019. Notons également que plus de 200 journalistes ont été empêché·e·s de travailler, blessé·e·s ou mis en garde à vue, depuis novembre 2018, lors d’opérations de maintien de l’ordre en France.

Filmer les agissements et les comportements des agents des forces de l’ordre, dans leur action, doit rester un droit ! Il en va de la liberté de la presse, de la liberté de manifester, de notre démocratie.


Liste des signataires :

Organisations : Syndicat national des journalistes (SNJ) ; SNJ-CGT, syndicat national de journalistes de la CGT ; Acrimed, association de critique des médias ; Ligue des droits de l’Homme ; Malik Salemkour, président de la LDH ; Pierre-Antoine Cazau, Observateur, président de la section de Bordeaux LDH ; Attac France ; Raphaël Pradeau, Aurélie Trouvé et Maxime Combes, portes-parole d’Attac France ; Peuple Révolté, Collectif de Convergence des Luttes ; Fondation Copernic

Les personnalités universitaires et en dehors du journalisme : Larrere Mathilde, historienne ; De Cock Laurence, historienne et enseignante ; Ludivine Bantigny, historienne ; Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS ; Silyane Larcher, chercheure au CNRS, Lévrier Alexis, MCF, historien de la presse ; Gilles J. Guglielmi, Professeur de droit public ; Pouget Grégoire, président de l’association Nothing2Hide ; Vergiat Marie-Christine, ancienne Eurodéputée ; Elliot Lepers, le Mouvement ; Smidt Chloe, observatrice des droits de l’homme ; Jérôme Graefe, juriste, observateur de l’Observatoire parisien des libertés publiques ; Avert Erik, universitaire ; Rain Simono, juriste

Rédactions et collectifs de photographes/journalistes : Collectif REC, Reporters en Colère ; Kelaouiñ, collectif de journalistes pour la liberté d’informer en Bretagne ; Collectif Presse-Papiers ; Société Des Journalistes de LeMédia TV ; La rédaction de Reporterre, La rédaction du journal Fakir ; La rédaction de Radio Parleur, le son de toutes les luttes ; La rédaction de La Meute , un média pour photographier le social ; La rédaction de Bastamag, média indépendant ; La rédaction de la Relève et la Peste ; Rapports de force ; Rue89Lyon ; Polka Magazine ; Collectif OEIL ; Tendance Floue, collectif de photographes ; Collectif Prism ; Primitivi, télévision de rue ; La Mule du Pape, média indépendant ; Collectif Gerda

