mercredi 3 juin 2020

LIRE : " PLAINTE POUR DIFFAMATION : MA VISITE SURRÉALISTE CHEZ LES GENDARMES"


Nous reproduisons ici, avec l'autorisation de son auteur, un article de Nicolas Barriquand journaliste du site MÉDIACITÉS LYON publié le 29 mai 2020.

Il relate les motifs et les conditions de son audition à la gendarmerie à la suite d'une plainte déposée contre lui par une "municipalité du Grand Lyon" relative à une enquête qu'il a réalisé à son sujet.

Pour découvrir le site Médiacités Lyon , c'est ici  : https://www.mediacites.fr/lyon/

 

 

Plainte pour diffamation : ma visite surréaliste chez les gendarmes


Comme auteur d’une enquête sur une municipalité du Grand Lyon, je viens d’être convoqué par la gendarmerie suite au dépôt d’une plainte pour diffamation du maire mis en cause. Mon audition s'est révélée cocasse.
“Avez‐vous des tatouages ou des cicatrices ? », m’interroge le gendarme. Si je m’attendais à ce qu’on me pose cette question dans l’exercice de mon métier de journaliste… À part la trace d’une très ancienne péritonite qu’on ne distingue presque plus, je n’ai rien à déclarer à Monsieur l’agent.
Ce jeudi matin, je me trouve dans les locaux d’une gendarmerie de l’agglomération lyonnaise. Le maire d’une commune du Grand Lyon n’ayant pas apprécié une de nos enquêtes, je fais l’objet d’une plainte pour diffamation – ainsi que le directeur de la publication Jacques Trentesaux – qui se traduit par une commission rogatoire.
En matière de délit de presse, l’instruction est obligatoire.     
Quelques jours auparavant m’attendait dans la boîte aux lettres de mon domicile une feuille volante avec pour en‐tête « la Gendarmerie nationale, une force humaine ». Je suis invité à prendre contact avec l’adjudant P., officier de police judiciaire. Le tout est frappé d’un tampon rouge « URGENT ».

« Votre intention ? Dénigrer le maire ?»

 Me voici donc devant l’adjudant en question. Il me demande de décliner l’identité de mes parents (« nom, prénoms, nom de jeune fille de votre mère »), avant d’entrer dans le vif du sujet : comment ai‐je procédé pour préparer mon article, qui ai‐je rencontré, etc. Mes réponses sont courtes et évasives : la loi, en France, garantit à la presse le secret des sources. « En dehors des personnes citées dans l’enquête, je n’ai pas d’autres noms à vous transmettre », rétorque‐je au gendarme.
Mon audition prend ensuite un tour plus surréaliste. « Quelle était votre intention en écrivant cet article ? Dénigrer le maire ? Lui nuire ? », me lance mon interlocuteur. « Euh… non, seulement informer mes lecteurs ». Me revient en tête le souvenir d’Au Poste !, l’excellent et loufoque film de Quentin Dupieux. Mais revenons à la gendarmerie : « Vous a‑t‐on remis des documents ? ». Diantre ! L’affaire qui nous occupe est pourtant loin d’un Watergate ou d’un Wikileaks…
« – Comme pour tout article, j’ai réuni une documentation, je ne peux pas vous en dire plus.
– Et si je vous dis : Campanile de la Part‐Dieu ? »

Pour la préparation de mon enquête, j’avais rencontré un élu, cité dans l’article, au café du Campanile de la Part‐Dieu. De mémoire, il avait un train à prendre après notre interview, pour raisons professionnelles, d’où le lieu du rendez‐vous. Pour préparer notre entretien, cette personne, qui a donc été auditionnée auparavant par l’adjudant, avait imprimé des procès‐verbaux de conseils municipaux et des délibérations. En termes de « documents », on ne fait pas plus public !
Mi‐interloqué, mi‐amusé, je reprends : « Oui, j’ai réalisé une interview dans un café, ça m’arrive tous les jours ou presque… » « De toute façon, ça n’ira pas bien loin cette histoire, si vous voulez mon avis », commente le gendarme qui imprime mon audition et me la donne à signer, avant de me confier à un collègue pour un relevé anthropométrique.

 

Les doigts, les paumes et les phalanges

Je l’interroge : « Est‐ce franchement nécessaire de prendre mes empreintes pour cela ? » J’ai ma réponse : « C’est dans la procédure pénale. Vous pouvez refuser mais c’est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». Je vérifierai ultérieurement : c’est bien écrit à l’article 55–1 du code de procédure pénale.

Pour l’heure, j’imprègne mes dix doigts sur un encrier, mais aussi les paumes de mes mains et toutes mes phalanges. « Gardez le poignet souple », me conseille le gendarme en charge de l’opération. Il me prend aussi en photo, de face, de profil, avec mes lunettes, sans. Et s’enquiert donc de mes potentiels tatouages et cicatrices.
On m’apporte du savon pour mes mains noires d’encre – « faites gaffe, ça tache les vêtements » – avant de me laisser partir. Deux heures et demi de perdues, entre l’audition et le temps passé pour m’y rendre, mais me voilà fiché !


vendredi 29 mai 2020

LIRE : DES JOURNALISTES ET MÉDIAS S'ORGANISENT POUR DÉFENDRE LA LIBERTÉ D'INFORMER SUR L'AGROALIMENTAIRE

Nous reproduisons l'article du site BASTA ! en date du 27 mai 2020 au sujet des pressions subies par un certain nombre de médias engagés dans un travail d'investigation sur le secteur de l'agro-alimentaire

En Bretagne, des journalistes qui enquêtent sur l’agro-alimentaire sont poursuivis ou subissent des pressions. C’est le cas de Basta ! et d’Inès Léraud poursuivis par le groupe Cheritel. Dans cette lettre ouverte à la région, plus de 250 journalistes, médias et collectifs de professionnels de la presse appellent à mettre fin à cette loi du silence. Basta ! s’associe à cet appel demandant des garanties en matière de liberté de la presse.

 À Loïg Chesnais-Girard, président
Jean-Michel Le Boulanger, vice-président, chargé de la culture et de la démocratie régionale
Olivier Allain, vice-président, chargé de l’agriculture et de l’agroalimentaire
Lena Louarn, vice-présidente, chargée des langues de Bretagne
C’est la première région laitière de France. Près de la moitié de la viande y est produite. La Bretagne est au cœur du système agricole national, au cœur de tous les enjeux d’ampleur qui y sont liés : santé, environnement, social... Et pourtant, il est très difficile d’informer correctement sur un secteur omniprésent dans notre région : l’agroalimentaire.
Des journalistes sont poursuivi·es en diffamation ou mis·es au placard pour leurs enquêtes, tandis que d’autres, précaires, peinent à retrouver des emplois. Des articles sont censurés, des sujets pas abordés de peur de fâcher les annonceurs, et des subventions municipales sont coupées, comme ce fut le cas pour une radio en pleine émission sur l’élevage intensif.

Auto-censure
 Le cas d’Inès Léraud est l’exemple de trop. Journaliste et co-auteure de la bande dessinée « Algues vertes, l’histoire interdite », elle subit des pressions, dénoncées par un comité de soutien qui s’est monté pour défendre son travail. Le salon du livre de Quintin l’invite ? Sa venue est annulée après l’intervention d’un élu local, également salarié de la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor, comme le révèle Le Canard enchaîné en mars 2020. Une édition en breton de sa BD est à l’étude ? L’éditeur Skol Vreizh y renonce, en partie « du fait de l’influence au sein du conseil régional de personnes en charge de l’agriculture », selon son président cité par France 3, le 20 mai 2020.
Il est inacceptable qu’une maison d’édition en arrive à s’auto-censurer de peur d’être sanctionnée financièrement par la collectivité. Que doit-on y voir ? Que des intérêts privés liés à l’agro-industrie pourraient influencer les attributions de budgets et les décisions des représentant·es de la région ? Il aura fallu la publication d’une tribune, le 8 mai, dans Libération pour qu’une partie du monde culturel breton s’indigne. Une réaction à la suite de laquelle vous, MM. Chesnais-Girard et Le Boulanger, avez décidé d’apporter publiquement votre soutien à la journaliste Inès Léraud. Mais les interrogations persistent quant à la liberté réelle d’informer sur ce sujet.

Garantir une information et une parole publique libre
Les citoyen·nes et administré·es ont besoin d’enquêtes journalistiques qui lèvent le voile. La région Bretagne, collectivité que vous présidez, ne peut laisser place au doute quant à son attachement à la liberté d’informer et d’être informé·es correctement. D’autant plus que le succès de l’ouvrage « Algues vertes, l’histoire interdite », écoulé à 46 000 exemplaires, témoigne de l’intérêt croissant des citoyens sur les enjeux et pratiques de l’agroalimentaire.
C’est pourquoi, par la présente, nous, journalistes et professionnel.les de la presse, vous demandons de :
Contribuer à garantir une information et une parole publique libre sur les enjeux de l’agroalimentaire en Bretagne, et veiller à ce qu’aucune subvention de média associatif ne soit supprimée, au motif que des journalistes auraient signé cette lettre. Nous y veillerons aussi.
Certifier que nous, journalistes, pouvons interroger en toute transparence et indépendance des élu·es et membres des services régionaux sur ces sujets chaque fois que cela est nécessaire.
Assurer qu’aucune maison d’édition ne verra ses subventions coupées, maintenant ou dans les prochaines années, pour avoir édité la BD d’Inès Léraud et Pierre Van Hove, « Algues vertes, l’histoire interdite », en breton et en gallo.
Intervenir plus largement pour le soutien et la restauration de lieux de formations universitaires à l’information en région.

