samedi 13 novembre 2021

VOIR : LES ÉCRANS DU DOC 2021

LES ÉCRANS DU DOC 2021

 Dans le cadre du festival du film documentaire « Les Ecrans du Doc » au CinéToboggan de Décines du 19 au 28 novembre, les Amis du Monde Diplomatique de Lyon proposent trois projections /débats :

 

  • le 21 novembre à 18 heures, projection du film de Gilles Perret et François Ruffin Debout les femmes ! suivie d’un débat avec Gilles Perret.
  • le 22 novembre à 20 heures, projection du film de Jean-Gabriel Périot Retour à Reims.
    Avant première + rencontre sur l’histoire du monde ouvrier animée par les Amis du Monde Diplomatique.
  • et le mardi 23 novembre à 20 heures, projection du film Un peuple. Avant-première + rencontre avec le réalisateur Emmanuel Gras, organisée avec le partenariat
    des Amis du Monde Diplomatique.

 


 

Le programme complet est à retrouver ici : https://letoboggan.com/cinema/festival_les_eacute_crans_du_doc_2021-2506/

Les Amis du Monde Diplomatique de Lyon : https://www.amis.monde-diplomatique.fr/-Lyon-.html

jeudi 4 novembre 2021

AIDEZ GILLES BALBASTRE, LE RÉALISATEUR DES "NOUVEAUX CHIENS DE GARDE", À FINANCER LE DOCUMENTAIRE "CEUX QUI TIENNENT LA LAISSE"

APPEL AUX DONS

Tout ne passe pas librement et démocratiquement au cinéma ! Car pour qu’un film existe, il faut des dizaines de professionnel-les, des centaines d’heures de travail, des salaires donc (sous le régime de la convention collective du cinéma), du matériel. Et donc de l’argent, pas mal d’argent.

🤨 Certains obtiennent cet argent facilement grâce à des producteurs milliardaires comme Jérôme Seydoux ou Marc Ladreit de Lacharrière ;
😅 D’autres l’ont grâce aux aides institutionnelles (CNC, fonds régionaux) ;
😡 D’autre n’ont rien comme Pierre Carles, François Ruffin ou Gilles Balbastre car trop corrosifs.

C’est donc grâce à vous que des documentaires peuvent accéder aux salles de cinéma, que "Ceux qui tiennent la laisse" sortira sur les écrans fin 2022.

Nous lançons ce financement participatif pour pouvoir terminer notre film. Un dernier effort et la liberté culturelle sera une fois de plus réalisée… En attendant que la vraie démocratie soit enfin conquise...
 

 
Depuis bientôt trois ans, nous travaillons sur un projet de documentaire cinéma portant sur le pouvoir et l’argent : Ceux qui tiennent la laisse.

Après le succès du documentaire Les nouveaux chiens de garde, sorti en salles de cinéma 2012, il fallait pour approfondir l’analyse prendre le problème par l’autre bout du fil.

  • Comment ceux qui ont cadenassé les médias et dressé les journalistes comme des toutous ont-ils assujetti l’État et promu l’entreprise au rang de divinité ?
  • Comment ceux qui tiennent la laisse ont-ils confisqué tous les pouvoirs au bénéfice d’une poignée de fortunes privées et au détriment des salariés – actifs ou inactifs –, pourtant seuls véritables producteurs de richesses ?
    À raison, vous pourriez rétorquer que ces questions sont vieilles comme le capitalisme. Peut-être. Mais le détournement de fonds atteint désormais des sommets inégalés. La troisième révolution industrielle, celle du numérique, se conjugue parfaitement avec le libéralisme, financiarise tout ce qui bouge et n’hésite pas à saccager ce qui reste de la planète. La rapacité de Facebook en est un des plus sinistres exemples.

Et l’avidité de Ceux qui tiennent la laisse ne connaît plus aucune limite. Le capital est attiré aujourd’hui par un nouvel eldorado, le secteur de la e-santé, autrement dit la santé numérisée : télémédecine, santé mobile, stockage des données de santé, biocapteurs, consultations en ligne, etc. Alors que les soignants ont démontré durant des mois la place essentielle du service public de la santé pour faire face à la pandémie du Covid-19, le capital a sonné sa fin. La technologie à la place de l’être humain, les profits augmentés, il n’est plus question de lâcher un tel trésor et charge à Macron et à son gouvernement de terminer le dépeçage de ce service public.

La période que nous venons de vivre et dans laquelle nous nous trouvons encore, témoigne plus que jamais de la nécessité de réaliser un documentaire sur les mécanismes permettant à ceux qui font main basse sur le moindre kopeck de tenir en laisse la démocratie économique, sociale et politique. Milliardaires, grands patrons, élites politiques, hauts-fonctionnaire, chiens de garde médiatiques travaillent de concert à maintenir l’ordre économique et politique actuel, autrement dit le menaçant désordre social et environnemental dans lequel nos sociétés sont plongées. Plus Ceux qui tiennent la laisse captent le pouvoir, engrangent les plus-values, propagent le chaos, plus la majorité d’entre nous nous se voit traitée par cette minorité de « radicaux », de « complotistes », de « populistes ».

Le capitalisme n’a pas besoin de fraudes fiscales, d’organisations secrètes et occultes, de tricheries, de virus meurtriers pour prospérer. Bien sur, il peut tordre de temps à autre le cadre légal, mais ce n’est pas le quotidien de ses activités. Bernard Arnault, Xavier Niel ou Gérard Mulliez sont au top des milliardaires français dans la plus grande transparence démocratique… C’est par le vote, la loi, les décrets, le cadre légal et officiel qu’ils amassent des fortunes considérables. C’est lors d’élections officielles que le hold-up se réalise. C’est par des gouvernements que nous avons crédité que l’opération se réalise tranquillement.

N’attendez donc pas alors des révélations sulfureuses, l’alignement de faits-divers, de scandales dans Ceux qui tiennent la laisse. C’est justement de la transparence démocratique et opaque à la fois dont nous allons parler. C’est l’écran de fumée officiel que nous allons percez. Et n’ayez crainte, vous ne vous ennuierais pas. La façon dont Ceux qui tiennent la laisse gère la démocratie, dont il nous la impose est source d’investigation passionnante et stimulante. Et peut nous éclairer sur la manière de s’organiser pour mettre à mal leur « ordre démocratique » pour imposer le notre, celui de la majorité.

Pour que notre film atteigne un public plus large, nous avons bâti un scénario qui prendra la forme d’une investigation policière, une sorte de polar, mais dont le héros ne sera ni un policier, ni un détective. Nous avons confié notre enquête à une sociologue, entourée de ses étudiants, tous chargés de mettre en évidence la réalité cachée, de percer l’écran de fumée. Des saynètes fictionnelles « chapitreront » ainsi notre film, permettant ainsi de dérouler la narration, épisode par épisode. Le rôle de notre sociologue de choc sera interprété par la comédienne Corinne Masiero, actuelle « héros » de la série Capitaine Marleau diffusée sur France 3. Un autre comédien, Jacques Bonnaffé, interprétant le rôle d’un des papes de la sociologie Max Weber, lui donnera la réplique.