Signature journalistes  : Taha Bouhafs, journaliste à Là-bas si j’y suis ; Valentin Gendrot, auteur de “Flic” ; Soudais Michel, Rédacteur en chef adjoint de Politis ; Debove Laurie, rédactrice en chef de La Relève et la Peste ; Mathieu Molard, rédacteur en chef de StreetPress.com ; Inès Belgacem, red-cheffe adjointe à StreetPress ; Rousseaux Agnès et Sophie Chapelle, journalistes à Basta ! ; Nicolas Mayart, journaliste au MédiaTV ; Jérémy Paoloni, photographe ; Maxime Reynié, journaliste, créateur de maintiendelordre.fr ; Ulysse Logéat, Photo-Reporter à Taranis News ; Wilfrid Estève, photographe et directeur de l’Agence Hans Lucas ; Alain Genestar, journaliste et directeur de publication de Polka Magazine ; Bruno Barbey, Photographe Magnum Photos ; Sebastião Salgado ; Olivier Culmann, photographe ; Louis Witter, photojournaliste ; Yann Levy, photojournaliste ; Stéphane Trouille, reporter vidéaste ; Martin Bodrero, journaliste co-fondateur de Radio Parleur ; Walid Salem, journaliste et directeur de publication Rue89 Bordeaux ; Alexis Kraland, journaliste ; Gaël Cérez, rédacteur en chef de Mediacités Toulouse ; Nnoman Cadoret, photoreporter - collectif OEIL ; Julien Pitinome, photo reporter - collectif OEIL ; Théo Giacometti, photojournaliste ; Hascoët Julie, photographe membre de l’agence Myop ; Lamoulère Yohanne, photographe ; Michele Gurrieri, directeur de la photographie ; Baya Bellanger, journaliste et réalisatrice de documentaire ; Jean-Marie Leforestier, journaliste à Marsactu ; ValK, photographe ; Tixador Léo, graphiste à Le Média TV et journaliste ; Tulyppe, photo-journaliste ; Patrice Nice journaliste et photographe indépendant ; Fastre Sandra, photographe ; Estelle Ruiz, Studio Hans Lucas ; Sylvain Ernault, journaliste ; Blot Tiphaine, JRI ; Amanda Jacquel, journaliste indépendante ; Pauline Achard, journaliste à Liberation ; Toufik-de-Planoise, correspond local de presse Factuel.info - Radio BIP/Média 25 ; HARDOY, Matthias, journaliste ; Jeanne GOBIN, photojournaliste ; Ptak Guillaume, journaliste ; Théophile Pouillot-Chévara, Photojournaliste ; Alexandra Lassiaille, journaliste ; Baptiste Soubra, Photographe ; Lyafori Imane, Journaliste ; Léo Lefrançois, journaliste ; Daphné Deschamps, journaliste ; Thomas Clerget, journaliste ; Romain Boyer, photographe indépendant ; Lily Blue, photographe indépendante ; Eloise BAJOU, journaliste/photojournaliste ; Bastien Lion, journaliste ; Gaspard Flamand, journaliste ; Gazzoti Julie, photoreporter indépendante ; Marine Regini, journaliste ; Camille Estève, journaliste ; Clémentine Semeria, iconographe ; Ljubisa Danilović, photographe ; Thomas Baron, Photographe indépendant ; Maëlle Benisty, journaliste ; Julien Lormier photographe ; Christian Badger, photographe ; Thomas Hakenholz, vidéaste ; Cauhepe Pauline, Journaliste indépendante et photographe ; Escrihuela Méline, journaliste ; Anne Paq, photographe ; Louisa Benchabane, journaliste ; Clémentine Bonnet, photographe ; Kevin Piotrowski, journaliste ; Gabriel Pacheco, Photo-Reporter ; Mollé Nicolas, journaliste ; Auriane Duroch-Barrier, journaliste ; Philippe Borrel, auteur et réalisateur de films documentaires ; Lily Jaillard, journaliste ; Matthieu Chassain, pigiste ; Raphaël Kessler, photographe ; Stéphane Lavoisard, journaliste ; Pierre Salard, journaliste ; Liponne Nicolas, Photojournaliste ; Coissac Noémie photographe ; Crouzillat Hélène, réalisatrice ; Antoine de Raigniac, photojournaliste ; Maxime Buchot, journaliste ; Simon Abraham, journaliste ; Antoine Medeiros, journaliste ; Jean-Francois Fort, photographe ; Padovani Ugo, photographe ; Raillard Quentin, journaliste ; Justine Canonne, journaliste ; Antoine Atthalin, Resp. Communication Radio Parleur ; Tanguy H., journaliste ; Souteyrat Mathias, journaliste ; Vincent Kelner, journaliste ; Jean Saint-Marc, journaliste ; Gonon-Guillermas Georges, photographe ; Margaux Dzuilka, journaliste ; Etienne Cornec, journaliste ; Roche Mathilde, journaliste ; Fares El Fersan, photographe ; Rahmil David-Julien, journaliste ; Allag-Morris Safia journaliste ; Fares Lydia, photojournaliste ; Louis Claveau - JRI ; Laura poli, journaliste ; Marine Vlahovic, journaliste ; Bonhoure Matthieu, journaliste ; Maud Charlet, journaliste ; Emmanuel Davila, journaliste ; Dominique Faye, journaliste honoraire ; Aït Ouariane Maria, journaliste ; Coline Charbonnier journaliste ; Barriaux Céline, enseignante ; Hervé Bossy, photographe ; Pierre Isnard-Dupuy, journaliste ; Anne-Claire Veluire ; David Hury, journaliste et photographe ; Iliès Hagoug, journaliste ; Hélène Servel, journaliste indépendante ; Béatrice Turpin, JRI et réalisatrice de documentaires ; Hubinet Nina, journaliste ; Campitelli Nicolas, journaliste ; Sophie Eyegue, journaliste alternante ; Leïla Beratto, journaliste ; Thierry Noël-Guitelman, journaliste honoraire ; Benoît GILLES, journaliste ; Juliette Vincent Seignet, journaliste ; Clara Monnoyeur, journaliste ; Hélène Bourgon, journaliste ; Sandrine Lana journaliste ; Charlotte Machado, journaliste ;Christophe Noisette journaliste ; Minault Eve, réalisatrice de documentaires ; Julien Vinzent, journaliste ; Juliette Cabaço Roger, journaliste ; Gwenvael Delanoe, journaliste ; Zinzius Quentin, journaliste ; Carayol Rémi journaliste indépendant ; Nolwenn Weiler, journaliste ; Laura Diab, journaliste ; Alexis Montmasson, journaliste ; Romain Bouvet,journaliste ; Alexis Montmasson, journaliste ; Thomas Gropallo, journaliste ; Philippine Kauffmann, journaliste ; Simon Becquet, journaliste ; Valentin Monnier, journaliste ; Hadrien Degay Delpeuch, Graphiste & Musicien ; Chloé Dubois, journaliste indépendante (Collectif FOCUS) ; Matthieu Lacroix, photojournaliste ; William Zarour, directeur de production ; Pierre France, journaliste ; Slick Marie-Claude journaliste ; Lio Viry, journaliste ; Bourboulon Isabelle ; Larminach Guylaine - Auteur ; Hippolyte Radisson, journaliste ; Michel Desbordes, journaliste ;

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lundi 26 octobre 2020

SORTIE DE "MÉDIACRITIQUES N° 36 : I"INFO EN CONTINU, JOURNALISME À LA CHAÎNE"

 

Le n°36 de Médiacritiques, notre revue trimestrielle, va bientôt sortir de l’imprimerie. Avec un dossier complet sur l’information en continu, des rubriques et des articles inédits, des dessins de Colloghan et la Une signée Soulcié ! À commander sur notre boutique en ligne, ou à retrouver en librairie. Et surtout, abonnez-vous !

 


 

« Les chaînes d’information françaises sont indépendantes et non partisanes », déclarait Marc-Olivier Fogiel, main sur le cœur, en novembre 2019 dans Les Échos. Il faut dire qu’en matière d’indépendance le désormais patron de BFM-TV sait de quoi il parle : au cours de sa longue carrière de mercenaire du PAF, il s’est successivement mis au service des groupes Lagardère et Bouygues, en passant par Canal+ et M6. Sans même parler de sa proximité affichée avec le couple Macron.

Indépendantes, les chaînes d’info ? L’affirmation a de quoi faire sourire. En dehors de Franceinfo et France 24, elles sont la propriété de trois industriels : Patrick Drahi (BFM-TV et i24News), Vincent Bolloré (CNews) et Martin Bouygues (LCI). Et leurs investissements, dans un secteur majoritairement déficitaire, n’ont rien de désintéressé. Par-delà la valorisation de l’image de marque, ils s’inscrivent avant tout dans une logique d’influence : multiplier des plateaux, les invités, les obligés. De manière directe ou indirecte, contrôler et façonner la parole médiatique.

La qualité de l’information ? Une variable d’ajustement. Les chaînes d’info sont emblématiques d’un modèle d’information « low-cost » : budgets réduits au possible, travail journalistique automatisé, recyclage généralisé d’informations produites ailleurs… Un modèle basé avant tout sur les recettes publicitaires, et qui induit une concurrence acharnée pour des parts d’audience (p. 4). Sous les décors et plateaux clinquants, c’est l’usine : les journalistes produisent vite et mal des contenus sitôt « consommés », sitôt oubliés. De quoi « anéantir de fait le journaliste en tant que travailleur intellectuel autonome », comme le souligne Sophie Eustache (p. 17).