Créer un observatoire régional des libertés de la presse
 Et, puisque les ministères de l’Intérieur et de l’Agriculture ont impulsé la création des observatoires départementaux de « l’agribashing », nous vous demandons expressément de contribuer à la création d’un observatoire régional des libertés de la presse. Cet outil indépendant aura pour but de réunir les conditions d’une information transparente et intelligible par tous les Breton·nes. Il devra permettre l’écoute et la protection de journalistes qui viendraient à être inquiété·es pour leurs travaux, et soutenir les enquêtes en cours et à venir.
La lettre que vous avez sous les yeux est l’expression spontanée et déterminée de journalistes qui s’organisent pour faire la lumière sur toutes les zones d’ombre qui entourent l’agro-industrie bretonne, et contourner les murs qui barrent l’information des citoyen·nes. Cette initiative a reçu le soutien enthousiaste de confrères et consœurs, de Bretagne et d’ailleurs, qui y ont apposé leur signature. D’autres n’ont pu le faire, craignant pour leur emploi. Une autocensure qui témoigne d’une loi du silence que nous ne pouvons plus tolérer.
Dans l’attente de votre réponse, veuillez recevoir nos salutations les plus distinguées,
Des journalistes et professionnel.les de la presse.



- Le lien de l’appel des journalistes est à retrouver ici avec la liste des signataires

- une pétition grand public est en ligne

- L’enquête d’Inès Léraud poursuivie en diffamation par le groupe Cheritel : Travail dissimulé, fraude sur les étiquettes : les multiples abus d’un groupe agro-industriel breton




A propos du collectif Kelaouin

Rassemblant une quinzaine de journalistes d’âges, de parcours et de médias différents, il s’est spontanément constitué face aux difficultés persistantes à produire et diffuser une information digne de ce nom : ici en Bretagne en 2020, dans un contexte où la compréhension des enjeux est fondamentale et à l’heure où l’éclairage des choix de société est essentiel, l’agroalimentaire continue à être une zone interdite. Des journalistes sont traînés devant les tribunaux ou ostracisés pour leurs travaux d’enquête ; d’autres ne parviennent plus à trouver d’emploi... Des travaux sont censurés ou des subventions coupées. Pire, des sujets sont auto-censurés par des directions de l’information elle-mêmes pour ne pas fâcher les annonceurs... Ni élucubrations, ni fariboles : une somme de constats froids et graves. A laquelle vient encore s’ajouter l’édifiant dossier d’Inès Léraud, co-auteur de Algues Vertes - L’histoire interdite. Ce collectif de journalistes entend donc user et défendre une parole publique libre quant aux enjeux de cette agro-industrie. En mettant notamment en place un Observatoire régional de la liberté d’information ; en interpellant les élus de la République sur leur engagement à défendre l’un des piliers de la démocratie ou encore en développant des actions pour le soutien et la restauration de lieux de formation universitaires à l’information en région.



mardi 26 mai 2020

ENTRETIEN AVEC MICHAEL LAINÉ, À PROPOS DE "L'ÉCONOMIE VUE DES MÉDIAS"


Nous reproduisons un entretien de l'économiste Michael Lainé publié en février dernier sur le site "Non fiction" (https://www.nonfiction.fr) à l'occasion de la parution de son ouvrage "L'économie vue des médias" (éditions Le Bord de l'eau, 2020).

"Les médias, ce sont trois quotidiens (Le Monde, Le Figaro, Libé) et trois hebdos (L’Express, Le Point et L’Obs) dont l’auteur a lu tous les articles en 2014 et ceux traitant de macroéconomie en 2015. Un travail de Romain, mais un résultat qui vaut le détour, tant y pullulent les affirmations idéologiques, douteuses ou erronées, voire l’ignorance (réelle ou opportuniste)...."
Alternatives économiques





Que penser de la manière dont les principaux journaux rendent compte des questions économiques ?
Non contents de faire une place archi prépondérante aux thèses des économistes mainstream, les articles concernant l’économie que publient les principaux journaux français tournent toujours autour des mêmes thèmes, se caractérisant en particulier par un tropisme anti-Etat, tandis qu'ils font peu de cas des faits réellement pertinents ou encore de la complexité des mécanismes économiques. C’est ce que montre le livre que vient de publier l’économiste Michaël Lainé, qui a accepté de répondre ici à quelques questions pour présenter celui-ci.


Nonfiction : Vous montrez dans cet ouvrage que l’économie est particulièrement maltraitée dans les journaux. Pourriez-vous en donner quelques exemples ?
Michaël Lainé : Une chose frappante ressort de mon analyse de deux années complètes de production de la presse écrite, soit la bagatelle de 15 300 articles. Les points de vue et les experts interrogés sont, à quelques exceptions près, les mêmes qu’en 2007. Alors que les médias n’avaient pas vu venir la crise, ils n’ont pas remis en question leurs croyances ; ils ressassent, jusqu’à plus soif, les mêmes analyses. Au point d’ailleurs, d’en oublier qu’elle a pour origine l’endettement privé et d’occulter les similitudes existant entre les réponses politiques désastreuses (et en particulier les politiques d'autérité) apportées au krach financier de 1929 et celles mises en œuvre pour juguler l’effondrement de 2008. Cette évacuation de l’histoire est tout sauf anodine, car elle permet de recycler les idées reçues et de brocarder les boucs émissaires habituels. Au fond, ce serait moins la finance dérégulée qui aurait failli que l’État qui l’aurait poussée à la faute. La croyance en l’autorégulation des marchés financiers est toujours prégnante. À l’occasion, la presse soulignera combien les banquiers se sont montrés immoraux, ce qui permet de s’exonérer de toute réflexion systémique. Or, il y a de très bonnes raisons de penser que, même si les financiers s’étaient montrés probes et droits, la crise n’en aurait pas moins éclaté, car c’est le destin de toute bulle que de finir en krach. Pas plus aujourd’hui qu’hier les théories alternatives, critiques de la finance dérégulée, n’ont véritablement droit de citer dans les médias.
Mais il y a plus que cette absence de débat ou de pluralisme des idées. Après tout, on pourrait soutenir qu’un organe de presse a droit de prendre position. Le plus étonnant est encore de constater combien les journalistes comprennent peu les mécanismes les plus élémentaires de l’économie. Par exemple, le lien entre coût du travail et compétitivité n’est pas aussi simple que le présente les médias. En général, les pays les plus compétitifs sont aussi ceux où le travail est le plus cher : Norvège, Danemark, Suisse, Belgique, Allemagne, Suède… Cela n’est jamais signalé par la presse, qui brocarde régulièrement le modèle français, sans comprendre que la principale raison qui fait qu’un pays est compétitif en matière de coût du travail… tient à ce qu’il est pauvre ! En effet, un coût (du travail, pour l’employeur) est aussi un revenu (pour les travailleurs, c’est-à-dire la majorité de la population d’un pays). Ainsi, un pays pauvre – c’est-à-dire un pays dont le revenu de ses habitants est bas – présentera un coût du travail faible : la Roumanie et la Bulgarie, qui sont les plus déshérités d’entre les déshérités en Europe, affichent un coût horaire du travail sept à neuf fois inférieur à celui de la France. Par définition, abaisser le coût du travail revient à abaisser le revenu du travail. Cela n’est jamais expliqué par la presse. Toute à son obsession de la compétitivité, elle verse dans une vision naïve de ce qu’est la concurrence internationale, que j’ai appelée « darwinisme de comptoir », comme s’il n’y avait de la place que pour les « vainqueurs », comme si l’objectif était d’accumuler sans fin des excédents commerciaux. N’en déplaise aux amateurs d’idées simples, il s’agit d’une idée trompeuse, connue sous le nom de « mercantilisme » en science économique. En effet, pour exporter il faut un importateur : tout déséquilibre persistant, à long terme, se paye au prix fort d’une crise dans les deux nations. Autrement dit, si l’importateur connait une récession, l’exportateur n’est plus en mesure de lui vendre ses produits ! C’est pourquoi le plan Keynes, présenté à Bretton Woods en 1944, prévoyait de corriger autant les excédents que les déficits commerciaux, car une situation de déséquilibre permanent n’est pas saine pour le commerce. C’est pourquoi, aussi, la Commission européenne exhorte régulièrement l’Allemagne à diminuer ses excédents commerciaux en pratiquant une politique de relance, une recommandation tout simplement incompréhensible si l’on lit les médias ! D’ailleurs, les théories dominantes de la crise de 2008, dues à des chercheurs aussi différents (et mainstream) que Rogoff ou Obstfeldt, l’imputent en partie aux excédents des pays exportateurs recyclés sur les marchés financiers américains. Cela non plus n’est pas signalé dans la presse, qui semble avoir une connaissance très minimale (pour ne pas dire quasi-nulle) de la littérature scientifique. Une autre thématique me paraît révélatrice de ces lacunes économiques : la question des seuils sociaux (à partir de 11 ou 50 salariés, les entreprises doivent faire face à de nouvelles obligations). Il n’existe à ma connaissance qu’une étude scientifique à ce sujet, publiée par l’Insee en 2011, qui montre clairement qu’ils n’ont aucun impact sur l’emploi. Or, à l’exception de Libération, la presse fait dire à cette étude le contraire de ce qu’elle affirme !