 

Au-delà du tableau descriptif des élites – à l’encadrement plaqué or – que nous allons brosser, nous ne nous priverons pas de parler des contrecoups, d’évoquer la violence des coûts sociaux et humains que quelques-uns ont imposé à tous. Plus les services publics sont pillés, plus les fortunes explosent, plus les dégâts sociaux minent le cadre social, avec son lot de chômage, de précarité, de pauvreté, de violences, de suicides. Nous n’oublierons pas d’évoquer les larmes et le sang qu’un tel système fait couler.

L’heure est donc propice à finaliser et sortir au cinéma notre documentaire. La période électorale de la Présidentielle 2022 est une occasion idéale pour observer comment "Ceux qui tiennent la laisse" réalisent le hold-up de la démocratie !

 

Pour participer au financement du film, c'est ici : https://ceuxquitiennentlalaisse.info/


samedi 30 octobre 2021

TRIBUNE : "OUVREZ LES FENÊTRES, LISEZ LA PRESSE INDÉPENDANTE !"

Nous reproduisons une tribune [1] publiée conjointement par plusieurs dizaines de médias indépendants le 27 octobre.

"Nous sommes des médias indépendants, lus, écoutés, regardés chaque jour par des millions de citoyennes et citoyens. Au-delà de nos différences éditoriales, nous nous retrouvons sur l’essentiel : la passion d’un journalisme libre, honnête, au service de nos publics et à l’écoute de la société.

Une information libre et pluraliste est la condition de la démocratie. Elle est aujourd’hui menacée par un système médiatique dominant qui vient de nous infliger deux mois de « zemmourisation » du débat public et un agenda informatif médiocre, pour ne pas dire plus.

Elle est menacée avec la mise à genoux du journalisme par Vincent Bolloré. L’homme d’affaires a décidé de mettre son immense groupe de presse au service d’un polémiste xénophobe et misogyne, condamné à deux reprises pour provocation à la haine raciale.

Elle est menacée par une concentration sans précédent des grands médias aux mains d’une petite dizaine de grandes fortunes qui recherchent ainsi protection et influence et, trop souvent, imposent leur agenda idéologique.

Cette information libre et pluraliste est aussi mise en danger par un système d’aides publiques aux médias dénoncé depuis des années comme inefficace et inégalitaire. Pourquoi ? Parce que dix grands groupes en sont les principaux bénéficiaires et cette distorsion de concurrence menace directement le pluralisme.

À la Libération, Hubert-Beuve Méry, fondateur du journal Le Monde, dénonçait la « presse d’industrie », cette presse de l’entre-deux-guerres tenue par des industriels et qui allait sombrer dans la collaboration. « Il y a une chance d’éviter pour l’avenir les pourritures que j’ai vues dans le passé », disait-il alors. « Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée court à l’esclavage », écrivait Albert Camus.

Il y a une chance d’éviter l’actuel affaissement du débat public. D’éviter l’engloutissement du journalisme sous les polémiques nauséabondes, les post-vérités, les intérêts politiciens et/ou mercantiles.

Cette chance est la presse indépendante.

Dans leur diversité, ces médias indépendants vous proposent ce que le rouleau compresseur des médias dominants écrase ou minore, ignore ou discrédite. Les questions sociales, de l’égalité femmes-hommes, des mobilisations antiracistes, du travail, les nouvelles luttes et dynamiques qui traversent la société, les enjeux environnementaux, l’urgence climatique, les nouveaux modes de vie.

Dans les régions, ce sont des titres indépendants qui viennent bousculer par leurs enquêtes une presse régionale souvent en situation de monopole et dépendante des pouvoirs locaux. A l’échelle internationale, ils décryptent l’actualité de l’Europe, enquêtent sur ses institutions, éclairent les nouveaux enjeux du monde.

Avec de faibles moyens financiers, cette presse indépendante enquête, raconte, innove, débat. Il est urgent de la soutenir face aux offensives des puissances d’argent. Il faut la soutenir face à l’inaction et au silence inquiétants des pouvoirs publics en réaffirmant que l’information n’est pas une marchandise comme les autres.

Il est urgent, à travers elle, de défendre les droits moraux des journalistes, leurs conditions de travail. Il est urgent de construire un environnement économique propice à ces éditeurs indépendants et à la production d’une information de qualité.

Nos titres vivent aujourd’hui pour l’essentiel, et parfois exclusivement, des contributions, dons ou abonnements de nos lectrices et lecteurs. Ils garantissent notre indépendance.

Mais c’est à la société tout entière que nous adressons cet appel en forme d’alerte. Il y a une alternative à la « mal info » et à certains médias de masse qui propagent les peurs, les haines et fracturent la société.

Soutenez la presse indépendante. Regardez-la, écoutez-la, lisez-la."


Signataires : 6 mois, Alternatives économiques, AlterPresse68, Basta, BondyBlog, Disclose, Factuel Info, Guiti News, Guyaweb, Headline, L’Âge de Faire, L’Averty, La Déferlante, La Revue Dessinée, Le Courrier des Balkans, Le Drenche, Le Fonds pour une Presse Libre, Le Mouais, La Mule du Pape, Le Petit ZPL, Le Poing, Le Poulpe, Le Ravi, Les Autres Possibles, Les Jours, Les Surligneurs, Marsactu, Mediacités, Mediapart, Natura Sciences, Novastan, Orient XXI, Pays Revue, Politis, Radio Parleur, Reflets Info, Regards, Revue 90°, Revue XXI, Rue89Bordeaux, Rue89Strasbourg, Splann !, StreetPress, Topo, Vert, Voxeurop, Bien Urbains, Blast, CQFD, Dièses, Femmes ici et ailleurs, France Maghreb 2, Frustration magasine, Grand Format, L’Arrière-Cour, La Clé des Ondes, La Disparition, La Lettre de l’audiovisuel, La Topette, Le Courrier d’Europe centrale, Le Media TV, Le Peuple breton, Le Zéphyr, Lokko, Mr Mondialisation, Paris Lights Up, Podcastine.fr, Rapports de Force, Revue Far Ouest, Rue89Lyon, Sept.info.

 

samedi 23 octobre 2021

SORTIE DE "MÉDIACRITIQUES" N°40 : LES MÉDIAS ET LE TRAVAIL

 

Médiacritiques a dix ans ! Le n°40 de notre revue trimestrielle sortira de l’imprimerie le 27 octobre. Avec un dossier spécial sur les médias et le travail, des rubriques inédites et les dessins de Colloghan. À commander dès maintenant sur notre boutique en ligne, ou à retrouver en librairie. Et surtout, abonnez-vous !