Même sur le service public, il semble qu’il soit difficile de penser l’information en continu « autrement ». France Télévisions en eut la prétention au moment de créer sa chaîne d’info en 2016 (Franceinfo) ; mais le slogan n’aura pas fait illusion bien longtemps, et les programmes de la chaîne publique reflètent peu ou prou ce qui se fait (mal) ailleurs (p. 21).

À des degrés divers, toutes ces chaînes « low-cost » portent haut les couleurs du journalisme de commentaire et de pseudo-« débats » à sens unique, où « experts », sondologues et communicants rivalisent de banalités en continu pour pas cher (p. 13). « Il existe une sorte de paresse intellectuelle. Tout le monde se copie, ronronne un peu, emploie les mêmes termes pour parler des mêmes sujets », note David Pujadas, dans un (rare mais cynique) éclair de lucidité (Le Monde, 25 août).

Les crises politiques et sociales en font particulièrement les frais, qui voient les rédactions coiffer le képi et jouer la partition du maintien de l’ordre (p. 19). Mais la petite musique est en réalité permanente : la médiocrité des dispositifs de débat, le suivisme à l’égard d’agendas politiques sécuritaires, l’absence de réel pluralisme sur les plateaux sont autant de facteurs qui normalisent, jour après jour, le traitement des thématiques les plus droitières dans le débat public.

Lesquels permettent aux promoteurs des idées d’extrême droite d’être parfaitement à l’aise sur les chaînes d’info (p. 27), et contribuent à de réguliers matraquages réactionnaires (p. 36). Une politique éditoriale (souvent) assumée : certaines émissions de débats s’arrachent les agitateurs racistes comme de véritables produits d’appel (p. 40).

Alors, « non partisanes », les chaînes d’info ? Voire… Au-delà des apparences de « neutralité » que de trop nombreux commentateurs leur accordent encore, elles véhiculent un modèle de « journalisme » toujours plus pauvre, et toujours plus aux ordres.

 

 

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Ce numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans quelques rares – mais d’autant plus précieuses – librairies listées plus bas, ainsi que sur notre boutique en ligne.

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samedi 17 octobre 2020

LIRE : "chaînes d'info : l'extrême-droite en croisière"

A lire sur le site national d'ACRIMED,  un article important et remarquable.

Son autrice, Pauline Perrenot, y dresse un état des lieux inquiétant, en s'appuyant sur une analyse fortement argumentée, de la diffusion des idées d'extrême-droite dans le traitement de l'information, et en particulier sur les chaines d'info.

Chaînes d’info : l’extrême droite en croisière

par Pauline Perrenot,

Bien au-delà du seul cas d’Éric Zemmour, on assiste ces dernières années à une banalisation et à un enracinement des discours d’extrême droite, islamophobes ou racistes dans les médias dominants. C’est tout particulièrement le cas sur les plateaux des talk-shows des chaînes d’info. Nous analysons ici les mécanismes qui, alliés à la complaisance (ou au militantisme) des éditorialistes, chroniqueurs, directeurs et patrons de chaînes, entretiennent ce climat délétère.

D’Olivier Galzi, établissant des comparaisons entre le voile et l’uniforme SS (LCI, 19 oct. 2019), à Éric Zemmour, décrivant les migrants de Lesbos comme des « envahisseurs […] qui n’ont qu’un espoir, c’est […] imposer leurs modes de vie à nos pays » (CNews, 26 juin) ou parlant des mineurs isolés en affirmant : « Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont. […] Il faut les renvoyer » (CNews, 29 sept.) ; en passant par Judith Waintraub, à qui il suffit de voir une femme voilée à l’écran pour faire un parallèle avec les attentats terroristes du 11 septembre [1], ou encore Yves Thréard, qui confesse en plateau : « Il m’est arrivé, en France, de prendre le bus ou un bateau où il y avait quelqu’un avec un voile, et je suis descendu » (LCI, 14 oct. 2019)… Pas une semaine ne passe sans que des propos racistes ponctuent le « débat public », la plupart du temps, sans contradiction.

Islam, immigration, « insécurité » : disons-le d’emblée, ce sont à ces obsessions que nous nous intéresserons dans cet article. Obsessions qui ne sont pas la chasse gardée du seul Rassemblement national, ni même la propriété de la droite la plus conservatrice. À force de raccourcis, d’amalgames et de fantasmes permanents, les discours xénophobes et islamophobes irriguent désormais un large spectre du champ politique et médiatique, en particulier sur les chaînes d’info, dont les plateaux sont quadrillés par les rentiers de la polémique [2].

Prendre au sérieux leur inquiétant défilé sur les plateaux de télévision nécessite de s’interroger sur les conditions objectives qui ont permis – si ce n’est une hégémonie – l’enracinement et l’ascension de la pensée d’extrême droite et de ses obsessions dans les chaînes d’info. En particulier dans les talk-shows qui, s’ils ne sont pas du tout isolés dans l’écosystème, concentrent néanmoins les travers et les pratiques favorisant cette banalisation.

Comment comprendre qu’une chaîne comme LCI puisse interrompre son antenne pour diffuser le discours haineux du multirécidiviste Éric Zemmour à la tribune d’un groupuscule d’extrême droite, sans inclure ce « moment » médiatique dans un continuum plus long d’acceptation des paroles racistes ? Comment comprendre plus d’un mois de matraquage médiatique autour du voile sans l’intégrer dans l’indexation, à l’agenda des médias, des thématiques fétiches de l’extrême droite ? Comment comprendre l’acharnement contre une manifestation dénonçant l’islamophobie sans souligner la fatuité des éditorialistes, têtes chercheuses à polémiques pratiquant un « journalisme à la louche » ? Comment comprendre une rentrée médiatique polarisée autour de « l’ensauvagement », hystérisée par les débats « sécuritaires », sans pointer la fait-diversion de l’actualité et l’anémie du pluralisme, sur laquelle prospèrent les voix de droite et d’extrême droite, visiblement seules à même d’occuper le champ sur de tels sujets ?