Pour partie, ces erreurs tiennent, expliquez-vous, au remplacement des mécanismes macroéconomiques par une approche gestionnaire qui est parfaitement incapable de rendre compte des phénomènes économiques, même si elle a pour elle la simplicité de l’évidence. Vous pointez également la responsabilité d’une approche moralisatrice, qui est censée définir ce qu’il conviendrait de faire, en toute ignorance, là encore, des réels mécanismes à l’œuvre et des conflits qui les déterminent. Pourriez-vous là encore en donner des exemples ?
Le raisonnement scientifique opère une rupture avec les raisonnements profanes, spontanés. Or, ces derniers obéissent à une logique gestionnaire et sont largement imprégnés de valeurs morales. Il est normal d’adopter un tel point de vue – les entreprises ont bien besoin d’être gérées. Mais il est extrêmement trompeur d’étendre ce type de raisonnement, qui ne vaut que pour un agent économique, à l’ensemble de l’économie. La science économique a inventé un nom pour cela, le « sophisme de composition ». Ce ne sont pas les généralisations abusives qui sont ainsi visées, mais le fait que lorsque l’on change d’échelle (d’une entreprise ou un ménage vers la totalité des entreprises et des ménages) c’est le raisonnement qui change du tout au tout. Dans une perspective gestionnaire un coût est un coût. Dans une perspective économique, c’est aussi un revenu, car l’économie prend toujours en compte l’autre face de l’interaction marchande. Quand j’achète dans un magasin, ce qui est pour moi une dépense est pour le vendeur un revenu. Pour un employeur, le salaire est un coût ; pour le salarié, c’est un revenu. Les conséquences du raisonnement scientifique heurtent le sens commun, car une baisse des coûts se traduira toujours par une baisse des revenus. Or, qu’on le veuille ou non, nous sommes tous liés les uns aux autres dans la grande chaîne des interactions économiques. Cette baisse de revenus de quelques-uns rejaillira sur tout le monde, puisque cela impliquera une contraction de leurs dépenses, donc des revenus d’autres personnes. Au final, l’impact pourra être positif ou négatif, mais il n’a rien d’évident. Il n’en demeure pas moins que la question est ô combien plus complexe que ce que la logique gestionnaire ou morale laisse entendre. Pour bien comprendre l’économie, il importe ainsi de se défaire de nos intellections spontanées, qui nous fourvoient.
Logique gestionnaire et vision moralisatrice se renforcent l’une l’autre, car si l’on peut étendre à l’économie un raisonnement qui n’est valable que pour une entreprise ou un ménage, alors elle se prête aux prescriptions simplistes de la morale, qui a pour objet les actions des individus. Un exemple particulièrement révélateur du caractère trompeur de cette approche médiatique nous est fournit par la question de la dette publique. La presse affectionne d’en imputer la responsabilité à un manque de courage et de sens des responsabilités de la part de la classe politique, suspectée de faire preuve de démagogie dépensière à l’approche des élections, le tout sur fond d’indignations étranglées sur le fardeau-légué-à-nos-enfants. Elle appuie souvent son réquisitoire sur un parallèle entre le budget de l’État et celui d’un ménage ou d’une entreprise. Même à titre de simplification pédagogique, ce parallèle traduit une incompréhension profonde de la politique économique, car à la différence d’un ménage, l’État peut influer sur ses revenus par ses dépenses. En effet, les recettes des administrations sont basées sur l’activité (TVA, impôts sur le revenu et sur les sociétés, etc.). Or, les dépenses des pouvoirs publics auront des répercussions sur l’activité, à la hausse (si elles achètent plus aux entreprises ou distribuent plus de pouvoir d’achat, ce qui permet de vendre plus), ou à la baisse (pour des raisons opposées). Ils sont donc en mesure d’engranger plus de revenus en dépensant plus. Cela, tous les économistes un peu sérieux le savent, et en premier lieu ceux qui travaillent au sein des grandes instances internationales comme le FMI. Dans certaines circonstances, l’effet sur l’activité est tel que le ratio dette/PIB de l’État peut baisser… Cet impact se mesure et n’a que très peu à voir avec une question morale. Il s’agit d’une question technique, non dénuée d’arrière-plan théorique, à la portée de la science économique.
La substitution d’une vision moralisatrice à l’analyse scientifique n’est jamais aussi évidente qu’en matière de chômage. Ici, des variations se font jour suivant les orientations politiques des journaux : le ton est comminatoire pour Le Point ou Le Figaro, plus policé pour Le Monde, mais le fond change peu. Notre modèle social est voué aux gémonies. Il désinciterait à la reprise d’emploi. Qu’on me comprenne bien : les théories dominantes se montrent relativement critiques à son égard (pas autant toutefois que les médias), mais pour des raisons causales et non morales. Si un bus peut n’accueillir que quatre-vingt personnes et que cent veulent y entrer, vingt d’entre elles resteront dehors, quelle que soit leur motivation et leur droiture. Le parallèle avec l’emploi est pertinent : quand bien même nous aurions 33 millions de demandeurs d’emploi à la moralité et à la motivation irréprochables, s’il n’y a que 28 millions d’emplois, alors il y aura 5 millions de chômeurs. Raisonner autrement revient à commettre un sophisme de composition. Au niveau individuel, c’est bien la motivation, la compétence et l’honnêteté qui fait la différence. Au plan collectif, cela n’a pas vraiment d’impact. Il n’en demeure pas moins qu’il existe des offres d’emploi non pourvues ; si la situation globale est celle du chômage de masse, certains secteurs d’activité peinent à recruter. Le chiffre de 400 000 offres non pourvues est souvent avancé. Mais les économistes savent également que le nombre d’emplois non pourvus dépend beaucoup plus de la croissance économique que de la générosité du système social. En effet, une croissance élevée implique une demande soutenue de travail par les secteurs dynamiques ; or, l’offre de travail souffre d’une certaine inertie ; une formation prend plusieurs années ; en changer ne se fait pas non plus du jour au lendemain ; d’où la vigueur et l’ampleur des désajustements. Aussi les pays dont l’emploi progressent le plus sont-ils également ceux où le taux d’emplois vacants est le plus élevé, à rebours des intuitions moralistes : Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Pays-Bas… Le taux d’emplois vacants (les fameuses offres d’emploi non pourvues) est en France l’un des plus faibles d’Europe, avec celui de la Grèce et de l’Italie… L’interprétation moralisatrice conduit à voir les choses de travers. Au surplus, il existe des théories critiques des modèles économiques dominants qui soutiennent que plus les marchés sont flexibles, plus le chômage est important. Les lecteurs n’en auront pas connaissance et ne pourront peser le pour et le contre de chacun des modèles scientifiques. À cet égard, force est de constater que la presse s’invente des ennemis imaginaires.  À l’exception de Libération, elle tend à appeler « tabou » ce qu’elle déteste unanimement : « tabou des 35 heures », « tabou des mini-jobs », « tabou du Smic »… C’est pour le moins mystérieux quand on s’aperçoit que près de neuf articles sur dix se montrent critiques à leur endroit. En fait de tabou, nous avons plutôt un assourdissant chorus médiatique.

Vous répertoriez également des questions d’actualité, essentielles, qui ne sont jamais traitées ou extrêmement rarement dans le corpus d’articles que vous analysez. Quels exemples pourriez-vous en donner ?
Chose étrange, malgré le succès international des ouvrages de Piketty, les inégalités sont très peu traitées, et quand elles le sont, c’est sous l’angle du succès de l’auteur ou de celui des valeurs sociales et politiques. Le sujet de fond – les conséquences économiques des inégalités – n’est pour ainsi dire jamais exposé. Or, il existe de sérieux arguments scientifiques plaidant pour une lutte contre les inégalités. En effet, nombre de chercheurs soulignent qu’elles dépriment la demande (car les classes aisées épargnent plus) et contribuent à l’instabilité financière. Autre sujet relativement ignoré, l’Europe. Le constat désabusé de Fitoussi dressé voilà près d’un quart de siècle tient toujours : il est interdit d’en débattre. Les rares fois où la question est abordée, c’est pour souligner la nécessité d’un gouvernement économique de la zone euro. Il serait nécessaire de compléter l’union monétaire par une union budgétaire. Pour le reste, c’est silence radio. Or, nous disposons de vingt ans de recul sur le fonctionnement de la zone euro. La science économique fourmille d’outils théoriques ou conceptuels qui nous permettent de penser cette construction unique dans l’histoire, dans ses accomplissements comme dans ses dysfonctionnements. Enfin, la presse qui aime à fustiger le coût du travail oublie l’autre coût des entreprises, celui du capital, c’est-à-dire des moyens de production et de leur financement. Il existe un débat au sein de la communauté des économistes sur l’explosion des rémunérations des actionnaires. Pour certains, elle nuirait à l’investissement, donc à la croissance de long terme, pour d’autres, elle permettrait une meilleure allocation de l’épargne qui bénéficierait à la création de richesses. Toujours est-il que, dans les faits, aux États-Unis, les bénéfices sont certaines années entièrement consacrés aux actionnaires et non au développement de l’entreprise. Sur toutes ces questions, le lecteur ne pourra se faire une opinion, faute d’avoir connaissance de ces débats.