 



« Nous avions rêvé depuis longtemps – et vous aussi peut-être – d’un magazine imprimé – et régulier – d’Acrimed. Ce sera Médiacritique(s), un magazine trimestriel et coloré de 32 pages. » Quand, en octobre 2011, nous avions publié l’avis de naissance de notre magazine, nous étions loin de nous douter qu’un beau jour vous tiendriez entre vos mains réjouies son quarantième numéro ! Depuis, au gré des idées et des bonnes volontés, la revue, qui se présente depuis octobre 2019 sous les atours chatoyants d’une nouvelle maquette, s’est enrichie de nouvelles rubriques : « Maux médiatiques », « Loquace et local », « En roue libre », « Des lectures »… Elle s’est aussi étoffée, pour atteindre 48 pages. Elle a gardé son rythme de parution trimestriel, mais elle a surtout gardé son âme, ses objectifs et sa raison d’être : contribuer à diffuser nos analyses, nos critiques et nos propositions, et alimenter le débat sur la question médiatique.

La fin d’année s’annonce en effet faste et festive pour Acrimed. Si le magazine célèbre ses dix ans, l’association fête quant à elle ses vingt-cinq ans d’existence ! Qui dit fête dit cadeau, et nous en avons un, de taille : le 12 novembre prochain sortira en effet un nouveau livre d’Acrimed, aux éditions Adespote, Les Médias contre la rue, 25 ans de démobilisation sociale. Un livre à la fois lourd (250 pages) et léger, qui témoigne du chemin parcouru et des travaux accomplis sur notre terrain d’observation « favori » : la maltraitance médiatique des mouvements sociaux. Un cadeau à 18 euros, à offrir, à s’offrir, sans modération !

Parallèlement, notre association s’est déployée sur les ondes. En juillet est née une émission de radio mensuelle, hébergée par Cause Commune (93.1 en Île-de-France, en ligne partout ailleurs), dont les contenus sont également à retrouver sur la plateforme de podcasts critiques « Spectre ».

Nous continuons bien évidemment de mener le combat dans les manifestations, en organisant des événements publics, et en alimentant le site avec des articles réguliers : pas question de baisser la garde, en particulier en cette année d’élection présidentielle… Polarisés par un agenda toujours plus (extrême) droitier, banalisant les idées fascisantes d’Éric Zemmour, abordant la campagne présidentielle comme une course de chevaux où l’on parie sur des tuyaux crevés fournis à jet continu par les sondeurs, les grands médias piétinent chaque jour un peu plus leur mission d’information. Face à ce rouleau compresseur, nous comptons sur vous pour poursuivre et mener à bien nos activités : n’hésitez pas à faire un don ou à adhérer à l’association !

Dans ce numéro un peu spécial, vous n’en trouverez pas moins votre dossier habituel, cette fois consacré au traitement du travail et des travailleurs. Une question qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne fait pas la Une des grands médias, et qui, quand elle est traitée, l’est souvent très mal : journalisme de classe, poids de la doxa libérale et mépris du pluralisme, culte de la « valeur travail », fait-diversification de l’information, invisibilisation des classes populaires et des métiers qu’elles exercent, suivisme à l’égard du pouvoir politique et des politiques patronales, etc. Autrement dit, une loupe grossissante des tendances médiatiques dominantes...

 


ET SURTOUT... ABONNEZ-VOUS !


Ce numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans quelques rares – mais d’autant plus précieuses – librairies listées plus bas, ainsi que sur notre boutique en ligne.

Et surtout, abonnez-vous ! Pour cela, rendez-vous sur notre boutique en ligne, ou remplissez le bulletin en pdf et renvoyez-nous le avec un chèque. Vous pouvez également nous soutenir en adhérant à l’association ou en faisant un don.

A Lyon, vous pouvez trouver Médiacritiques en vente dans les librairies suivantes :

 69 (Rhône)
Le Bal des Ardents
17 rue Neuve 69001 Lyon

La Gryffe
5 rue Sébastien-Gryfe 69007 Lyon

Terre des Livres
86 rue de Marseille 69007 Lyon

jeudi 7 octobre 2021

EN SOUTIEN AU JOURNAL INDÉPENDANT "MÉDIACITÉS"

Nous avons besoin de 2 000 nouveaux abonnés avant la fin de l’année ou nous cesserons de publier en 2022

 Les enquêtes que vous ne lirez pas ailleurs

Crise sociale, économique ou sanitaire, dérives des pouvoirs publics, solutions face aux enjeux de demain, il se passe des choses à l’échelle de votre ville. C’est ce que nous vous racontons chaque jour en enquêtant en toute indépendance sur ces sujets d’intérêt public : santé, environnement, économie locale, logement…


 

Nos 5 principes fondateurs

Nous croyons que le journalisme doit être un contre-pouvoir

Dans les grandes métropoles françaises, le pouvoir des élus s’est considérablement accru depuis les années 1980. Pourtant, les institutions locales sont de moins en moins transparentes, alors même qu’elles sont concernées par des affaires de corruption, d’absentéisme ou de détournement de fonds publics.

Mediacités fait vivre l’investigation en dehors de Paris, au plus près des grandes métropoles. Nos journalistes prennent le temps d’enquêter, de rencontrer des lanceurs d’alerte et d’éplucher des documents. Politique, environnement, économie, sport, santé, culture : nous vous aidons à comprendre les pouvoirs qui vous entourent.

Nous ne vous disons pas "ce qu’il faut penser"

Les enquêtes de Mediacités se basent sur des faits, sans parti pris. Si nos journalistes dénoncent les agissements d’un élu, d’une entreprise ou d’une collectivité territoriale, ils travaillent toujours à partir d’informations recoupées et vérifiées.

Vous savez comment nos journalistes mènent l’enquête : nous expliquons les coulisses de notre travail à la fin de nos articles. Et nous donnons toujours la possibilité aux personnes et institutions mises en cause de s’exprimer. De cette manière, vous pouvez vous forger votre propre opinion.

Nous refusons toute forme de publicité

Parce qu’elle crée un lien de dépendance entre l’annonceur et le diffuseur, nous croyons que la publicité est dangereuse pour les médias locaux. Comment publier une enquête gênante pour une institution ou une entreprise si l’on dépend de ses achats publicitaires ?

Chez Mediacités, vous ne trouverez aucune bannière, aucun cookie publicitaire, ni aucun article sponsorisé. Au contraire, nous sommes financés uniquement par les contributions de nos abonnés. Auxquelles s’ajoutent exceptionnellement les recettes tirées de partenariat éditoriaux avec des médias nationaux (France 2, Mediapart, etc). Et c’est tout.

Nous vous faisons participer à nos enquêtes

Chez Mediacités, nous pensons que vous avez bien plus à apporter qu’un commentaire au bas d’un article.

