lundi 20 avril 2020

TRIBUNE : "POUR UN RENOUVEAU DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE, LE JOUR D'APRÈS"


Plusieurs titres de la presse indépendante ont publié une tribune collective à la suite de la proposition de la députée LREM Aurore Bergé de mise en place d’un crédit d’impôt sur les dépenses publicitaires. Cette mesure serait, selon elle, un moyen de soutenir les médias en difficulté !

L'occasion bien au contraire dans cette période extra-ordinaire, de mettre en question la dépendance de la presse aux forces de l'argent et à s'atteler à mettre en place les conditions d'un renouveau de la "liberté de la presse" dont la définition n'en soit pas détournée et dévoyée par les médias dominants !





"La députée La République en marche (LREM) des Yvelines Aurore Bergé, rapporteuse générale du projet de loi relatif à la communication audiovisuelle, propose la mise en place d’un crédit d’impôt sur les dépenses publicitaires. Cette mesure serait, selon elle, un moyen de soutenir les médias en difficulté.

En tant que médias indépendants, reposant pour leur travail sur les ressources que nous apportent nos lectrices et lecteurs par leurs dons ou par leurs abonnements, nous nous opposons fermement à cette proposition qui, si elle était appliquée, représenterait une distorsion de concurrence inacceptable.

Depuis des années, nous nous battons pour une information libre, et gagnons la confiance croissante d’un public qui comprend que l’indépendance est la garantie d’un vrai débat démocratique. Nous critiquons la presse dominante, qui est massivement détenue par des banques, opérateurs des télécoms, entreprises du luxe et autres entreprises d’armement. Non contente de bénéficier de subventions d’État, qui pouvaient avoir un sens à une époque antérieure, elle continue à se reposer sur la publicité.

Dans la situation extraordinaire que traverse en ce moment le monde, nous pensons qu’il faut que l’univers médiatique saisisse lui aussi la chance d’un renouveau pour ne pas répéter les errements d’un passé qui nous a conduits à la crise actuelle.

Nous proposons donc, plutôt qu’une subvention de plus, des états généraux des médias qui réfléchiront :

- à l’indépendance des sociétés de journalistes ;

- à la création d’un fonds de soutien équitable à la presse gérée par une instance indépendante du gouvernement ;


- à une loi interdisant la possession de plusieurs médias.


Ce texte a été proposé à la signature à plusieurs medias indépendants. Il n'est qu'une base de réflexion. Nous aurions pu aussi y évoquer la réflexion sur le statut juridique des rédactions, ou d'autres aspects."

Les médias signataires de la tribune :   

Arrêt sur images, Là-bas si j’y suis, Le Média, Frustration, Le Vent se lève, Next INpact et Reporterre.

https://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/pour-un-renouveau-de-la-liberte-de-la-presse-le-jour-d-apres 
https://www.arretsurimages.net/chroniques/la-vie-du-site/la-presse-dapres-cest-maintenant 
https://www.frustrationmagazine.fr/pour-un-renouveau-de-la-liberte-de-la-presse-le-jour-dapres/
https://www.nextinpact.com/blog/108904-pour-renouveau-liberte-presse-jour-dapres.htm 
https://lvsl.fr/pour-un-renouveau-de-la-liberte-de-la-presse-le-jour-dapres/ 
https://www.lemediatv.fr/articles/points-de-vue/pour-un-renouveau-de-la-liberte-de-la-presse-le-jour-dapres-d2udc3SHTRGtHNMXilVduw
https://reporterre.net/Pour-un-renouveau-de-la-liberte-de-la-presse-le-jour-d-apres

vendredi 17 avril 2020

ALAIN ACCARDO : " DÉMOCRATISER LES GRANDS MÉDIAS"


ACRIMED a publié , sous forme de tribune et avec son accord, un texte inédit du sociologue Alain Accardo. 
Il est le premier d’une série dédiée aux propositions de transformation du secteur médiatique. 