Un discours simpliste, sous-tendu par une idéologie « pro-business » et « pro-finance », est ainsi à l’œuvre, montrez-vous, qui contribue à évacuer tout débat. Tous ces journaux sont aujourd’hui aux mains de grandes fortunes et on peut imaginer que cette situation satisfait pleinement leurs détenteurs, quelle que soit la forme que prenne au demeurant leur influence sur ces contenus. Peut-on lier ces deux choses ?
Si vous m’autorisez cette remarque, « idéologie pro-business » n’est pas une formulation que vous trouverez dans la science économique. En tant que chercheurs, nous nous interrogeons sur les causes de la création de richesse et des crises, et celles-ci ne se résument pas à un argumentaire pro ou anti business, ce qui n’aurait pas vraiment de sens. Ceci étant précisé, mon travail aboutit à la conclusion que les analyses médiatiques sont imprégnées d’idéologie – au sens où les réponses précèdent les questions. Avec des différences et des nuances selon les orientations politiques des journaux, sur des thèmes à la croisée du social, du politique et de l’économique – et sur ces thèmes seulement. Pour le dire de manière très résumée et simplifiée, cette idéologie prône l’autorégulation des marchés.
Mon ouvrage se cantonne à l’analyse de texte. S’il m’est permis de le penser, je crois que c’est là sa force. Il est déjà suffisamment difficile de s’entendre sur un constat. La science invite à se méfier de soi-même. C’est pourquoi j’ai mis en œuvre une méthodologie particulière, afin d’intérioriser le regard critique d’éventuels détracteurs. Pour cela, je me suis obligé à remplir jour par jour et journal par journal un fichier Excel où je caractérisais tous les articles lus et notais les citations. Tout est transparent et vérifiable. Pour les 15 300 articles de mon corpus. Je m’engage à mettre ce fichier à la disposition de tout lecteur qui m’en ferait la demande. Cela m’a demandé un travail titanesque, mais je crois que la rigueur est à ce prix. Je ne voulais pas au surplus hasarder des explications sur les causes des biais constatés. Tout au plus peut-on avancer quelques constats factuels : les journaux appartiennent aux grandes fortunes et une majorité d’économistes interrogés travaillent pour les banques ou des lobbys, ce que je démontre calculs à l’appui par un décompte précis des citations.

Vous n’abordez pas dans l’ouvrage l’importance des agendas politiques et de la manière dont les responsables politiques en charge des questions économiques, qui sont rarement des économistes, communiquent sur ces sujets. On pourrait toutefois se demander si les défauts que vous pointez dans les journaux, qui s’attachent pour une large part à commenter les décisions et déclarations politiques, ne devraient pas être imputés au moins pour partie à ceux-ci. Qu’en pensez-vous ? 
C’est possible. Toujours est-il que l’on est en droit d’avoir une haute idée de ce que devrait être le journalisme. Ce métier serait bien peu satisfaisant s’il ne consistait qu’à relayer de façon complaisante la communication des puissants. À une époque de surabondance de l’information, où la vérité est dépréciée, il est plus urgent que jamais de développer l’esprit critique.


jeudi 7 mai 2020

LIRE : "LE RELÂCHEMENT DES FRANÇAIS RISQUE D'ANNULER LE 11 MAI, ALERTENT TF1 ET BFMTV"


Le journaliste Samuel GONTHIER poursuit sa mordante et stimulante critique du traitement médiatique de la crise sanitaire par les médias dominants.

"Si le 11 mai était annulé ou repoussé, ce serait la faute à l’incivisme des Français – et surtout à celui des Marseillais –, accusent TF1 et BFMTV. La gestion de l’épidémie par notre excellent gouvernement ne saurait en être responsable, pas plus qu’on ne saurait lui imputer la contamination et la mort de soignants victimes de la-faute-à-pas-de-chance. Heureusement, des députés LREM se mobilisent pour leurs orphelins."


 Extraits : 

"BFMTV a largement abusé du téléobjectif dans un reportage diffusé le 1er mai et tourné… à Marseille, preuve que le tempérament méditerranéen est rétif à toute discipline. « Confinement : du relâchement à Marseille ? » interroge le bandeau. Encore ce « relâchement ». Depuis le temps qu’il sévit, je me demande comment nous n’avons pas déjà atteint l’immunité collective. La présentatrice avertit : « Certains ont décidé d’avancer la date du 11 mai. » Ça se complique. Du coup, le 11 mai, on le met entre le 30 avril et le 1er mai ?"



 Le reste de l'article est à lire ici : https://www.telerama.fr/television/le-relachement-des-francais-risque-dannuler-le-11-mai,-alertent-tf1-et-bfmtv,n6635601.php



lundi 27 avril 2020

LIRE : "IL EXISTE AU CHILI UNE CONCENTRATION MÉDIATIQUE EXCEPTIONNELLE"


Notre collègue d'ACRIMED 69, Vincent Bollenot, en collaboration avec Nils Solari, a réalisé un entretien auprès de Franck Gaudichaud, maître de conférences en Civilisation hispano-américaine à l’Université Grenoble Alpes, sur l'état du champ médiatique chilien.
Nous le reproduisons ici dans son intégralité.


« Il existe au Chili une concentration médiatique exceptionnelle »
À la faveur du mouvement social de ces derniers mois au Chili, nous avons interrogé Franck Gaudichaud, spécialiste de ce pays, pour qu’il livre un éclairage sur la structuration du champ médiatique chilien et le rôle des médias dominants dans le traitement des mobilisations sociales, passées et actuelles (1)
Ce texte s’inscrit dans une nouvelle série d’entretiens critiques avec des journalistes, chercheurs, militants, sur l’organisation des médias à l’international et leur traitement des mouvements sociaux.
Propos recueillis par Vincent Bollenot et Nils Solari.

 

Le contexte : les médias dominants au Chili


Comment qualifier l’état de la concentration des médias au Chili ? Est-elle aussi importante que dans les pays voisins (Argentine, Brésil...) ? Peut-on distinguer des étapes historiques dans l’évolution de cette concentration ?

Concernant la concentration et la comparaison avec l’échelle latino-américaine, il existe au Chili une véritable oligarchie médiatique, une concentration médiatique exceptionnelle. Plusieurs rapports internationaux ont confirmé cela : ceux de l’Observatoire latino-américain de régulation des médias, mais également des rapports sur les droits humains comme ceux issus de la très officielle Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), ainsi que des études d’universitaires. Toutes ces sources confirment que l’on est dans un pays où la concentration médiatique est dramatiquement élevée, et ce dans une région latino-américaine où il existe déjà globalement une très forte concentration médiatique.

Le livre de la journaliste Maria Olivia Monckeberg sur les magnats de la presse au Chili est un jalon en ce sens (2). En moyenne, la concentration dans la région, en termes de propriété privée lucrative et de contrôle capitalistique, serait de l’ordre de 60% environ, alors qu’au Chili, la concentration pour la presse écrite va au-delà de 75%, voire même 80%, et pour la télévision ouverte, elle avoisine les 90%. Il y a donc un vrai problème en termes de liberté d’information et d’expression, même dans d’autres pays de la région, comme au Brésil, où existe également une concentration très forte de la presse écrite (au-delà de 85% avec des empires comme Globo, le plus grand groupe médiatique de la région), ou au Mexique au niveau de la télévision ouverte, où la concentration de l’ordre de 93%. Donc comparativement, l’histoire médiatique chilienne a suivi celle des pays voisins et avec celle-ci une remise en cause de la liberté d’information dans la pluralité, c’est-à-dire à un droit humain fondamental. Mais, l’expérience chilienne a aussi et évidemment ses spécificités.
On fait donc face à la domination d’une oligarchie médiatique très fermée, dans le cadre du néolibéralisme chilien qui a été installé durant la dictature de Pinochet (1973-1989) et qui a ensuite été consolidé en « démocratie » à partir de 1990. Cette oligarchie financière ne contrôle pas seulement les moyens de production et de distribution, les principales ressources du pays, elle contrôle aussi les moyens d’information, les médias, et elle applique une stratégie de contrôle économique et idéologique de l’information très forte. Par exemple, une étude qui a été faite par le Conseil national de la télévision (CNTV) en 2016 montre que seulement 4 opérateurs contrôlent plus de 90% du marché médiatique, notamment des recettes publicitaires et de l’audience (3). Cette hyperconcentration a aussi été confirmée - et soulignée - plus récemment par un rapport réalisé, en 2019, pour le parlement chilien (4).

Dans le domaine de la presse écrite, on est face à un duopole presque parfait : on a d’un côté le groupe Copesa, qui possède des journaux de distribution nationale comme La Tercera et bien d’autres au niveau régional… et de l’autre côté, on a l’empire de El Mercurio - le plus vieux quotidien d’Amérique latine encore en circulation - qui appartient à un empire contrôlé par la famille Edwards depuis des générations.
Le patriarche, Augustín Edwards, a été un des acteurs bien connus du coup d’Etat contre Salvador Allende en 1973 et il a reçu des millions de dollars de la CIA en ce sens, comme en attestent les archives déclassifiées (5). Son groupe contrôle El Mercurio, le premier journal de diffusion nationale, à la fois conservateur et farouchement néolibéral – ce serait un peu l’équivalent du Figaro au Chili - mais aussi tout un tas d’autres journaux de diffusion nationale (La Segunda, Las últimas noticias…), ainsi qu’une grande partie, quasiment dans toutes les villes, de la presse régionale. Il s’agit vraiment là d’un empire gigantesque qui fait que, par exemple, un habitant de Valparaíso qui voudrait acheter un ou plusieurs journaux nationaux ou locaux, lirait seulement de la presse contrôlée par le groupe de la famille Edwards.