Nos journalistes lisent toutes les questions que vous posez sur notre plateforme Veracités et publient des articles pour vous répondre. Nous faisons également appel à vous à travers nos enquêtes collaboratives #DansMaVille : vos témoignages et votre expertise nourrissent les articles de Mediacités. Vous pouvez enfin nous faire parvenir des documents confidentiels, en toute sécurité, en utilisant notre plateforme Lanceur d’enquêtes.

Un média accessible et proche de vos préoccupations : c’est aussi ça que vous découvrez en vous abonnant à Mediacités.

Nous sommes transparents sur nos finances

Au capital de Mediacités, pas de grand industriel des télécommunications. Les 8 cofondateurs sont majoritaires et possèdent 56% de l’entreprise, tandis que 159 investisseurs particuliers se répartissent les 44% restants. Autrement dit : personne ne peut nous empêcher de publier une enquête.

Nous détaillons chaque année comment nous utilisons les revenus tirés des contributions de nos abonnés. Pour l’année 2020, par exemple, 81% de nos recettes ont financé les salaires de l’équipe (journalistes permanents et pigistes, fonctions marketing, technique et web). Le reste a servi financer les dépenses techniques pour faire fonctionner notre site web (8%), les frais marketing pour nous faire connaître (6%) et les frais administratifs et comptables pour être en règle (5%) !

 

Un média transparent et à votre écoute

Veracités

Posez des questions sur votre ville aux journalistes de Mediacités. Nous enquêtons pour vous et nous vous répondons sous la forme d’un article.

#DansMaVille

Enquêtez avec nous sur les enjeux de nos métropoles. Nos journalistes utilisent vos témoignages et votre expertise pour réaliser des articles et vous proposent des événements locaux.

La Fabrique

Découvrez les coulisses de Mediacités. Un espace pour vous raconter la construction de notre média et vous expliquer comment nous enquêtons dans votre métropole.

Nous avons besoin de vous pour pouvoir enquêter

Financez un journalisme d’investigation à Lille, Lyon, Nantes et Toulouse. 100% indépendant, 0% de publicité.

Pour publier en 2022, il nous faut 2 000 abonnés de plus d’ici à fin décembre.

https://www.mediacites.fr/je-soutiens-mediacites/?mc_cid=37c2a08a02&mc_eid=3e3f8bd37a 

mercredi 6 octobre 2021

LIRE : "7 péchés capitaux de la police lyonnaise #7. Police partout, médias nulle part"

Nous reproduisons une analyse publiée sur le site de Rebellyon le 1er octobre 2021 qui met en lumière une certaine forme de "journalisme  de préfecture" dans la presse quotidienne lyonnaise.

Dans "Le Progrès" pour ne pas le nommer...

Loin des règles du métier (vérification des faits et confrontation des sources), la presse paresseuse se contente de copier les discours institutionnels et de relayer les fake news préfectorales. Le « quatrième pouvoir », en panne, participe pleinement à l’impunité policière.

Loin des règles du métier (vérification des faits et confrontation des sources), la presse paresseuse se contente de copier les discours institutionnels et de relayer les fake news préfectorales. Le « quatrième pouvoir », en panne, participe pleinement à l’impunité policière .

  

C’est une véritable faillite de l’appareil médiatique local. Le 7 mars 2020, pour l’acte 69 des Gilets jaunes, la police blesse gravement au moins 26 personnes en plein centre de Lyon. Le soir même, la presse locale et nationale titrera essentiellement sur les « 24 policiers blessés » et les commerces « saccagés par les black blocs ». La palme de l’indécence revient sans doute au Progrès qui, sur le coup de 19h, fait réagir les candidats aux municipales à propos de la «  violence qui frappe nos commerces » (essentiellement des banques). Les pensées du journal (propriété du Crédit mutuel), comme celles des candidats, vont aux familles des vitrines.

« Pref quotidienne régionale »

A 19h donc, aucune mention du « carnage » dans Le Progrès. Les deux journalistes présents pour couvrir la manif mentionnent seulement deux blessés parmi les manifestant-es, au milieu d’un récit qui fait la part belle aux « dégradations » et autres commentaires préfectoraux sur Twitter. Ce n’est que plus tard dans la soirée que l’article sera mis à jour avec la mention de 20 blessés parmi les manifestant-es. Ce chiffre, repris d’une dépêche de l’AFP, cite une première estimation (basse) réalisée par le Comité le soir-même. Après avoir passé sous silence les faits, la « presse paresseuse » pourra (au mieux) renvoyer dos à dos les blessés des deux camps, en n’oubliant pas de préciser que la préfecture n’admet, elle, que 3 manifestant-es blessé-es. Le hic, c’est que la préfecture a omis quelques précisions.

Fake news policières

Le Comité a pu se procurer un document policier : le « PV de contexte » de la manifestation. Seuls deux fonctionnaires sont annoncés comme blessés suite à des jets de projectiles entre 14h et 18h, durée de la manif. Puis, à partir de 18h30, chaque unité procède à de mystérieux décomptes. En une heure, 22 nouveaux blessés apparaissent sur le PV. Explication de ce miracle : 14 membres des forces de l’ordre, y compris la commissaire en charge des opérations, se plaignent d’ « acouphènes suite à tirs de mortier ». La CRS 29 dénombre à elle seule 9 acouphènes, une véritable épidémie, auxquels s’ajoutent un « choc au genou droit » non expliqué, un « talon d’Achille pied gauche » (la simple mention d’une partie du corps valant certificat de blessure) et une « douleur cervicale ». Au total, seuls 6 d’entre eux allèguent avoir été victimes de tirs de projectiles. Contrairement aux 26 blessures recensées par le Comité du côté des manifestant-es, aucune n’est grave. Mais peu importe : la com’ préfectorale a fait son chemin. Pour Nicolas Kaciaf, maître de conférences à Sciences Po Lille, ce type de situation peut renvoyer au « pouvoir de certains acteurs sur la production de l’information ». « Ce pouvoir se traduit par la capacité à faire dire aux journalistes ce qu’ils souhaitent, mais aussi dans la capacité à inhiber la publicisation de certaines informations », analyse ce spécialiste des médias.

Défaite des faits

L’ampleur de la déroute journalistique du 7 mars est certes exceptionnelle. Mais la reprise du discours officiel sans vérification constitue malheureusement une habitude. Le 1er mai 2021, Le Progrès cite 7 fois le fil Twitter de la préfecture (source de vérité visiblement incontestable) dans son article de 4000 signes. Il a pourtant dépêché une journaliste et un photographe sur place. Résultat : mention de 27 policiers blessés, quand le récit du « PV de contexte » n’en cite que deux. Mieux : le 16 janvier 2021, lors d’une manifestation contre la loi sécurité globale (LSG) partie de Villeurbanne, France 3 annonce sans sourciller : « environ 1500 personnes ont participé à cette marche qui les a conduit jusqu’à la place Bellecour ». Problème : bloqués par la police, les manifestant-es n’ont jamais pu atteindre le centre-ville. Avec une moyenne de plus d’une grenade lacrymogène par minute, la police n’aura pas enfumé que les manifestant-es…

Chroniqueur judiciaire ou policier-journaliste ?