L’hétéronomie des médias d’information a deux ensembles de causes : d’une part la privatisation (avec la financiarisation, la concentration et la dépendance à la publicité) ; d’autre part les structures de la personnalité journalistique (ethos professionnel, dispositions profondes).
Le premier ensemble de causes est généralement le mieux – et parfois le seul – aperçu par ceux qui réfléchissent aux remèdes à apporter à la situation présente , et qui proposent par exemple de réactualiser, en leur apportant les adaptations et les prolongements nécessaires, la philosophie et les décisions adoptées à la Libération par le législateur, dont le projet initial de démocratisation de la presse devait malheureusement être vite enterré .
Il va de soi qu’une telle démarche non seulement s’impose mais encore qu’elle ne doit pas s’arrêter à des demi-mesures. Si à la Libération déjà les réformateurs issus de la Résistance se préoccupaient légitimement de combattre la concentration des titres entre les mains de groupes privés, a fortiori faut-il aujourd’hui abattre la puissance tentaculaire des véritables « empires » qui se sont constitués.
Il importe donc de détruire ceux-ci par l’expropriation et une législation anti-monopole favorisant le développement d’une presse indépendante et non lucrative, mais aussi de s’attaquer plus fondamentalement à la privatisation des moyens de production (y compris de celle des biens symboliques comme la culture et l’information) qui est à la racine de la soumission des médias au pouvoir de l’argent.
C’est là une condition indispensable à l’instauration en principe et en fait, du droit à l’information, dans tous les domaines, comme un droit fondamental du citoyen, sur le même plan et au même titre que le droit à l’instruction, à la santé, etc., l’État démocratique et républicain se portant garant de l’égal accès à l’information pour tous les citoyens sans discrimination, tant comme utilisateurs que comme producteurs.
C’est dire qu’il incombe à la collectivité de se doter d’un véritable service public de l’information et de financer la satisfaction de ce besoin fondamental de la vie en démocratie, comme elle finance l’instruction, la santé ou la sécurité publiques. On ne peut pas se réclamer de l’idéal démocratique et laisser la production et la diffusion de ce bien symbolique vital qu’est l’information, à la merci des appétits et des manœuvres mercantiles.
Mais il ne servirait strictement à rien de financer à grands frais un service public de l’information si on laissait la responsabilité de son fonctionnement et de sa gestion au même genre de personnel journalistique qui occupe aujourd’hui les postes du prétendu « service public » ou qui peuple les rédactions des grands médias.
Il n’y a malheureusement pas grand-chose à retenir de l’actuel système de recrutement, de formation et de gestion du personnel journalistique des différents secteurs. Le résultat le plus constant des mécanismes actuels est de confier les rênes des appareils médiatiques à une caste largement cooptée et acquise à l’ordre capitaliste, minorité privilégiée, d’origine majoritairement bourgeoise, qui truste les postes de direction et de responsabilité et qui exploite, pour le compte des actionnaires, une armée docile d’exécutants que ni sa sociologie, ni sa formation, ni sa philosophie, ni son statut de plus en plus précaire, ne prédisposent – à l’exception ça ou là, de courageux groupes de réfractaires et d’îlots valeureux de résistance – à combattre l’aliénation des médias par l’argent et par la connivence politique avec tous les courants de droite et de gauche du néolibéralisme.