Poser ces questions permet sans doute de mettre en valeur les mécanismes structurels qui sous-tendent – et accélèrent – la droitisation des chaînes d’information en continu. Des mécanismes insidieux que nous synthétiserons en quatre points : (1) les dispositifs du clash et de l’opinion ; (2) la fait-diversion de l’actualité et la mise à l’agenda des thématiques fétiches du RN, construites souvent ex nihilo comme des « priorités des Français » ; (3) l’anémie du pluralisme ; (4) la fabrication d’agitateurs en tant que produits d’appel.


1. Le journalisme-comptoir et les combats de catch


« On s’en fiche des chiffres ! » (28 août) Ce cri du cœur vient d’un journaliste. Julien Pasquet, CNews, doublure de Pascal Praud, comme lui ancien journaliste sportif, comme lui désormais présentateur d’un match de catch quotidien, plus communément appelé « talk-show généraliste ». De nombreux journalistes se sont émus de cet aveu, oubliant que ce confrère n’a fait que verbaliser un principe appliqué par la plupart des professionnels du commentaire. Oubliant, également, qu’il n’en a pas la parenté : le 20 septembre 2018, sur la même chaîne, la journaliste de Valeurs actuelles Charlotte d’Ornellas tançait déjà son contradicteur, Clément Viktorovitch, à propos des statistiques de l’immigration : « On se fout des chiffres sur ce débat. […] Est-ce que oui, ou non, la France a changé de visage ? »

Rien de nouveau sous le soleil, donc : sur les chaînes d’info, on « débat » au doigt mouillé [3]. Ce 28 août, sur le plateau animé par Julien Pasquet, il est question de « l’insécurité », et le journalisme est comme chaque jour au tapis. Les différents intervenants sondent, glosent et interprètent chacun à leur tour les « ressentis » des Français en se fichant effectivement des chiffres, sur fond d’images de violences qui défilent à l’écran. Il ne s’agit pas de faire du journalisme, mais de construire le récit d’une actualité chaotique, fabriquée à partir de faits divers, sélectionnés et empilés les uns sur les autres : « Il y a un sentiment dans ce pays » résume Julien Pasquet.

C’est sur ce type de journalisme-comptoir caractéristique des talk-shows que prospèrent tous les « fast-thinkers », et plus encore les chroniqueurs d’extrême droite. Commenter des faits divers, invectiver, idéologiser des ressentis, politiser la peur, butiner les sondages : leurs positions et leurs propos sur l’islam, la sécurité, l’immigration ou l’autorité trouvent dans les médiocres dispositifs un moule à leur mesure. Et la feuille de route est claire : tous les débats sont pré-cadrés dans un mouchoir de poche, les réponses contraintes au « oui/non », et chaque invité ne peut s’exprimer plus d’une vingtaine de secondes sans être (au mieux) coupé. Affranchis des faits comme de toute règle scientifique, les commentateurs sont portés par le commentaire ambiant et par les récits médiatiques dominants, en vogue depuis des décennies : « On vient vers vous, on vous demande : "La France est-elle en déclin ?" Vous dites oui ou non ? Et vous Gérard, oui ou non ? » (Pascal Praud, 16 sept.) Du pain béni pour le « oui » des réactionnaires.

Un tel formatage écrase la complexité du réel et exclut que soient mobilisées des perspectives historiques, sociales, etc. en guise d’explication des phénomènes. Nous l’écrivions déjà en novembre 2018 : « Dans leur conception même, ces émissions défigurent, voire dissolvent la confrontation d’idées et la bataille d’arguments au profit de la construction de postures, adoptées par des personnalités en vogue, converties en de simples personnages (d’un bien triste film) ». A fortiori quand le débat n’est que trop rarement « régulé ». Les présentateurs/animateurs interviennent, prennent position, distribuent les bons points et au besoin surenchérissent plus qu’ils ne font circuler la parole, ne coordonnent, orientent ou encadrent les débats.

Ainsi, si éditorialistes et politiques « se lâchent » et multiplient les déclarations tapageuses, c’est parce qu’ils savent qu’ils interviennent dans des dispositifs qui le tolèrent, voire le suscitent. Si leurs propos semblent toujours plus outranciers, c’est qu’ils savent qu’ils sont attendus sur ce registre, qu’ils ne seront donc que rarement repris en direct, et que leurs discours seront a posteriori (et dans le meilleur des cas) qualifiés de « gouttes d’eau », qui tombent pourtant dans un vase à ras-bord depuis longtemps. Le 10 septembre, dans l’antre « progressiste » de Yann Barthès (« Quotidien », TMC), Nicolas Sarkozy pouvait ainsi faire une association d’idées entre « singes » et « nègres » en plateau sans être perturbé ni contredit par aucun des journalistes en présence.

Basées sur le clash, les postures de ces agitateurs sacralisent en outre des valeurs virilistes, si ce n’est masculinistes, particulièrement chères à l’extrême droite [4]. Un esprit de spectacle et de combat de coqs que synthétisait Jean-Pierre Elkabbach face à Bernard Henri-Lévy dans la matinale de CNews, le 15 octobre 2019 :

Vous êtes tout à fait mûr pour participer lundi prochain à un débat avec l’excellent débatteur Éric Zemmour. C’est une belle affiche, qui est, pour beaucoup de gens, surprenante. […] [Et] vous pourrez faire une deuxième rencontre, une troisième rencontre ? […] Sinon on dira que vous avez eu peur !