Février 2021. Richard Schittly, journaliste vedette du Monde à Lyon, rend compte du procès des policiers poursuivis pour le tabassage d’Arthur, le 10 décembre 2019. Il reprend le chiffre préfectoral de «  22 policiers et 3 manifestants blessés », sans préciser qu’aucun des fonctionnaires n’ira aux urgences, contrairement aux trois manifestants. En dépit des images-preuves qui tournent en boucle sur la toile, le « journal de référence » présente Arthur comme une victime de violences policières « présumées ». Le journaliste raconte l’agression : « Une vidéo montre un groupe de la BAC acculé contre un mur [...] avec des syndicalistes CGT qui tentent fermement de dissuader les manifestants d’aller au contact. On distingue la silhouette d’Arthur Naciri qui les contourne, se faufile et s’approche des policiers, avant d’être happé par un fonctionnaire ». Les nombreux policiers présents dans la salle d’audience, auxquels le journaliste n’a cessé de serrer les mains, lui ont-ils suggéré cette version ? Non, répond-il : « J’ai tout simplement visionné la vidéo et j’ai essayé de la décrire au plus près de la réalité ». Pourtant, même l’IGPN produit une version plus favorable à la victime. L’enquête conclut : alors que «  la physionomie des lieux était plutôt calme », Arthur « avait dû contourner » les policiers. Au moment de son agression, il était en train d’ « applaudi[r] aux propos [d’]un syndicaliste ». Conclusion : ou Le Monde assume des partis-pris pro-police, ou il se préoccupe peu de la qualité des informations publiées par ses correspondants.

« Impunité médiatique »

La situation est d’autant plus problématique que, comme le souligne Nicolas Kaciaf, il existe une forme d’ « impunité médiatique ». « Lorsque certains groupes ou individus peuvent se soustraire aux règles communes, et donc échapper aux sanctions associées à leur transgression, c’est d’abord parce que leurs déviances échappent à la visibilité publique », explique le sociologue. A l’instar du journaliste vedette, les médias se sont largement intéressés au tabassage d’Arthur par la BAC. Mais pour parler de quoi ? Pour l’instant, le cœur politique du dossier est resté sous les radars : le chef d’état-major de la police lyonnaise, chargé entre autres du « pôle déontologie », a menti à l’IGPN et couvert les agresseurs de la BAC. En décembre 2020, le Comité révèle la contradiction entre un PV de la police (qui affirme ne pas connaître l’origine des blessures d’Arthur) et la vidéo qui prouve le contraire. Conséquence : mutisme dans les rédactions !

Dans un reportage, France 3 interroge brièvement le «  silence de la hiérarchie » mais ne revient pas sur les faits. Un membre de la chaîne, questionné par le Comité à l’époque, explique que la police ayant refusé de communiquer, la rédaction ne veut pas évoquer le sujet. Il suffit donc à la préfecture de se taire pour que France 3 en fasse de même : courage, fuyons ! En février 2021, la chaîne finira par revenir plus en détail sur le sujet, mais toujours sous la forme interrogative, en dépit des faits en sa possession. Rue89Lyon mentionne le PV de police, mais ne le confronte pas à la vidéo qui prouve qu’il est lacunaire. Faute de temps pour creuser le sujet, dixit la rédaction. Seule l’AFP relève et affirme (discrètement) la contradiction entre les deux documents.

Faire « l’actu », ou la subir ?

Les autres rédactions, au premier rang desquelles Le Progrès, resteront totalement muettes sur l’affaire. Une journaliste du quotidien régional défend sa rédaction : «  Il n’y a pas de censure ou de consigne, c’est juste que personne ne s’est emparé de l’affaire. Il faut dire qu’il y a eu [...] un plan social il y a deux ans. Les journalistes des faits divers ne sont plus que trois contre six auparavant ». Il reste que, même effectués par défaut, ce sont bien des choix rédactionnels qui sont en cause : Rue89Lyon, qui a la plus petite rédaction, est aussi le journal qui a couvert le sujet de la façon la plus complète. Nicolas Kaciaf pointe encore un autre mécanisme susceptible de contribuer à l’autocensure : « beaucoup de journalistes restent prudents parce qu’ils craignent une rupture des relations avec les sources institutionnelles – qui, dans le cas de la police, sont d’autant plus précieuses qu’elles sont loquaces, et qu’elles permettent d’alimenter régulièrement les rubriques ’fait divers’ ».

Le plus remarquable dans l’affaire Arthur, c’est que plusieurs journalistes ont eu accès au dossier de l’enquête, et donc à l’audition du commissaire menteur. Mais aucun n’a pour l’heure raconté cette histoire. « Pour nous, c’est trop tôt pour parler de ça, on pourra le faire quand ce sera débattu à l’audience, il faut qu’on le rattache à une actu », explique une journaliste de France 3. Le problème, c’est que la justice, focalisée sur la responsabilité des auteurs des coups, risque fort de passer l’échelon hiérarchique sous silence… le jour, d’ailleurs, où elle se prononcera ! Depuis décembre 2019, l’affaire attend donc patiemment qu’un média s’en empare. Pendant ce temps, le commissaire menteur continue de jouer au déontologue. Merci qui ?

dimanche 18 juillet 2021

"LA SITUATION ACTUELLE PORTE UN RUDE COUP À L'INDÉPENDANCE DES JOURNALISTES " : UN ENTRETIEN AVEC HENRI MALER D'ACRIMED SUR "QG LE MÉDIA LIBRE"

 Impuissance croissante de la profession face aux actionnaires, médias passés sous la coupe de l’extrême-droite, déni persistant des journalistes dont la plupart persistent à clamer leur indépendance, Henri Maler, cofondateur de l’observatoire des médias Acrimed, analyse pour QG les reconfigurations en cours dans le secteur à moins d’un an de la présidentielle 2022

« La situation actuelle porte un rude coup à la légende de l’indépendance des journalistes » par Henri Maler

14/07/2021

Impuissance croissante de la profession face aux actionnaires, médias passés sous la coupe de l’extrême-droite, déni persistant des journalistes dont la plupart persistent à clamer leur indépendance, Henri Maler, cofondateur de l’observatoire des médias Acrimed, analyse pour QG les reconfigurations en cours dans le secteur à moins d’un an de la présidentielle 2022

La sphère des médias se concentre toujours plus entre les mains de milliardaires. Dernier exemple en date: la radio Europe 1, passée sous le contrôle de Vincent Bolloré, désireux de peser sur la présidentielle, après avoir été longtemps sous celui du groupe Lagardère. Une prise de contrôle ayant suscité plusieurs jours de grève de la part des salariés de la station. Pour QG, Henri Maler, cofondateur de l’association Acrimed (Action Critique médias, observatoire fondé en 1996), analyse cette emprise du CAC 40 sur les médias, l’impuissance des journalistes face aux actionnaires, ainsi que le rôle des médias dans l’abstention massive durant les dernières élections.