De l’autre côté, la Copesa, l’autre groupe dominant, contrôle également une large partie de la presse écrite. Ces médias sont des adversaires déclarés et acharnés des mouvements populaires et tous celles et ceux qui critiquent l’ordre établi, et ce depuis des décennies, voire plus d’un siècle : dans les années 60, précisément durant les luttes étudiantes de l’année 1967, une grande banderole devenue fameuse avait été installée sur la devanture du journal, annonçant : « El Mercurio ment ! » face aux attaques réitérées du quotidien contre le mouvement de la réforme universitaire. Depuis, ce slogan a été repris et adapté dans presque tous les grands moments de confrontation sociale avec les pouvoirs en place. Plus récemment, le traitement médiatique des résistances du peuple Mapuche au Sud du pays a rappelé comment ceux-ci participent activement de la criminalisation des luttes.
Mais ces deux groupes-là sont également très présents au niveau de la radio. Or, la radio est un média très important au Chili, et reste encore un média de diffusion de masse. Par exemple, c’est le cas de Radio Universo possédée, parmi d’autres, par la famille Edwards, ou de radio Duna par Copesa.
Dans ce secteur, on note aussi la présence de grands groupes internationaux, notamment le groupe Prisa, le groupe espagnol bien connu qui contrôle El País (premier quotidien ibérique), Prisa qui est très présent en Amérique latine, par exemple en Colombie et au Chili, et qui contrôle certaines radios chiliennes, comme par exemple Radio Chile. Dans ce scénario, on a d’autres grands capitalistes, d’autres grandes fortunes chiliennes, qui sont également présentes : aux côtés des Edwards pour le groupe El Mercurio, le groupe d’Álvaro Saieh – une des plus grandes fortunes du pays, avec Copesa ; la famille Luksic, qui est la plus riche du Chili et qui contrôle deux radios mais surtout deux grandes chaines de télévision : Canal13 et UCTV (les plus regardées du pays). On a aussi la famille Solari qui s’enrichit avec des radios et des chaines de télévision comme Mega et ETC ; et d’autres grands groupes internationaux comme Warner et Albavisión, qui possèdent des chaines centrales d’information continue comme CNN.

Pareillement, il convient de rappeler qu’il existe une connivence et une proximité très fortes entre cette oligarchie médiatique et le pouvoir politique : le président multimillionnaire et de droite, Sebastián Piñera, actuellement au pouvoir, ayant lui-même été propriétaire d’un canal de télévision pendant très longtemps, avant de le céder au moment de son élection. Si l’on observe cela dans le temps historique, on pourrait souligner le rôle des médias dans la chute de Salvador Allende, en 1973 : les médias conservateurs ont véritablement organisé un climat propice au coup d’état, ils ont préparé les esprits (on pourrait citer les travaux pionniers de Armand Mattelart à ce propos (6) ou encore l’excellent documentaire La Spirale) (7). Edwards en personne a fait des allers-retours dans le bureau ovale de Richard Nixon et de Henry Kissinger pour organiser le coup d’état.
Par la suite, durant la dictature, lui et les siens, ont été bien rétribués en ce sens, puisque à compter du tournant néolibéral des « Chicago Boys » en 1975, on observe un renforcement de la concentration médiatique, et ce même si cette forte concentration médiatique était déjà importante avant le coup d’état. Sous le gouvernement de Salvador Allende et de l’Unité Populaire, c’était d’ailleurs un vrai problème et la gauche n’a malheureusement pas réussi à le régler tout à fait, malgré la création de plusieurs médias antiimpérialistes ou socialistes. El Mercurio, La Segunda et les autres, durant la tyrannie de Pinochet, mettront leurs journalistes et éditorialistes au service du régime civico-militaire justifiant sans vergogne la répression et le terrorisme d’Etat, et la « chasse » aux militants et défenseurs des droits humains.

Pour terminer, la transition démocratique « pactée » de 1989-1990 (8) a véritablement fini par tuer des publications comme la revue APSI par exemple, ou La Época, Análisis, et quelques autres… des revues indépendantes qui ont existé à la fin de la dictature et qui étaient des revues culturelles, critiques et très dynamiques, d’opposition à la dictature. Or la nouvelle élite politique de centre-gauche et néolibérale, qui arrive au pouvoir à partir de 1990, a contribué à annihiler ces revues-là en leur coupant les vivres et les annonces ; même le vieux quotidien La Nación, le seul journal public, finit par mourir assez récemment, enterré par le président Piñera lui-même car jugé trop offensif sur la question des droits humains et des responsables de la dictature : il ne reste plus que la version web.
Manuel Cabieses, directeur pendant des décennies de la revue Punto final, issue de la gauche radicale, puis ensuite indépendante durant la démocratie, a dénoncé pendant des années à quel point le pouvoir politique a contribué à cette concentration médiatique dans la mesure où il n’y avait aucune régulation. Et surtout, Cabieses a montré comme la publicité d’État (et donc les importants financements qui vont avec) se concentre sur ces grands groupes privés, en laissant complètement et intentionnellement de côté ce qui restait comme presse indépendante et critique. Ceci alors que la publicité d’Etat est censée être un mécanisme de régulation du pluralisme, dans ce cas c’est un mécanisme de concentration des pouvoirs médiatiques et de destruction massive du pluralisme...
Il faut voir par exemple qu’une revue historique comme la revue Punto final a finalement - et malheureusement – disparu, notamment faute de soutien public. (9) En termes de journaux papier et de distribution en kiosques (encore nombreux dans les rues chiliennes) - une distribution en partie elle-même contrôlée par les grands groupes - on retrouve difficilement le journal historique du Parti Communiste, El Siglo, on trouve aussi Le Monde Diplomatique version Chilienne (sous la direction de Victor de La Fuente), mais qui est diffusé seulement à quelques milliers d’exemplaires et a aussi beaucoup de mal à survivre.

Enfin, il faut souligner néanmoins que dernièrement, il y a eu des efforts et plusieurs initiatives intéressantes en termes de création de nouvelles formes médiatiques indépendantes. Le web a ainsi permis la création de quelques journaux nationaux de premier plan comme El Mostrador, un des principaux journaux numériques du Cône Sud, qui est un vrai journal indépendant. On a aussi El Ciudadano, qui survit grâce à la publicité en ligne mais qui dispose aussi d’une version papier, ou encore un autre média web très lu, sérieux, placé plutôt à gauche : El Desconcierto. On peut également citer le Centro de Investigación e Información Periodística (CIPER, qui pratique un journalisme d’investigation exigeant et propose aussi des analyses approfondies, issues d’universitaires, bien que la fondation soit paradoxalement financée en partie par certains des grands groupes capitalistes mentionnés précédemment… Enfin, il existe tout un écosystème de petits médias critiques, engagés, communautaires qui se développe sur le web comme par exemple la revue de gauche Rosa ou Convergencia Medios.

Le traitement médiatique du mouvement social récent


Comment analyses-tu le traitement de la crise sociale qui traverse le pays par les grands médias nationaux ? Ces derniers ont été accusés de relayer principalement la parole gouvernementale ou, dès qu’il est question de parler des manifestations, d’insister lourdement sur les « violences » de la « primera línea » (10) ou des manifestants en général, sans guère prêter attention à leurs revendications. Peux-tu nous en dire plus ?

Le traitement médiatique de la rébellion populaire en cours depuis 2019 ou encore désormais de la pandémie confirme ce que tout le monde sait au Chili : les médias apparaissent globalement comme peu pluralistes et globalement au service des dominants et des puissants. Certains journalistes essayent tant bien que mal de faire preuve d’une certaine éthique et distance critique, mais ils sont rares et ont peu d’espace.
En février 2020, la rencontre nationale du « collège des journalistes » (colegio de periodistas, syndicat indépendant des journalistes), affirmait textuellement que « les grands médias mentent, réalisent des montages, modèlent les consciences pour maintenir les privilèges d’une élite dominante (11) ». C’est vraiment ce qui se passe : on l’a bien vu au travers d’une presse soit sensationnaliste (presse écrite comme La Tercera ou La Cuarta, presse télévisée comme Megavisión), soit qui fait du « reportage », mais avec des articles qui tendent à mettre l’accent directement sur la violence des manifestants, et oppose l’attitude tout à fait « républicaine » et « courageuse » des forces de l’ordre, alors que la violence d’Etat est massive, disproportionnée : il y des morts, des milliers de blessés, encore plus de 2000 prisonniers issus de la révolte populaire laissés sans jugement, etc. Ces médias tendent aussi à reproduire intégralement la voix officielle, la voix des porte-paroles du gouvernement ou des principaux partis du Parlement, qui ont tous abondé dans le même sens face à cette irruption populaire par le bas.
Tous les journalistes ne sont pas des « manipulateurs », bien évidemment : il existe d’ailleurs au Chili une grande tradition de journalistes d’investigation et de créateurs de film-documentaires critiques (sur la concentration financière, sur les crimes de la dictature, sur les cas de corruption, sur la justice, etc.) avec des journalistes comme Patricia Verdugo, Javier Rebolledo, Alejandra Matus, Ernesto Carmona, etc. Mais, ils sont globalement peu diffusés et ont souvent beaucoup de mal à trouver des financements. Il y a aussi une très forte précarité du travail pour les journalistes qui sont pigistes, freelance, comme d’ailleurs toute la société chilienne qui est très précarisée. Ils sont souvent polyfonctionnels, c’est-à-dire qu’ils doivent faire plusieurs choses à la fois, travailler dans plusieurs médias en même temps, et sont soumis à des journées très longues tout en pouvant être licenciés très rapidement. Cela pose le problème de protection du statut de journalistes et de leurs sources pour pouvoir exercer correctement son travail (12).
Le traitement médiatique de la révolte populaire qui continue depuis plusieurs mois est caractérisé non seulement par un sensationnalisme, une focalisation sur la violence, mais surtout sur la violence de celles et ceux d’en bas. On a vu des médias se concentrer sur une vitrine cassée ou une barricade en flamme alors que le même jour, il y avait des morts dans la rue et des personnes ayant subi des mutilations oculaires. Ou alors, c’est le point de vue des carabiniers, de la police, qui est mis en avant systématiquement, pas celui des manifestants, souvent caricaturés. Lorsque l’on donne la parole aux manifestants, c’est de manière tout à fait partielle et partiale, avec un usage des images qui participe et entretient la confusion.
Ce mouvement populaire est très fortement alimenté par les réseaux sociaux, par internet. Les dénonciations du « circo mediático » (cirque médiatique), de la « censure » de la part des « grands » médias, et en particulier des chaines d’informations, y sont légion. Cette dénonciation est aussi forte dans la rue et dans les manifestations (un peu comme on a pu le voir en France dans le mouvement des Gilets Jaunes). En même temps que le système politique, les partis et le président, les médias dominants traversent aussi une forte crise de légitimité et de crédibilité. Les gens se retrouvent donc plutôt à s’informer via les réseaux sociaux – avec tous les problèmes que cela suppose aussi. Le fait de pouvoir filmer en direct et de pouvoir diffuser en streaming sur internet, a commencé à se répandre au sein des acteurs en lutte ou de nombreux jeunes journalistes indépendants, avec une volonté de casser la vision unilatérale du mouvement, avec d’autres images et récits alternatifs montrant un autre mouvement, par « en bas », celui de la répression d’État, celui de la fête dans la rue, celui des revendications sociales contre le néolibéralisme et la caste politique…
Cette rébellion populaire a donc chahuté l’ensemble du système politique mais aussi le système médiatique. Et plusieurs médias ont été obligés de commencer à donner beaucoup plus la parole aux manifestants, aux mobilisés et à montrer aussi l’ampleur de la répression, tout en participant de la tentative de canaliser cette révolte en cours (13), et alors que plusieurs organismes internationaux des droits humains, y compris l’organisme des droits de l’homme de l’État chilien, dénonçaient l’ampleur de la répression. Le mot d’ordre, loin d’être nouveau, « n’écoute pas les médias sois ton propre média » est donc en partie une réalité dans les mobilisations au Chili pour essayer de contourner la domination médiatique.
Encore maintenant, avec l’actualité du coronavirus et de la gestion sanitaire calamiteuse du gouvernement, il y a un peu cette même préoccupation de contourner les médias oligarchiques par les réseaux sociaux, des réseaux de radios communautaires, ou des médias web critiques ou indépendants. Beaucoup de pages d’information apparues durant les mouvements sociaux de 2019 constituent désormais un véritable "espace de contre-information" via les réseaux sociaux. Mais ceci peut aussi poser parfois problème, car les réseaux particulièrement permettant aussi la diffusion d’une information qui n’est pas toujours contrôlée, vérifiée, et comparée, de « fake » ou encore d’une vision du monde complotiste.