Et c’est sans peur que le soldat BHL est revenu « croiser le fer » avec Zemmour, moins d’un an après leur premier débat, le 26 juin. Ce dernier déclarait cette fois-ci que le soldat SS était « un frère humain » : visiblement, la « contradiction » de BHL fut constructive…

Et pourquoi se priverait-il d’une énième provocation, tant les propos racistes, baptisés au mieux « polémiques », au pire « coup de gueule », structurent le débat public ? Presque chaque jour, des saillies déchaînent les services de « débunkage » des sites de presse. Les fact-checkeurs fact-checkent, mais les mensonges persistent : Éric Zemmour émet des attaques sur un plateau de CNews, le contenu est démenti le lendemain par Checknews, mais Jean-Jacques Bourdin reprend les mêmes arguments le surlendemain dans son interview de BFM-TV. Tant est si bien que, comme nous l’écrivions dans un précédent article, « même absent, Zemmour est un "débatteur" omniprésent ». Et de plus en plus déconnecté, le huis-clos des talk-shows ressemble à s’y méprendre à une succession de commentaires Twitter. Un journalisme de la petite phrase – qui ne date pas d’hier – dont l’extrême droite, qui a toujours fait du scandale et de la provocation une stratégie politique, tire profit, a fortiori quand elle dispose de nombreux porte-parole rodés et bien en place, invités quotidiennement ou salariés par les chaînes d’info.


2. « L’ensauvagement » de l’agenda médiatique


Si de tels pseudo « dérapages » peuvent avoir lieu presque quotidiennement, c’est aussi parce que l’agenda médiatique s’y prête. Un agenda faisant la part belle aux thématiques fétiches de l’extrême droite : les questions sécuritaires et les « polémiques » sur l’islam y occupent une place démesurée, qu’elles soient déployées à travers le commentaire de faits divers ou le « décryptage » de la communication politique. En la matière, la rentrée médiatique d’août-septembre 2020 est une leçon de chose. Une « rentrée des incendiaires », dont Samuel Gontier a fait la chronique en s’intéressant tout particulièrement aux cas de CNews, LCI et BFM-TV : « Au menu, petits nouveaux et vieux croûtons composent une soupe rance où l’ensauvagement le dispute au complotisme pour exhaler des relents d’extrême droite. » [5]

Aux discussions protéiformes sur « l’ensauvagement » ont en effet succédé les décryptages fleuris (et anticipés) du futur projet de loi sur le « séparatisme », en passant par un matraquage en deux volets concernant le voile (« affaires Imane » et « Maryam Pougetoux » [6]), sans oublier la rentrée politique de Marine Le Pen – dont on diffuse le discours en direct (ce qui est loin d’être le cas pour l’ensemble des responsables de partis) – , le « reviendra-reviendra pas » de la nièce Marion Maréchal, et en surplus, quelques débats autour du « déclin français » et du rétablissement de la peine de mort [7].

Des thématiques traitées à travers tous les formats des chaînes d’info (interviews, talk-shows, reportages, etc.). On ne compte plus le nombre de micros tendus à Gérald Darmanin, expert en communication, que les journalistes suivent à la trace jusqu’à médiatiser son plus petit déplacement dans le plus petit commissariat. On ne compte plus le nombre de micros tendus aux députés LR, RN et LREM, invités à prendre parti dans la guéguerre Darmanin/Dupond-Moretti autour du terme « ensauvagement », pour le plus grand bonheur des talk-shows :

 



Et quand elles n’ont pas les yeux rivés sur l’agenda politique, les chaînes d’info montent en épingle le moindre fait divers à même d’étoffer le grand récit de l’insécurité. Bruno Jeudy s’y connaît :

Le problème, ce qui compte, c’est la perception des Français. […] [Les propos d’Éric Dupond-Moretti parlant de « fantasme »] paraissent déconnectés de ce que les Français viennent de subir ces deux derniers mois ! Les Français, ces deux derniers mois, ils ont vu des faits divers qui sont absolument horribles ! Des actes sauvages qui ont choqué ! […] Qu’on le veuille ou non, c’est comme ça ! (BFM-TV, 1er sept.)

Si la tendance n’est pas nouvelle – tant les faits divers occupent une place démesurée dans les programmes de flux comme dans les programmes de stock [8] – la rentrée 2020 est significative à cet égard, et rappelle combien les grands médias agissent sur le réel comme autant de loupes grossissantes et déformantes à la fois. Un effet d’optique qui, sur CNews, est même érigé en directive éditoriale. À propos de Serge Nedjar, bras droit de Vincent Bolloré et patron de CNews, le Canard enchaîné révèle le 23 septembre :

Son obsession sécuritaire envahit les journaux en continu. Un programmateur se marre : « Le service police-justice de la rédaction a pour consigne d’être très réactif sur les faits divers anti-flics, les incivilités anti-Blancs. Ils chassent ces infos sur Twitter, Facebook. En juillet, un mec avait préparé un off pro-migrants pour la matinale, il a été convoqué le lendemain…

Cette construction très politique de l’agenda médiatique – certes habituelle, mais qui atteint en septembre un acmé –, est accompagnée, comme il se doit, par des instituts de sondages qui apportent leur lot de manipulations. En août 2019 par exemple, l’Ifop communiquait tambour battant : « 44% des Français jugent tout à fait prioritaire la lutte contre l’immigration clandestine. » Problème : l’item n’arrivait qu’en neuvième position sur les quatorze « préoccupations » de la population… Il n’en fallut pourtant guère plus aux chaînes d’info pour médiatiser le gros titre, et, une fois de plus, tordre le bâton pour le plus grand bonheur des xénophobes.


3. Le pluralisme dans un cul de sac


Dans un tel contexte médiatique, l’extrême droite est en croisière. Une croisière d’autant plus paisible que le pluralisme est aux abonnés absents. Nous avons déjà, dans de précédents articles, rendu compte de l’omniprésence de la galaxie réactionnaire – incluant les journalistes issus de la presse conservatrice jusqu’à la fachosphère – dans les talk-shows. Une surface médiatique disproportionnée, qui plus est souvent déguisée. Et surtout inversement proportionnelle à celle de personnalités à l’opposé de l’échiquier politique, qu’il s’agisse de journalistes (en particulier indépendants), d’acteurs issus de la sphère politique, associative ou intellectuelle en capacité d’apporter une contradiction étayée aux thèses sécuritaires et xénophobes [9]… Sans parler des militants antifascistes, ou simplement des personnes régulièrement visées (ou victimes) des « polémiques » islamophobes en particulier, racistes en général.