Henri Maler, ancien maître de conférences en Sciences Politiques à Paris 8 et cofondateur d’Acrimed

QG : Qu’est-ce que vous inspire la situation de la radio Europe 1, où une grève de cinq jours a été organisée par la société des rédacteurs et l’intersyndicale, face à l’emprise de Vincent Bolloré et la crainte d’une transformation en « radio d’opinion » ?

Henri Maler : Quand des journalistes défendent leur dignité, il n’y a aucune raison de bouder leur mobilisation, même si on peut émettre de nombreuses réserves sur la « radio d’opinion » qu’a toujours été Europe 1. C’est une affaire de dignité élémentaire pour les journalistes, et les salariés de la station. Cela met à jour un certain nombre de questions qui sont souvent passées sous silence.

Ce que démontrent la brutalité et la violence de Vincent Bolloré, c’est d’abord que les entreprises médiatiques sont des entreprises comme les autres, parfois pires que bien d’autres quand il s’agit des salariés des médias en général.

La deuxième leçon: la situation actuelle porte un rude coup à la légende de l’indépendance des journalistes. Comment cette légende s’est-elle bâtie ? C’est très simple. Comme chaque journaliste, pris individuellement, n’est pas placé sous le contrôle tatillon du propriétaire ; que les milliardaires interviennent rarement directement (ils le font et dans le cas de Bolloré c’est systématique), ils s’imaginent que cela suffit à leur indépendance. En réalité, les journalistes ne vivent pas en état d’apesanteur sociale. Ils dépendent plus ou moins de leurs origines, de leur formation, de leurs conditions de travail. Mais surtout, ils sont dans une situation de dépendance collective. C’est-à-dire, à la merci des tycoons qui font ce qu’ils veulent dans les entreprises qu’ils contrôlent en nommant aux postes-clés pour diriger des rédactions des gens qui ne sont pas toujours des journalistes, mais avant tout des managers. Il faudrait, une fois pour toutes, arrêter de nous seriner en permanence que les journalistes sont indépendants tant que leur clavier électronique ou leur micro n’est pas placé sous le contrôle direct du milliardaire qui possède leur média.

Troisième leçon, à mon avis : dans la plupart des grands médias, même si pas tous, la quasi-absence de pouvoir des journalistes non seulement sur le financement de leur entreprise, mais même sur l’orientation éditoriale. Le seul pouvoir dont ils disposent, en dernière analyse, c’est la « clause de conscience ». La revendication des syndicats de journalistes, depuis des années, d’un statut juridique des rédactions pour qu’elles disposent d’un pouvoir collectif sur l’orientation du média, est encore une fois à l’ordre du jour.

Rassemblement des salariés d’Europe 1 devant le siège média du Groupe Lagardère, en protestation contre le rapprochement de la radio avec CNews en juin 2021

La situation d’Europe 1 montre, une fois de plus, que le CSA est un organisme fantoche et impuissant, parce qu’il est nommé quasiment directement par le pouvoir politique et qu’il intervient dans un cadre législatif qui limite considérablement ses pouvoirs d’intervention car ses pouvoirs d’intervention sur la propriété des médias remontent à une loi qui date de 1986, c’est à dire d’avant la montée en puissance d’Internet, des chaînes en continu, etc. Depuis, du côté des forces politiques, c’est « silence radio », si j’ose dire !

J’aimerais ajouter plusieurs choses sur cette affaire.  La quasi-fusion entre CNews et Europe 1 n’est pas finie ! Et il y a déjà d’autres proies dans le groupe Lagardère. Je ne garantis pas qu’elles finiront entre les mains de Bolloré, mais il y a aussi Paris Match et Le Journal du Dimanche.

Quand les journalistes se mobilisent contre les actions destructrices de Bolloré, on trouve parmi eux de sacrés personnages. Pascal Praud par exemple, qui déclare : « Quand vous êtes dans une entreprise, vous devez une fidélité sans faille à la direction. Il n’y a pas de marge de manœuvre. Si vous n’êtes pas content, vous partez. » Pas mal non, comme éloge de la servilité ? Ce qui va de pair avec le cynisme et le carriérisme d’une Laurence Ferrari. Je rappelle qu’elle fut une des non-grévistes lors de la longue grève d’I-Télé en 2016. Et quand Adrien Quatennens lui dit que CNews est une chaîne qui promeut l’extrême-droite, elle lui répond : « Je ne vous laisserai pas dire ça. C’est entièrement faux ! C’est insulter tout le travail d’une rédaction, avec des choix équilibrés politiquement, qui travaille 24h sur 24, 7 jours sur 7. Je suis fière de travailler ainsi ». (1) En clair, pour se défausser, elle se déclare solidaire des gens qui se soumettent aux diktats de Bolloré ou de la direction (soit parce qu’ils intériorisent les prétendues valeurs de l’entreprise, soit parce qu’il faut bien qu’ils gagnent leur vie).

QG : En moins de deux ans on a vu la chaîne CNews changer entièrement de positionnement, et se radicaliser politiquement jusqu’à devenir un des principaux canaux de l’extrême-droite. Qu’est-ce que ça vous inspire ? Avez-vous souvenir d’une pareille situation par le passé?

Non. C’est la première fois que je vois une chaîne de télévision et une radio passer complètement sous la coupe de chefferies d’extrême-droite. Mais il faut comprendre pourquoi ça se passe ainsi. Ces chaînes vivent de leur audience. Par conséquent, s’il y a une audience qu’ils peuvent, à la fois, entretenir et créer pour des idées d’extrême-droite, il y a un créneau à occuper et CNews l’occupe. On connaissait d’énormes inféodations de médias à des orientations politiques, « en toute indépendance », mais à ce point, dans l’audiovisuel, non. C’est assez original !

Schéma illustrant l’empire financier, industriel et médiatique du Groupe Bolloré

QG : À l’approche de la présidentielle de 2022 la situation dans l’actionnariat des médias est encore plus concentrée qu’en 2017. De quelle façon cela va peser une fois de plus sur la sincérité du scrutin ?