Une véritable information de service public exige un type nouveau de journalisme, en rupture avec le modèle cher aux écoles de journalisme actuelles (de statut public ou privé). Celles-ci ne sont que des officines de placement pilotées en fait de l’aval par le marché de l’emploi c’est-à-dire par le stéréotype professionnel correspondant aux besoins des entreprises de presse. Dûment formatés dans cette perspective, les journalistes sont poussés pour la plupart, à des fins de massification et de manipulation de leur cible (lectorat, audience), à produire et diffuser l’information caricaturale que nous connaissons aujourd’hui et dont la critique n’est plus à faire.
Un journalisme de service public digne de ce nom implique la mise en place de filières de formation qui, contrairement à celles d’aujourd’hui, recrutent davantage d’élèves issus des classes populaires, et dispensent, par l’intermédiaire d’enseignants qualifiés, un enseignement à la fois universitaire et technologique de haut niveau. Celui-ci devrait avoir pour finalité de faire acquérir aux étudiants, non seulement la maîtrise des technologies de l’information, mais en même temps et surtout le niveau élevé de culture générale et aussi de conscience civique et de souci du bien public sans lesquels l’exercice du métier ne peut plus obéir qu’à des ambitions carriéristes médiocres et dégénérer finalement en contribution, délibérée ou non, au maintien de l’ordre idéologique.
L’obtention d’une telle compétence inséparablement intellectuelle et morale devrait déboucher sur des emplois stables et décemment rémunérés, avec une gestion des carrières analogue à celle de la fonction publique, sur la base des seules aptitudes et des seuls mérites avérés, seul moyen de soustraire, dans le principe, les parcours professionnels à l’arbitraire des copinages, du clientélisme et du népotisme, qui règne présentement.
Cela supposerait en outre l’instauration d’une autorité de tutelle et d’instances de contrôle dans lesquelles seraient démocratiquement représentées toutes les composantes de la profession (y compris les syndicats), qui auraient pour tâche principale de veiller au respect par tous des règles de déontologie aujourd’hui bafouées par le journalisme de marché.
Quant à ceux qui s’inquiètent de ce que deviendrait dans un tel cadre la liberté de conscience des « fonctionnaires » de l’information, on peut répondre qu’on ne voit pas en quoi cette liberté de conscience serait plus menacée que celle des agents en service dans les administrations publiques existantes, ou que celle d’un professeur de philosophie ou d’histoire de l’Éducation nationale dans l’exercice normal de sa fonction.
L’emprise de l’État sur l’information n’est néfaste que parce que l’État est lui-même sous la coupe du Capital. Et il est piquant de voir que, sous prétexte de ne pas attenter à la prétendue liberté du journalisme, on tolère qu’un journalisme asservi au pouvoir politique et à la finance étende son emprise sur le monde intellectuel.
Sans une double réforme conjointe des structures objectives et des structures de subjectivité, il est vain d’espérer démocratiser les médias.