Ce contraste structurel explique évidemment l’extrême pauvreté du « panel d’idées » proposées aux téléspectateurs. Panel dont Jean-Pierre Elkabbach donnait les contours en qualifiant comme « combat des idées » au sommet un débat sur l’islam radical opposant Éric Zemmour à… Bernard-Henri Lévy : « La confrontation s’organise d’abord avec celui qui est le plus loin de soi » s’amusait-il alors [10]. Quand les positions de BHL et de Zemmour sont censées « baliser » le « débat sur l’islam »… tout est dit !

Même tendance du côté de LCI, où les patrons semblent avoir une drôle de manière de pratiquer le « pluralisme ». Comme le note la journaliste Lucie Delaporte (Mediapart), « David Pujadas, […] a […] recruté en cette rentrée, dans un style plus respectable, Alain Finkielkraut et Caroline Fourest dans son émission "24 heures Pujadas". Les deux essayistes ayant comme point commun une obsession sur l’islam qui permettra à la chaîne de faire bonne mesure face à ses concurrentes. » [11] Le hasard des recrutements, sans doute.

Au-delà des chroniqueurs permanents, le problème du pluralisme réside dans le choix des invités sollicités en plateau à un instant T pour commenter une « polémique » ou plus généralement, une « actualité ». Les matraquages contre les femmes voilées se font par exemple systématiquement sur le dos des premières concernées, jamais – ou de façon extrêmement marginale – représentées en plateau. Il suffit pour s’en convaincre de regarder un an en arrière, au moment où l’hystérie médiatique bat son plein après l’agression verbale d’une mère de famille voilée par Julien Odoul, élu du Rassemblement national, en plein Conseil régional. Checknews résumait alors le problème [12] :

Entre le 11 octobre et [le 17 octobre] […], ce ne sont pas moins de 85 débats sur ce seul sujet qui ont eu lieu sur LCI, CNews, Franceinfo et BFMTV. Au total, CheckNews a recensé 286 interventions sur ce thème (dont quelques personnes ont été invitées plusieurs fois pour discuter du même sujet). Aucune femme voilée n’a participé à ces débats.

Littéralement invisibles donc, quoique surexposées… De la même manière, lorsque le débat médiatique se change en logorrhée sécuritaire (à l’occasion d’une manifestation, d’un projet de loi, d’un fait criminel d’ampleur, etc.), les grands médias parient en masse sur les « spécialistes de l’ordre » : sont ainsi conviés, de façon ultra majoritaire, des politiciens de droite et d’extrême droite, visiblement seuls à même de fournir les « réponses pragmatiques » attendues par des chefferies éditoriales acquises au maintien de l’ordre. Autant de séquences télévisuelles qui, là encore, font les beaux jours de l’extrême droite médiatique et politicienne. À cet égard, CNews bat des records. À la fin du mois d’août, le cadre du Rassemblement national Jean Messiha se sera ainsi pavané plus de neuf heures en cinq jours sur les plateaux de la Bolloré compagnie [13]

Le champ intellectuel, enfin, pâtit de la même dynamique : tapis rouge pour les agitateurs réactionnaires, confusionnistes et d’extrême droite (également promoteurs du « on-ne-peut-plus-rien-dire ») ; porte close pour les essayistes, chercheurs de la gauche critique, ou intellectuels antiracistes. Une inégalité structurelle là encore, que les grands médias pratiquent « sans qu’aucune logique proprement journalistique puisse justifier ces asymétries » [14]. Pour une « actualité » commune (la parution d’un ouvrage par exemple), une personnalité pourra ainsi faire la tournée des médias, et l’autre, n’y figurer nulle part : depuis la rentrée, et contrairement à de nombreux auteurs, Michel Onfray se promène en grande pompe sur les plateaux pour promouvoir un essai sur la santé ou le second numéro de sa revue Front Populaire… La dure loi de la « censure », sans doute.


4. Le racisme : une rente pour les propriétaires autoritaires


La course au buzz pratiquée par les talk-shows, et l’emballement de l’agenda médiatique (immigration, insécurité, islam, etc.) sur lequel prospère l’extrême droite, ne peuvent enfin se comprendre sans l’arrière-plan dans lequel ils s’inscrivent : la concurrence acharnée à laquelle se livrent les chaînes d’information en continu ; et le choix délibéré de Vincent Bolloré de mettre CNews au service de ses convictions politiques, en appliquant un management autoritaire et une politique de la terre brûlée. Un fonctionnement contre lequel les chroniqueurs réactionnaires n’ont d’ailleurs jamais un mot plus haut que l’autre. Et pour cause… tant le système les plébiscite.

C’est entendu : les chaînes d’info se livrent une bataille féroce pour de (relativement faibles) parts d’audience, mais qui demeurent un levier essentiel pour les recettes publicitaires. Audiences qui font l’objet d’une communication récurrente sur les réseaux sociaux et à l’antenne de la part des chaînes, avant d’être commentées en permanence dans l’ensemble de médias, très occupés à se regarder le nombril. Dans ce petit jeu en huis clos, CNews, en particulier, a fait le choix de promouvoir un agitateur raciste tel qu’Éric Zemmour. Non sans succès, si l’on en croit certains commentateurs : « Éric Zemmour plus fort que Cyril Hanouna » titre Le Parisien (3 sept.) ; « Éric Zemmour sur CNews double Cyril Hanouna sur C8 » signe le lendemain Le Figaro (4 sept.).