Autre thème central à mon avis : le poids de ce qu’on appellerait en France les « éditocrates », c’est-à-dire comment quelques « opinologues », universitaires et journalistes néolibéraux, des éditorialistes, plastronnent avec morgue dans tous les médias (presse écrite, les télévisions, les radios), « font » et « travaillent » l’opinion. Ce sont d’ailleurs souvent des hommes blancs de plus de cinquante ans, à fort capital culturel et économique, qui dominent ce champ médiatique. Cela aussi a été très largement dénoncé, notamment grâce à la force du mouvement féministe, qui conteste cette domination blanche, masculine, patriarcale en même temps que cette domination oligarchique et médiatique. Peu à peu, a donc commencé à voir apparaître, y compris à la télé aux heures de grande écoute, des invités issus des mobilisations, des porte-paroles des syndicats, des mobilisés, du mouvement de la Coordination féministe du 8 mars, ainsi qu’en donnant la voix aux familles de personnes assassinées, aux proches des prisonniers politiques.

Rappelons qu’il y a plus de 2000 prisonniers politiques actuellement, et avec la pandémie (et vu l’état des prisons chiliennes) c’est vraiment catastrophique. Il y a donc quand même eu une « ouverture » et des brèches de conquises dans le champ médiatique sous la pression de la mobilisation et de la dénonciation issues de la rue, mais aussi grâce à certains journalistes qui font leur travail malgré tout et qui eux aussi, ont fait pression – parfois collectivement et syndicalement - en interne pour pouvoir traiter correctement la rébellion et la répression en cours. C’est le cas du collège des journalistes (colegio de periodistas.).

Une perspective de transformation ?


La question des médias (la transformation du champ médiatique chilien) est-elle assumée comme une revendication par les manifestants ? Des organisations politiques, associatives ou syndicales ont-elles déjà formulé des propositions de transformation du champ médiatique chilien ? Y a-t-il eu de telles initiatives dans l’histoire contemporaine chilienne, notamment à compter de la présidence de Salvador Allende ?


Sur la question des revendications, je pense que le Chili vit un moment fondamental, même si l’arrivée du coronavirus vient de suspendre tout cet immense cycle politique et social issu de la rébellion d’octobre. L’ensemble du système politique est sens dessus dessous : le mouvement a réussi à imposer que soit organisé un plébiscite (en octobre prochain désormais) et, potentiellement, une « convention constitutionnelle » (même si ce n’est absolument pas une véritable assemblée constituante comme le réclament les manifestants), alors que la Constitution de la « démocratie » chilienne – rappelons-le ! – est toujours celle de la dictature, avec quelques réformes et amendements. Même chose pour son modèle économique néolibéral (14).

La stratégie du pouvoir et des partis est d’essayer de contrôler le changement et canaliser les luttes par l’institutionnalisation. Il existe pourtant la revendication, imposée par en bas, d’une nouvelle constitution, « post-néolibérale » cette fois. Et cette question médiatique devrait être au centre, à mon avis, des futures discussions constituantes. Le collège des journalistes affirme très clairement l’exigence d’une constitution qui garantisse, « l’existence de moyens de communication sociale libres, indépendants et pluriels », c’est à dire qui interdise la concentration de la propriété et qui ouvre la voie à des médias indépendants. Cela pose la question, évidemment, du refus du financement et du contrôle des médias par de grands groupes capitalistes, pour reconnaître dans la Constitution la liberté d’information comme un droit fondamental, un droit à une information pluraliste et sérieuse dans son usage des sources, et donc à l’obtention de garanties et de protection pour les journalistes.
Mais cette discussion-là reste encore très minoritaire, y compris au sein de la gauche ou des personnes mobilisées, malgré les fortes critiques sur les réseaux sociaux, au sein des manifestants, visant à dénoncer les grands groupes médiatiques. Il n’y a pas une réflexion collective approfondie sur la manière de penser un écosystème médiatique libre, large, indépendant et pluriel. Il y a bien sûr des comparaisons qui sont faites avec par exemple les lois médiatiques qui ont été faites en Argentine (15). C’était l’idée des « trois tiers » : un tiers au privé, un tiers à l’État (médias publics) et un tiers à un troisième secteur qui seraient des médias associatifs, alternatifs, communautaires et indépendants, mais cette discussion-là est encore peu avancée à mon avis. Elle est pourtant évidemment centrale, au côté d’autres problèmes sociaux, très nombreux : celui de revenir à un système de retraites par répartition, la fin de la privatisation de l’eau en abrogeant le code de l’eau issu de Pinochet, la remise en cause du code du travail issu de la dictature, etc.
Dans l’histoire chilienne, cette discussion a été en partie menée, notamment sous Allende, puisqu’il y a eu la volonté de la part de l’Unité Populaire de créer de grands médias indépendants, par exemple Clarín, Las últimas noticias, ou des médias directement liés aux organisations politiques de gauche. Mais ça a été une histoire chaotique, et pas vraiment réussie totalement dans ses formes et ses modalités, puisque la gauche n’a pas su ou pu transformer le secteur des médias et surtout briser l’hégémonie des médias conservateurs. Clarín, sous la conduite de Víctor Pey, deviendra un journal d’envergure nationale, « fermement aux côtés du peuple » comme l’annonçait sous-titre, très proche de l’Allendisme et il sera exproprié à ce titre par la dictature : durant plus de 40 ans, Pey (décédé en 2018) a lutté pour pouvoir « récupérer » le journal, faire reconnaître le préjudice subi, et le relancer : après une saga politico-juridique aux multiples rebondissements, il a été débouté en 2008. Aujourd’hui Clarín n’existe qu’en version web (sous la conduite de Paul Walder).

Enfin, je pense qu’il est indispensable de mettre en valeur la grande richesse des médias alternatifs actuels, sur Internet, ils sont très nombreux, bien qu’encore minoritaires, avec un effort fait pour diffuser d’autres thèmes de réflexion que ceux des « grands » médias. Des journaux déjà cités comme El Desconcierto ou El Mostrador (16) entretiennent quant à eux un journalisme d’enquête indépendant, et montrent qu’il subsiste des espaces possibles pour informer, et pour construire des médias viables économiquement, un peu comme le ferait Mediapart ou Le Monde Diplomatique en France. Si cette question de la démocratisation médiatique est encore embryonnaire, alors que le processus constituant s’annonce – même s’il est repoussé pour l’instant du fait de la pandémie – elle devrait être au centre de la réflexion collective pour penser un autre Chili post-néolibéral et démocratique.

Propos recueillis par Vincent Bollenot et Nils Solari.