Il faut être nuancé. Est-ce que ça va peser sur la sincérité de la campagne électorale ? Ça ne fait aucun doute. Il y a eu des précédents et il y aura des suites. Est-ce que ça aura un impact sur les électeurs ? C’est une autre affaire. Les médias ne sont pas tout-puissants ! Ils sont parfois trop puissants mais les publics ne sont pas des éponges. Les médias usent et abusent de leur pouvoir mais leur pouvoir n’est pas absolu, comme le montre quelques épisodes particulièrement glorieux: par exemple, la quasi-totalité des médias avait fait campagne pour le « oui » lors du référendum constitutionnel de 2005 et les publics n’ont pas suivi, le « non » a été largement majoritaire.

Mais les médias ont un pouvoir redoutable, qui s’est vérifié récemment, qui est un pouvoir de cadrage des campagnes électorales. Les médias peuvent essayer de dire ce qu’il faut penser. Ce n’est pas sûr qu’ils aient le pouvoir de le prescrire autant qu’ils le souhaiteraient. En revanche, ils ont le pouvoir de prescrire ce à quoi il faut penser. Quand ils mènent campagne en expliquant, par exemple, que la sécurité et l’immigration sont les sujets majeurs, quasi uniques dans notre pays, ils créent une atmosphère qui est propice au développement des idées de droite et d’extrême-droite.

QG : Que pensez-vous des propos du journaliste de France 2 Laurent Delahousse au moment des résultats du premier tour des élections régionales et départementales, critiquant la recherche consumériste de l’audimat de la part des chaînes d’info en continu qui ne font plus, en réalité, de l’information ?

D’abord, c’est amusant venant de Laurent Delahousse, qui s’est plusieurs fois signalé par sa complaisance et son rôle de brosse à reluire quand il interroge des responsables politiques. Mais par contre, ça souligne à quel point, dans le bilan des élections régionales, les médias sont restés absolument silencieux sur leur propre rôle. C’est absolument fascinant. Les raisons de l’abstention sont multi-causales. On a tout invoqué. La météo ensoleillée, ; le divertissement consécutif à la fin du confinement ; l’opacité du rôle des départements et des régions ; la faiblesse des responsables politiques. Mais pour mettre en question le rôle qu’ont joué les médias, dont je redis qu’on ne sait pas à quel point il a été déterminant, silence ! Je n’ai repéré que trois occurrences : les déclarations de Laurent Delahousse, ce qui est en matière de critique des médias, je le rappelais à l’instant, une éminence bien connue ; un entretien, plus intéressant je l’avoue, avec Thomas Sotto, cet autre guerrier de l’audiovisuel, et un article de France info interrogeant des sociologues sur le rôle joué par les médias (2).

Emmanuel Macron reçoit Laurent Delahousse à l’Elysée en décembre 2017 pour une interview très complaisante, extrêmement décriée à sa diffusion

Or, ce n’est pas la première fois, ni la dernière, je le crains : la mise en scène de ces élections a eu pour particularité d’être politicienne, tacticienne et sondagière. De quoi a-t-on parlé ? En réalité, les yeux étaient fixés sur l’élection présidentielle de 2022, les probabilités de voir des forces politiques se positionner de façon intéressante pour le second tour de l’élection ; on a parlé du jeu des alliances dans la présentation des candidatures ; et commenté à n’en plus finir des sondages. Est-ce qu’on a parlé des projets en présence, des programmes, des propositions, etc. ? Pratiquement pas. Or, un journalisme un peu indépendant serait capable de laisser une place à la polyphonie des arguments. Cela ne devrait pas difficile, puisque les journalistes prétendent être pédagogues, de dire quels sont les projets en présence, d’expliquer ce qu’ils proposent dans les domaines qui relèvent des compétences des régions ou des départements. De l’exposer, sinon avec objectivité, du moins avec un minimum d’équilibre. Cela n’a pas été du tout fait. On a eu droit à quelques débats sur des chaînes de télévision, sur BFM et surtout sur LCI. Plus quelques débats sur des régionales de France 3. Mais ce sont des débats dans des formats où il est absolument impossible d’exposer clairement les propositions en présence.

On a eu, en guise de « décryptage » – c’est le mot à la mode -, le « décryptage » des sondages. Et là, on a atteint des sommets ! Enième fiasco des sondages. Réponse des sondeurs (je simplifie à peine) : « Si les sondages se sont trompés, c’est la faute des sondés. Ils ont menti, ils ont triché. ». Et si ce n’est pas la faute des sondés, « c’est de la faute des électeurs ». Mais il y a plus drôle et plus scandaleux encore. Les journalistes qui « décryptent » se sont intéressés à l’échec des sondages. Ils ont demandé aux sondeurs de donner des explications. Mais en omettant ce petit détail : c’est que les sondages sont commandés par les médias ! Autrement dit, ils ont interrogé les sondeurs sur les erreurs qu’ils ont commises, alors que ce sont les médias eux-mêmes qui commandent les sondages. Dans le genre grotesque, mais significatif, on peut difficilement faire mieux. Mais encore plus beau : c’est qu’une fois passées les élections, on recommence, avec toutes les hypothèses pour la présidentielle. Aucune leçon n’a été tirée de ce journalisme hippique, qui conçoit les échéances électorales comme des courses de petits chevaux.

Juin 2021 : CNews est mis en demeure par le CSA pour non-respect du pluralisme de prise de parole, 36% des intervenants politiques en plateau étant d’extrême-droite (Source: CSA)

QG : Dans les journaux Le Monde et Libération, les actionnaires ont annoncé la création de « fondations », dans le but de sanctuariser l’indépendance des rédactions. Est-ce une mesure efficace ou de la poudre aux yeux ?

Je pense que ça ressemble beaucoup à de la poudre de perlimpinpin si on ne donne pas un statut juridique aux rédactions, en les dotant d’un pouvoir qui soit un pouvoir sur l’orientation éditoriale, et des pouvoirs sur la nomination des actionnaires et des responsables de rédaction. Il y a des médias qui sont allés en ce sens, mais que peut faire une rédaction quand on lui met le couteau sous la gorge et qu’on lui dit: « Ou bien tu acceptes tel actionnaire, ou bien on va être obligé de mettre la clé sous la porte » ? Elle peut faire grève pendant un certain temps, mais d’une manière ou d’une autre, elle sera amenée à céder. Sans un pouvoir effectif, que ce soit « par le haut » avec une modification radicale de la législation encadrant la propriété des médias ; et « par le bas » avec un pouvoir conféré aux rédactions et aux salariés des médias (car dans un média, il n’y a pas que des journalistes). Sinon, la situation est sans issue. De toute façon, une indépendance totale est un rêve absolu. Ça n’existe pas. Cependant, il peut exister une indépendance relative, qui permet collectivement aux rédactions de ne pas être à la merci des conditions de financement de leur activité.

QG : Quelles pourraient être les trois premières mesures à instaurer pour garantir un paysage médiatique sain ?