Prétextes à doper l’audience, les éditorialistes réactionnaires sont pensés comme de véritables produits d’appel. Et quand bien même les audiences d’un talk-show restent bien moindres que celles d’un JT, les émissions de débat jouent un rôle majeur dans le paysage médiatique : leurs contenus sont davantage relayés sur les réseaux sociaux, commentés, « décryptés », et des extraits servent régulièrement de cadrage à d’autres émissions du PAF. Tant est si bien que, comme le note Le Figaro (4 sept.), « en cette rentrée, il faudra compter avec CNews. À partir de la fin de journée et durant la soirée, CNews est régulièrement leader des chaînes d’info. Et au global, elle se classe à présent sur la deuxième marche du podium, avec 1,1% d’audience en août, derrière BFMTV à 2,7% mais devant LCI à 1%. » Une progression en partie due à la présence d’Éric Zemmour, ayant « propulsé la case stratégique du 19 h-20 h ». CNews revendique d’ailleurs une nette augmentation des téléspectateurs depuis son recrutement, autour de 500 000 par soir (contre 80 000 avant son arrivée).

Un business du racisme, en somme, que les propriétaires de chaînes et les chefferies éditoriales, bien au-delà du cas de CNews, ne rechignent pas à exploiter. À propos du virage de la chaîne de Vincent Bolloré, misant, dixit Le Figaro, « sur des personnalités clivantes et en éditorialisant fortement ses rendez-vous », Gérald-Brice Viret, directeur général des antennes et des programmes du groupe Canal+, déclare : « Avec Serge Nedjar, le DG de CNews, nous récoltons aujourd’hui les fruits de ce positionnement. […] Nous perdons autour de 10 millions d’euros. L’objectif, en tenant compte de la crise du coronavirus, est d’atteindre l’équilibre financier en 2022. » (Cité par Le Figaro, 4 sept.).

Un tournant éditorial qui fait doublement saliver l’actionnaire Bolloré : d’une part, la chaîne retrouve les niveaux d’audience de 2015 et réduit ses pertes ; de l’autre, ses positions ultraconservatrices – dont il ne s’est jamais caché – envahissent le débat public. Il faut sans doute également rappeler combien le fonctionnement autoritaire et antidémocratique qu’il a instauré au sein du groupe profite à l’extrême droite. Un fonctionnement dont les Garriberts ont décrit tous les ressorts [15], reposant sur une toute puissance déléguée à une poignée d’exécutants qui partagent ses valeurs. En octobre 2019, alors que Zemmour est en passe d’être recruté pour une quotidienne en récompense d’un appel à la guerre civile, alors que la décision provoque quelques remous dans la rédaction, la direction coupe court aux éventuelles velléités de révolte des journalistes :

« Vous pouvez faire six mois de grève, Zemmour viendra. » La menace a été proférée à des journalistes de CNews par son directeur Serge Nedjar […]. Et de fait, Éric Zemmour arrive. Contre vents de colère et marées d’indignation. Et sans le moindre jour de grève. (Les Jours, 10 oct. 2019.)

Fin de partie. Lorsqu’un média avance sur de telles bases, où l’autoritarisme et le management par la peur sont les bras armés d’un projet éditorial d’extrême droite, lui-même adossé à des objectifs financiers, les perspectives d’une « sortie par le haut » pour le journalisme semblent de plus en plus lointaines… Se livrant bataille à partir d’une telle feuille de route, les chaînes d’info huilent chaque jour davantage les rouages de l’extrême droite, et l’ordre médiatique dérive mécaniquement. Et si CNews continue d’être « à part » dans le paysage audiovisuel – tant la « foxnewisation » y est poussée à son paroxysme – le continuum avec ses voisines est très net, et le nivellement se fait par le bas – ou plutôt par la droite. LCI notamment, qui « talonne » CNews en termes d’audiences, ne cache pas vouloir « rattraper » sa concurrente. À l’aide des mêmes ingrédients… pour la même soupe. En cette rentrée 2020, la chaîne « tout info » de Bouygues, recrute, parmi ses « nouveaux talents », Alain Finkielkraut, Éric Brunet, Arnaud Stéphan, ancien conseiller de Marion Maréchal (Marion Maréchal que LCI dément avoir sollicitée malgré les allégations de cette dernière...), et aligne les euros pour débaucher Alexandre Devecchio (Le Figaro, anciennement sur CNews dans l’émission de Zemmour). Un mercato fort réussi, dans la continuité de la rentrée précédente.


Le pire n’est jamais certain


Bien des mécanismes internes au système médiatique permettent d’expliquer comment l’extrême droite et les discours islamophobes ou racistes s’enracinent, de manière insidieuse et durable, en particulier dans les talk-shows des chaînes d’info. Analyser ces mécanismes comme des « accélérateurs » ou des conditions objectives favorables ne revient pas, toutefois, à nier la dimension proprement idéologique et politique à l’œuvre dans cet enracinement. Bien au contraire. Il est désormais évident que nombre d’animateurs, journalistes et personnalités occupant des positions de pouvoir dans les hiérarchies éditoriales – jusqu’à leur sommet (patrons de chaîne et actionnaires) – font le pari d’un militantisme politique assumé ancré à l’extrême droite.

Un pari d’autant plus facile à mettre en œuvre que les rapports de force internes aux rédactions, tout particulièrement au sein de CNews, sont hautement dégradés, et que le pouvoir de décision des journalistes, comme leurs capacités d’organisation, sont réduits à peau de chagrin. Le contexte social et économique du pays, comme la reconfiguration brutale et rapide du champ politique (aimanté par les droites) ne sont évidemment pas neutres dans cette affaire. Il y a plus de six ans, nous écrivions déjà que « les fonctions de légitimation et d’incitation » que jouent les grands médias à l’égard de l’extrême droite en général et du Rassemblement national en particulier s’inscrivent dans un paysage global :

L’enracinement [du Front National] est avant tout l’un des effets de la longue crise du capitalisme et de sa gestion néo-libérale, économiquement inefficace et socialement désastreuse, par les gouvernements qui se succèdent en France sans que les politiques changent radicalement. [Et qui se double] d’une crise politique de la représentation par les partis dominants et d’une crise sociale, qui met durement à l’épreuve les solidarités ouvrières et populaires : reflux des luttes sociales victorieuses, recul de la perspective d’une inversion des rapports de forces par des mobilisations collectives et, par conséquent, tentations du repli, qu’il soit national, identitaire ou communautaire.