Notes :

1.  Nous remercions également pour sa relecture et ses apports, Antoine Faure, politiste et enseignant-chercheur à l’Université de Santiago du Chili (USACH).
2.  Los Magnates de la Prensa : Concentración de los medios de Comunicación en Chile, Santiago, Debate, 2009.
3. Informe sobre concentración de medios en la Industria Televisiva Chilena” – CNTV 2016.
4. Concentración de medios de comunicación. Conceptos fundamentales y casos de estudio (2019).
5.  On peut voir à ce sujet le documentaire de Ignacio Agüero « El diario de Agustín », 2008, Chili (80 min.).
6.  Mass Media, idéologies et mouvement révolutionnaire (Chili 1970-1973), Paris, Anthropos, 1974.
7. Coréalisé avec Valérie Payoux et Jacqueline Meppiel, 1976, 138 minutes.
8.  On parle de transition « pactée » pour désigner le pacte forgé entre élites économiques, militaires et politiques sur lequel est basé la « sortie négociée » de la dictature et qui a abouti notamment au maintien de Pinochet comme chef des forces armée jusqu’en 1998 et à de multiples héritages autoritaires en « démocratie » : Constitution, modèle économique, code du travail, fonds de pension, etc. Voir notamment : F. Gaudichaud, A. Faure, MC Godoy, F Miranda, R. Jara, Chili actuel. Gouverner et résister dans une société néolibérale, Paris, L’Harmattan, 2016.
9. Toutes ses archives sont disponibles en ligne.
10.  La « Primera línea » (littéralement, la première ligne) est le nom donné à la tête de cortège dans les manifestations, laquelle protège physiquement le reste des manifestants des assauts des Carabineros, la Police chilienne.
11.  Discours d’Oriana Zorrilla, présidente du Conseil Régional Métropolitain du Collège de Journalistes, en l’honneur du « Jour de la Presse » le 13 février 2020.
12. Voir l’article (en espagnol) de Claudia Lagos Lira et Antoine Faure, « Periodismo precarizado : ¿puede/quiere la prensa proteger a los ciudadanos ? », CIPER, 2019.
13. Voir l’article (en espagnol) : « El nuevo rol de los matinales tras el estallido social y cómo ha influido en la imagen de políticos », BioBio, 9 décembre 2019.
14. Sur ce sujet, voir l’entretien : « Regardons le Chili pour comprendre le monde dans lequel on veut nous faire vivre », Rapports de force, 11 mars 2020.
15.  Voir à ce sujet les articles : « Démocratisation des médias audiovisuels en Argentine », 28 octobre 2009 et « Argentine : une loi exemplaire sur l’audiovisuel », 19 novembre 2013.
16.  À titre d’exemple du travail de ce média, et en particulier de critique du traitement médiatique dominant des mobilisations sociales, voir l’article (en espagnol) de Felipe Saleh, El día en que el público se aburrió de la tele : la criticada cobertura de los canales abiertos al estallido social en Chile, 23 octubre, 2019.

samedi 25 avril 2020

APPELS À DONS : POUR QUE VIVE LA CRITIQUE DES MÉDIAS ... ET ACRIMED !


Dans la période que nous traversons, nous ne mettons pas la critique en veilleuse. En témoignent  nos récents articles consacrés au traitement médiatique de la crise du Coronavirus. Plus que jamais, l’information comme bien public de qualité doit être une exigence démocratique majeure. C’est le sens de notre combat.

Les conditions de notre travail sont cependant rendues difficiles. Le confinement de la population affecte tous les secteurs de la société… et Acrimed ne fait pas exception. Nous en subissons également les conséquences. L’équilibre des finances qu’Acrimed avait péniblement atteint s’en trouve déjà affecté ; il continue de reposer essentiellement sur les dons et les adhésions. C’est pourquoi, si vous en avez la possibilité, n’hésitez pas à nous soutenir !

Pour cela, il existe plusieurs possibilités : vous pouvez faire un don à l’association, soit ponctuellement (paiement sécurisé par carte bancaire, Paypal, chèque ou virement) soit régulièrement (prélèvement automatique, chaque mois ou chaque année).
Vous pouvez nous soutenir en adhérant à l’association Acrimed : le paiement de la cotisation vous permet d’être informé et de participer pleinement à la vie de l’association, et de la soutenir financièrement, ou en vous abonnant à notre revue trimestrielle, Médiacritiques, ou encore mieux : les deux. Les cotisations et les dons à Acrimed ouvrent droit à une réduction d’impôt de 66 % de leur montant.





Vous pouvez aussi faire circuler cet appel à soutien auprès de vos proches. Un grand merci à vous pour votre soutien dans cette période difficile... pour que vive la critique des médias !

L’équipe d’Acrimed

lundi 20 avril 2020

TRIBUNE : "POUR UN RENOUVEAU DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE, LE JOUR D'APRÈS"


Plusieurs titres de la presse indépendante ont publié une tribune collective à la suite de la proposition de la députée LREM Aurore Bergé de mise en place d’un crédit d’impôt sur les dépenses publicitaires. Cette mesure serait, selon elle, un moyen de soutenir les médias en difficulté !

L'occasion bien au contraire dans cette période extra-ordinaire, de mettre en question la dépendance de la presse aux forces de l'argent et à s'atteler à mettre en place les conditions d'un renouveau de la "liberté de la presse" dont la définition n'en soit pas détournée et dévoyée par les médias dominants !





"La députée La République en marche (LREM) des Yvelines Aurore Bergé, rapporteuse générale du projet de loi relatif à la communication audiovisuelle, propose la mise en place d’un crédit d’impôt sur les dépenses publicitaires. Cette mesure serait, selon elle, un moyen de soutenir les médias en difficulté.

En tant que médias indépendants, reposant pour leur travail sur les ressources que nous apportent nos lectrices et lecteurs par leurs dons ou par leurs abonnements, nous nous opposons fermement à cette proposition qui, si elle était appliquée, représenterait une distorsion de concurrence inacceptable.

Depuis des années, nous nous battons pour une information libre, et gagnons la confiance croissante d’un public qui comprend que l’indépendance est la garantie d’un vrai débat démocratique. Nous critiquons la presse dominante, qui est massivement détenue par des banques, opérateurs des télécoms, entreprises du luxe et autres entreprises d’armement. Non contente de bénéficier de subventions d’État, qui pouvaient avoir un sens à une époque antérieure, elle continue à se reposer sur la publicité.

Dans la situation extraordinaire que traverse en ce moment le monde, nous pensons qu’il faut que l’univers médiatique saisisse lui aussi la chance d’un renouveau pour ne pas répéter les errements d’un passé qui nous a conduits à la crise actuelle.

Nous proposons donc, plutôt qu’une subvention de plus, des états généraux des médias qui réfléchiront :

- à l’indépendance des sociétés de journalistes ;

à la création d’un fonds de soutien équitable à la presse gérée par une instance indépendante du gouvernement ;


- à une loi interdisant la possession de plusieurs médias.


Ce texte a été proposé à la signature à plusieurs medias indépendants. Il n'est qu'une base de réflexion. Nous aurions pu aussi y évoquer la réflexion sur le statut juridique des rédactions, ou d'autres aspects."

Les médias signataires de la tribune :   

Arrêt sur images, Là-bas si j’y suis, Le Média, Frustration, Le Vent se lève, Next INpact et Reporterre.

https://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/pour-un-renouveau-de-la-liberte-de-la-presse-le-jour-d-apres 
https://www.arretsurimages.net/chroniques/la-vie-du-site/la-presse-dapres-cest-maintenant 
https://www.frustrationmagazine.fr/pour-un-renouveau-de-la-liberte-de-la-presse-le-jour-dapres/
https://www.nextinpact.com/blog/108904-pour-renouveau-liberte-presse-jour-dapres.htm 
https://lvsl.fr/pour-un-renouveau-de-la-liberte-de-la-presse-le-jour-dapres/ 
https://www.lemediatv.fr/articles/points-de-vue/pour-un-renouveau-de-la-liberte-de-la-presse-le-jour-dapres-d2udc3SHTRGtHNMXilVduw
https://reporterre.net/Pour-un-renouveau-de-la-liberte-de-la-presse-le-jour-d-apres

vendredi 17 avril 2020

ALAIN ACCARDO : " DÉMOCRATISER LES GRANDS MÉDIAS"


ACRIMED a publié , sous forme de tribune et avec son accord, un texte inédit du sociologue Alain Accardo. 
Il est le premier d’une série dédiée aux propositions de transformation du secteur médiatique. 