Je vais répondre dans l’ordre où ça me vient à l’esprit. Premièrement, transformer radicalement le CSA en Conseil national des médias, de tous les médias ; et de le constitutionnaliser. Une telle institution serait composée, non pas par le pouvoir exécutif, mais par élection à la proportionnelle de journalistes et de salariés des médias, et d’autre part de représentants politiques. Elle serait dotée non pas d’un pouvoir croupion, mais d’un pouvoir étendu de contrôle à l’ensemble de l’univers médiatique. On ne peut pas faire comme si Internet n’existait pas.

Deuxièmement, la constitution d’un service public de l’information et de la culture ayant une absolue priorité en ce qui concerne son financement. Financer Valeurs poubelles, ce n’est pas ça qui garantit la démocratie dans le monde des médias. Troisièmement, limiter les concentrations dans les médias et ne pas attribuer de média à des propriétaires qui dépendent de marchés publics.

Et enfin, j’en ai déjà parlé, accorder un statut juridique aux rédactions et à tous salariés des médias.

Propos recueillis par Jonathan Baudoin

(1) Sources : Pascal Praud, dans Le Parisien du 27 juin à propos du licenciement Sébastien Thoen pour une parodie de… Pascal Praud. Laurence Ferrari, lors de la « matinale » de CNews du 17 juin.

(2) Sources: Laurent Delahousse, lors de la soirée électorale sur France 2. Entretien avec Thomas Sotto publié par Le Point le 1er juillet 2021. Sur France info « Abstention aux élections régionales : quelle est la responsabilité des médias ? », article publié le 28 juin 2021.

Henri Maler est politologue, ancien maître de conférences en Sciences Politiques à l’Université Paris 8 et cofondateur de l’association Acrimed. Il est auteur de : « L’opinion, ça se travaille… » (avec Serge Halimi, Mathias Reymond, Dominique Vidal, éditions Agone, 2014), « Médias et mobilisations sociales : la morgue et le mépris » (avec Mathias Reymond, Syllepse, 2007) ; Médias en campagne : retours sur le referendum de 2005 (avec Antoine Schwartz, Syllepse, 2005), ou encore « Une certaine idée du communisme : répliques à François Furet » (avec Denis Berger, Du Félin, 1996).


jeudi 8 juillet 2021

SORTIE DE "MEDIACRITIQUES" N° 39 : "RETOUR À LA NORMALE"

Retour à la normale ! Le n°39 de Médiacritiques, notre revue trimestrielle, sortira de l’imprimerie le 12 juillet. Avec des articles, des rubriques inédites, les jeux de l’été, des dessins de Colloghan et la Une signée Allan Barte ! À commander sur notre boutique en ligne, ou à retrouver en librairie. Et surtout, abonnez-vous !

 



Le 19 mai, Le Berry républicain exhale un « parfum de liberté », tandis qu’un « souffle d’espoir » s’engouffre dans L’Alsace. « Le grand jour » se lève au Télégramme, « Le jour J » illumine Nord Éclair, et La Voix du Nord fait « les premiers pas vers la vie d’avant ». « C’est (re)parti ! » au Bien public, « Ça s’arrose ! » au Courrier picard, et La Dépêche trinque même « À notre santé ». « On se retrouve dehors », propose Sud-Ouest… et « Bas les masques », suggère Var-Matin. Bref, La Provence, et la France médiatique avec elle, exulte : « Enfin ! »

Enfin le retour à la normale ! Les reporters d’images font le pied de grue devant les centres commerciaux, les télés usinent du micro-trottoir sous les stores bannes et le choeur des éditorialistes entonne le « tenir ensemble » jupitérien. Sans oublier cette entrevue caféinée entre le Président et son Premier ministre, multi-médiatisée, et dont BFM-TV a initié la propagande au gré d’une « priorité au direct » qui restera dans les annales : « [Devinez] qui est en train de boire un café en terrasse ? Mais c’est Emmanuel Macron avec Jean Castex ! Les voici tous les deux attablés autour d’un café. » Tant il est vrai que l’« actualité » des rédactions parisiennes gravite autour de l’Élysée, jusqu’à l’absurde (p. 11).

Pendant ce temps, à l’ombre des gros titres, la crise sociale et économique s’aggrave. Lesdits « plans de sauvegarde » menacent plus de 100 000 emplois, les licenciements se comptent par milliers tandis que s’accroissent les inégalités, contraignant plusieurs millions de personnes supplémentaires à l’aide alimentaire et au RSA. Mais les médias n’ont d’yeux que pour le martyre de celui qui a « failli crever » : Manuel Valls (p. 3).

Une complaisance qui n’a d’égale que l’hostilité des mêmes stars de l’info vis-à-vis de l’opposition de gauche, et de la France insoumise en particulier (p. 27). Questionnée sans relâche sur la tambouille politicienne le matin, condamnée pour « islamo-gauchisme » à midi, exécutée par sondages interposés l’après-midi, on la somme le soir d’expliquer pourquoi les idées de gauche disparaissent du débat public…

Il y a quelque chose de pourri au royaume médiatique. En artisans du grand récit de l’insécurité, les grands médias s’intoxiquent à leurs sources policières, au mépris des faits et des règles les plus élémentaires (p. 31). Les faits divers se succèdent à la Une, au point que des campagnes éditoriales locales – comme une couverture « anti-squat » de La Dépêche – polarisent l’agenda de rédactions nationales (p. 35). Un débat public à front renversé, où militants antiracistes et gauche radicale sont devenus les ennemis publics n° 1, tandis que se succèdent des cabales identitaires, menées par des professionnels de la parole qui fulminent contre les grandes « censures » des temps modernes, reçus sur les plus grandes chaînes en toute impunité (p. 41).

Concomitamment, la concentration des médias capitalistiques se renforce avec la bénédiction des pouvoirs publics. Martin Bouygues et Vincent Bolloré accaparent le gâteau télévisuel, et le second impose à coups de marteau aux rédactions ses vedettes prosélytes et ses journalistes inquisiteurs, Éric Zemmour et Sonia Mabrouk en tête (p. 7). Si quelques contestations se sont fait entendre à propos du rachat d’Europe 1, les chefferies médiatiques, par lâcheté, indifférence ou suivisme, regardent passer les trains. Et préfèrent s’auto-investir de missions quasi civilisatrices, visant à (ré)éduquer des populations qui auraient tendance à se méfier des médias institutionnels (p. 15).

Face à la normalisation de l’anormal, et face à l’élection présidentielle qui s’annonce, notre association compte bien garder le cap… et faire front. Précisément pour que les partis progressistes de gauche s’emparent de la question des médias, et apportent au champ de l’information les perspectives politiques d’une transformation radicale.

 



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Ce numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans quelques rares – mais d’autant plus précieuses – librairies listées plus bas, ainsi que sur notre boutique en ligne.

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Les 32 premiers Médiacritiques sont en accès libre sur notre site. Les n°33, 34, 35 et 36 aussi ! La plupart d’entre eux peuvent encore être commandés au format papier.