Dans la société comme dans les médias dominants (télés en continu en tête), la persistance des mêmes causes aboutit donc à l’approfondissement des mêmes effets. Aussi la bulle médiatique entretient-elle cette course folle, vitrine de premier plan d’un débat public devenu orwellien, dans lequel agitateurs et communicants se disputent les fauteuils pour débattre de tout et n’importe quoi n’importe comment. Causes auxquelles s’ajoutent d’autres tendances porteuses pour la banalisation de l’extrême droite, que nous pointons régulièrement en critiquant la dépolitisation systématique de la politique dans les grands médias, dont le RN, « hyper dédiabolisé » selon les mots de Nathalie Saint Cricq, récolte les fruits [16]. Les innombrables « sagas » journalistiques autour de la famille Le Pen, les entretiens accordés à Marion Maréchal en cette rentrée, les spéculations autour de sa possible candidature en 2022 sont autant d’exemples d’un journalisme politique au rabais, fasciné par les « coulisses » et asservi aux logiques électoralistes dominantes.

Dans ce domaine comme dans tous les autres, les chaînes d’info et les « débats télé » marquent le pli, mais sont loin d’être les seules : les dépeindre comme des repoussoirs, des cas « à part » serait une erreur. L’écosystème médiatique global, radios et presse écrite, s’inscrivent plus ou moins ouvertement dans une même tendance. Fin janvier 2020, pour lancer la seconde parution de sa nouvelle formule, L’Express [17] faisait par exemple le choix d’une Une d’anticipation en évoquant, plus de deux ans avant l’élection présidentielle, une « hypothèse crédible » :

 

 

Si un tel moment advient, il sera alors difficile de nier la part active qu’y auront pris les grands médias. Pour autant, le pire n’est jamais certain. Et c’est le rôle de la critique des médias de rendre compte des dynamiques mortifères dans lesquelles est pris le système médiatique… pour mieux les combattre.


Pauline Perrenot

mercredi 14 octobre 2020

APPEL À DONS : PAS "D'ARGENT MAGIQUE" POUR ACRIMED !

 

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Nous remercions une nouvelle fois, et très chaleureusement, toutes celles et ceux qui ont déjà contribué, cette année encore... En grande partie grâce à vous, nous avons d’ores et déjà les ressources pour financer les deux tiers de notre budget annuel. Mais hélas, le compte n’y est pas encore... et la fin d’année s’annonce encore riche en activités (nous avons, entre autres, le projet de développer de nouveaux formats audio ou vidéo). Pour l’atteindre, nous avons besoin de votre soutien.

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lundi 12 octobre 2020

4e Festival de Conférences gesticulées de Lyon & Environs du 5 au 26 novembre 2020 :" Conf-iné·e en Mars ? Gesticule en Novembre ..."

Après interruption du fait du confinement en mars dernier, le 4e Festival de Conférences gesticulées de Lyon « Agitons nos idées » revient pour une Saison 2 : du 5 au 26 novembre 2020.

A souligner en particulier du côté de la thématique des médias  la conférence gesticulée de Philippe Merlant le Jeudi 19 novembre à 18h30  à la Médiathèque Villefranche/Saône - « Le mystère du journalisme jaune » ainsi qu'en complément, un atelier inspiré des méthodes du théâtre forum qu'il animera sur laCritique des Médias le Mercredi 18 novembre à 14h - Médiathèque Villefranche.

 


Le programme complet

1. Conférences gesticulées :

  • Jeudi 5 novembre à 20h - MJC Vaulx-en-Velin - « J’avais pas vu le coup venir » (Sophie ASSANTE)
  • Samedi 7 novembre à 15h30 - MJC Oullins - « Itinéraire d’une sale gosse » (Mélody DABADI)
  • Vendredi 13 novembre à 20h30 - MPT des Rancy (Lyon 3e) - « Le coup de poing n’est pas parti ! » (Jean-Marc JOURDAN)
  • Mardi 17 novembre à 20h30 - MJC Vaugneray - « Aux frontières du droit » (Julie ALLARD)
  • Jeudi 19 novembre à 18h30 - Médiathèque Villefranche/Saône - « Le mystère du journalisme jaune » (Philippe MERLANT)
  • Vendredi 20 novembre à 20h30 - Médiathèque L’Arbresle - « Autrices, lutteuses et poétesses remontent en selle ! » (Laure CLERJON)
  • Vendredi 20 novembre à 20h - MJC Villeurbanne - « Sans haine, sans arme, ni violence » (Xavier RENOU)
  • Samedi 21 novembre à 19h - MJC Jean Macé (Lyon 7e) - « Et baisse les yeux quand je te parle » (Camille PASQUIER)
  • Jeudi 26 novembre à 20h - MJC Saint Just (Lyon 5e) - « L’Écran ... Méchant loup ? » (Philippe CAZENEUVE)

2. Ateliers :

  • Critique des Médias (Théâtre-forum) - Mercredi 18 novembre à 14h - Médiathèque Villefranche - animé par Philippe MERLANT (gratuit)
  • Déconstruisons les stéréotypes - Vendredi 20 novembre à 15h - Médiathèque L’Arbresle - animé par Laure CLERJON (prix libre)
  • Forma(c)tion à la désobéissance civile - Samedi 21 novembre de 9h30 à 17h - MJC Villeurbanne - animé par Xavier RENOU (30 €)

 Participation libre et consciente à l’entrée des conférences. Ce festival n’est pas subventionné. (NB : La conférence de Philippe Merlant organisée par la Médiathèque de Villefranche est gratuite !)

 Programme détaillée et infos réservations :  https://festiconfslyon.fr/