L’hétéronomie des médias d’information a deux ensembles de causes : d’une part la privatisation (avec la financiarisation, la concentration et la dépendance à la publicité) ; d’autre part les structures de la personnalité journalistique (ethos professionnel, dispositions profondes).
Le premier ensemble de causes est généralement le mieux – et parfois le seul – aperçu par ceux qui réfléchissent aux remèdes à apporter à la situation présente , et qui proposent par exemple de réactualiser, en leur apportant les adaptations et les prolongements nécessaires, la philosophie et les décisions adoptées à la Libération par le législateur, dont le projet initial de démocratisation de la presse devait malheureusement être vite enterré .
Il va de soi qu’une telle démarche non seulement s’impose mais encore qu’elle ne doit pas s’arrêter à des demi-mesures. Si à la Libération déjà les réformateurs issus de la Résistance se préoccupaient légitimement de combattre la concentration des titres entre les mains de groupes privés, a fortiori faut-il aujourd’hui abattre la puissance tentaculaire des véritables « empires » qui se sont constitués.
Il importe donc de détruire ceux-ci par l’expropriation et une législation anti-monopole favorisant le développement d’une presse indépendante et non lucrative, mais aussi de s’attaquer plus fondamentalement à la privatisation des moyens de production (y compris de celle des biens symboliques comme la culture et l’information) qui est à la racine de la soumission des médias au pouvoir de l’argent.
C’est là une condition indispensable à l’instauration en principe et en fait, du droit à l’information, dans tous les domaines, comme un droit fondamental du citoyen, sur le même plan et au même titre que le droit à l’instruction, à la santé, etc., l’État démocratique et républicain se portant garant de l’égal accès à l’information pour tous les citoyens sans discrimination, tant comme utilisateurs que comme producteurs.
C’est dire qu’il incombe à la collectivité de se doter d’un véritable service public de l’information et de financer la satisfaction de ce besoin fondamental de la vie en démocratie, comme elle finance l’instruction, la santé ou la sécurité publiques. On ne peut pas se réclamer de l’idéal démocratique et laisser la production et la diffusion de ce bien symbolique vital qu’est l’information, à la merci des appétits et des manœuvres mercantiles.
Mais il ne servirait strictement à rien de financer à grands frais un service public de l’information si on laissait la responsabilité de son fonctionnement et de sa gestion au même genre de personnel journalistique qui occupe aujourd’hui les postes du prétendu « service public » ou qui peuple les rédactions des grands médias.
Il n’y a malheureusement pas grand-chose à retenir de l’actuel système de recrutement, de formation et de gestion du personnel journalistique des différents secteurs. Le résultat le plus constant des mécanismes actuels est de confier les rênes des appareils médiatiques à une caste largement cooptée et acquise à l’ordre capitaliste, minorité privilégiée, d’origine majoritairement bourgeoise, qui truste les postes de direction et de responsabilité et qui exploite, pour le compte des actionnaires, une armée docile d’exécutants que ni sa sociologie, ni sa formation, ni sa philosophie, ni son statut de plus en plus précaire, ne prédisposent – à l’exception ça ou là, de courageux groupes de réfractaires et d’îlots valeureux de résistance – à combattre l’aliénation des médias par l’argent et par la connivence politique avec tous les courants de droite et de gauche du néolibéralisme.
Une véritable information de service public exige un type nouveau de journalisme, en rupture avec le modèle cher aux écoles de journalisme actuelles (de statut public ou privé). Celles-ci ne sont que des officines de placement pilotées en fait de l’aval par le marché de l’emploi c’est-à-dire par le stéréotype professionnel correspondant aux besoins des entreprises de presse. Dûment formatés dans cette perspective, les journalistes sont poussés pour la plupart, à des fins de massification et de manipulation de leur cible (lectorat, audience), à produire et diffuser l’information caricaturale que nous connaissons aujourd’hui et dont la critique n’est plus à faire.
Un journalisme de service public digne de ce nom implique la mise en place de filières de formation qui, contrairement à celles d’aujourd’hui, recrutent davantage d’élèves issus des classes populaires, et dispensent, par l’intermédiaire d’enseignants qualifiés, un enseignement à la fois universitaire et technologique de haut niveau. Celui-ci devrait avoir pour finalité de faire acquérir aux étudiants, non seulement la maîtrise des technologies de l’information, mais en même temps et surtout le niveau élevé de culture générale et aussi de conscience civique et de souci du bien public sans lesquels l’exercice du métier ne peut plus obéir qu’à des ambitions carriéristes médiocres et dégénérer finalement en contribution, délibérée ou non, au maintien de l’ordre idéologique.
L’obtention d’une telle compétence inséparablement intellectuelle et morale devrait déboucher sur des emplois stables et décemment rémunérés, avec une gestion des carrières analogue à celle de la fonction publique, sur la base des seules aptitudes et des seuls mérites avérés, seul moyen de soustraire, dans le principe, les parcours professionnels à l’arbitraire des copinages, du clientélisme et du népotisme, qui règne présentement.
Cela supposerait en outre l’instauration d’une autorité de tutelle et d’instances de contrôle dans lesquelles seraient démocratiquement représentées toutes les composantes de la profession (y compris les syndicats), qui auraient pour tâche principale de veiller au respect par tous des règles de déontologie aujourd’hui bafouées par le journalisme de marché.
Quant à ceux qui s’inquiètent de ce que deviendrait dans un tel cadre la liberté de conscience des « fonctionnaires » de l’information, on peut répondre qu’on ne voit pas en quoi cette liberté de conscience serait plus menacée que celle des agents en service dans les administrations publiques existantes, ou que celle d’un professeur de philosophie ou d’histoire de l’Éducation nationale dans l’exercice normal de sa fonction.
L’emprise de l’État sur l’information n’est néfaste que parce que l’État est lui-même sous la coupe du Capital. Et il est piquant de voir que, sous prétexte de ne pas attenter à la prétendue liberté du journalisme, on tolère qu’un journalisme asservi au pouvoir politique et à la finance étende son emprise sur le monde intellectuel.
Sans une double réforme conjointe des structures objectives et des structures de subjectivité, il est vain d’espérer démocratiser les médias.

Alain Accardo

Poursuivre la lecture de la sociologie critique des médias avec Alain Accardo aux éditions Agone : https://agone.org/trouver


 



 
 

mardi 14 avril 2020

ÉDITOCRATES : AU NOM DU PLURALISME: TAISEZ-VOUS !!


Une déclaration d’Acrimed qui invite les économistes à gages, les chroniqueurs et les éditocrates qui depuis trente ans chantent les louanges du libéralisme, à se taire au nom du pluralisme comme de la décence la plus élémentaire.


Voilà trente ans que les libéraux occupent tout l’espace médiatique, chantent les louanges de la mondialisation heureuse, de l’Europe des marchés, et de la baisse des déficits publics.
Trente années que ces zélateurs zélés du capitalisme nous abreuvent de doctrines libérales qui causent les crises, détruisent les emplois et bouleversent le climat.
Trente années qu’ils braillent contre les dépenses de l’État, appellent à réduire son périmètre, enjoignent d’alléger la pression fiscale, acclament la concurrence et roucoulent dès que l’on réduit le nombre de fonctionnaires.
Trente années qu’ils accompagnent la casse du droit du travail, qu’ils se félicitent des dividendes offerts aux actionnaires, prêchent inlassablement le « mérite » des riches et des rentiers. Trente années qu’ils accablent les travailleurs et les plus démunis, les « tire-au-flanc » et les « privilégiés » dans leurs médias gavés de subventions publiques.
Trente années que ces spécialistes de la pensée jetable se trompent sur tout. Qu’ils célèbrent la finance triomphante à la veille de la crise des subprimes. Qu’ils vantent la « solidarité européenne » quand sont imposées des coupes drastiques aux pays en difficulté. Qu’ils applaudissent, malgré la crise climatique, le capitalisme et le consumérisme effréné dans leurs médias saturés de publicités.
Trente années que les économistes à gages – qui cachetonnent dans les conseils d’administration des grandes entreprises du CAC40 – les chroniqueurs libéraux ou les simples éditocrates cadenassent la parole et monopolisent des plateaux faits par eux et pour eux.
De « l’État obèse » et « boursouflé » fustigé par Laurent Joffrin dans les années 1980 à la « suppression de la cinquième semaine de congés payés » prônée par Christophe Barbier en 2011, en passant par « la mondialisation heureuse » appelée de ses vœux par Alain Minc à la veille des années 2000, ils ont asséné tant de fois le même discours, le même message, qu’il est connu de tous, et par cœur : « Vive l’individualisme et le marché » ; « À bas la solidarité et la puissance publique » !
Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire, certains retournent (une nouvelle fois) leur veste : c’est l’État tant honni qui est appelé à la rescousse. Mais alors que le système de santé est à bout de souffle du fait des politiques libérales et des coupes budgétaires, alors que des vies sont en jeu, que penser des sommations à la « baisse des dépenses de santé » d’Éric Le Boucher ? Que penser des prophéties de Nicolas Bouzou en 2014, selon lesquelles « dans 10 ans, nous aurons deux fois trop de lits d’hôpitaux » ? Que penser des cris d’orfraie d’Agnès Verdier-Molinié contre « le taux d’absentéisme très élevé qu’il y a dans nos hôpitaux publics » ? Que penser enfin, en pleine crise du Covid-19, des railleries d’Yves Calvi contre « la pleurniche permanente hospitalière » (12 mars 2020) ?
Aujourd’hui plus que jamais, après ces trente années de captation de l’antenne, il est temps qu’ils se taisent.
Au nom du pluralisme comme au nom de la décence la plus élémentaire, nous demandons à Jacques Attali, Ruth Elkrief, Dominique Seux, Axel de Tarlé, Alain Minc, Jean Quatremer, Christine Ockrent, Jean-Michel Aphatie, Nicolas Baverez, Alain Duhamel, Christophe Barbier, Brice Couturier, Jacques Julliard, Franz-Olivier Giesbert, Arnaud Leparmentier, Éric Le Boucher, Nicolas Beytout, Yves de Kerdel, Élie Cohen, Christian de Boissieu, Raphaël Enthoven, François Lenglet, Daniel Cohen, Patrick Artus, Christian Menanteau, Éric Brunet, Yves Calvi, Laurent Joffrin, David Pujadas, Yves Thréard, François de Closets, Pascal Perri, Nicolas Doze, Jean-Marc Sylvestre, Nicolas Bouzou, Jean-Hervé Lorenzi, Olivier Truchot, Dominique Reynié, Philippe Dessertine, Agnès Verdier-Molinié et consorts, de ne plus prendre la parole dans les médias pendant trente ans.
Nous demandons également aux médias qui les emploient ou qui les invitent – et a fortiori les médias du secteur public – d’en profiter pour laisser la place, et faire entendre d’autres voix (qui ne soient pas leurs clones) pendant trente ans.
Dans trente ans, alors, on pourra débattre à armes égales.

Acrimed

Post-scriptum : Nous ne doutons pas que le Conseil supérieur de l’audiovisuel veillera à ce que le pluralisme soit ainsi strictement respecté.

lien vers l'article :  https://www.acrimed.org/Au-nom-du-pluralisme-taisez-vous



dimanche 12 avril 2020

EDITOCRATES : LE MEILLEUR DU PIRE !

Deux fleurons de l'éditocratie française en roue libre...