Alain Accardo

Poursuivre la lecture de la sociologie critique des médias avec Alain Accardo aux éditions Agone : https://agone.org/trouver


 



 
 

mardi 14 avril 2020

ÉDITOCRATES : AU NOM DU PLURALISME: TAISEZ-VOUS !!


Une déclaration d’Acrimed qui invite les économistes à gages, les chroniqueurs et les éditocrates qui depuis trente ans chantent les louanges du libéralisme, à se taire au nom du pluralisme comme de la décence la plus élémentaire.


Voilà trente ans que les libéraux occupent tout l’espace médiatique, chantent les louanges de la mondialisation heureuse, de l’Europe des marchés, et de la baisse des déficits publics.
Trente années que ces zélateurs zélés du capitalisme nous abreuvent de doctrines libérales qui causent les crises, détruisent les emplois et bouleversent le climat.
Trente années qu’ils braillent contre les dépenses de l’État, appellent à réduire son périmètre, enjoignent d’alléger la pression fiscale, acclament la concurrence et roucoulent dès que l’on réduit le nombre de fonctionnaires.
Trente années qu’ils accompagnent la casse du droit du travail, qu’ils se félicitent des dividendes offerts aux actionnaires, prêchent inlassablement le « mérite » des riches et des rentiers. Trente années qu’ils accablent les travailleurs et les plus démunis, les « tire-au-flanc » et les « privilégiés » dans leurs médias gavés de subventions publiques.
Trente années que ces spécialistes de la pensée jetable se trompent sur tout. Qu’ils célèbrent la finance triomphante à la veille de la crise des subprimes. Qu’ils vantent la « solidarité européenne » quand sont imposées des coupes drastiques aux pays en difficulté. Qu’ils applaudissent, malgré la crise climatique, le capitalisme et le consumérisme effréné dans leurs médias saturés de publicités.
Trente années que les économistes à gages – qui cachetonnent dans les conseils d’administration des grandes entreprises du CAC40 – les chroniqueurs libéraux ou les simples éditocrates cadenassent la parole et monopolisent des plateaux faits par eux et pour eux.
De « l’État obèse » et « boursouflé » fustigé par Laurent Joffrin dans les années 1980 à la « suppression de la cinquième semaine de congés payés » prônée par Christophe Barbier en 2011, en passant par « la mondialisation heureuse » appelée de ses vœux par Alain Minc à la veille des années 2000, ils ont asséné tant de fois le même discours, le même message, qu’il est connu de tous, et par cœur : « Vive l’individualisme et le marché » ; « À bas la solidarité et la puissance publique » !
Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire, certains retournent (une nouvelle fois) leur veste : c’est l’État tant honni qui est appelé à la rescousse. Mais alors que le système de santé est à bout de souffle du fait des politiques libérales et des coupes budgétaires, alors que des vies sont en jeu, que penser des sommations à la « baisse des dépenses de santé » d’Éric Le Boucher ? Que penser des prophéties de Nicolas Bouzou en 2014, selon lesquelles « dans 10 ans, nous aurons deux fois trop de lits d’hôpitaux » ? Que penser des cris d’orfraie d’Agnès Verdier-Molinié contre « le taux d’absentéisme très élevé qu’il y a dans nos hôpitaux publics » ? Que penser enfin, en pleine crise du Covid-19, des railleries d’Yves Calvi contre « la pleurniche permanente hospitalière » (12 mars 2020) ?
Aujourd’hui plus que jamais, après ces trente années de captation de l’antenne, il est temps qu’ils se taisent.
Au nom du pluralisme comme au nom de la décence la plus élémentaire, nous demandons à Jacques Attali, Ruth Elkrief, Dominique Seux, Axel de Tarlé, Alain Minc, Jean Quatremer, Christine Ockrent, Jean-Michel Aphatie, Nicolas Baverez, Alain Duhamel, Christophe Barbier, Brice Couturier, Jacques Julliard, Franz-Olivier Giesbert, Arnaud Leparmentier, Éric Le Boucher, Nicolas Beytout, Yves de Kerdel, Élie Cohen, Christian de Boissieu, Raphaël Enthoven, François Lenglet, Daniel Cohen, Patrick Artus, Christian Menanteau, Éric Brunet, Yves Calvi, Laurent Joffrin, David Pujadas, Yves Thréard, François de Closets, Pascal Perri, Nicolas Doze, Jean-Marc Sylvestre, Nicolas Bouzou, Jean-Hervé Lorenzi, Olivier Truchot, Dominique Reynié, Philippe Dessertine, Agnès Verdier-Molinié et consorts, de ne plus prendre la parole dans les médias pendant trente ans.
Nous demandons également aux médias qui les emploient ou qui les invitent – et a fortiori les médias du secteur public – d’en profiter pour laisser la place, et faire entendre d’autres voix (qui ne soient pas leurs clones) pendant trente ans.
Dans trente ans, alors, on pourra débattre à armes égales.

Acrimed

Post-scriptum : Nous ne doutons pas que le Conseil supérieur de l’audiovisuel veillera à ce que le pluralisme soit ainsi strictement respecté.

lien vers l'article :  https://www.acrimed.org/Au-nom-du-pluralisme-taisez-vous



dimanche 12 avril 2020

EDITOCRATES : LE MEILLEUR DU PIRE !

Deux fleurons de l'éditocratie française en roue libre...



vendredi 10 avril 2020

COVID 19 : L'AMI DES DOMINANTS

Nous relayons ici un texte écrit par l’équipe de L’ardeur, association d’éducation populaire politique.



"Pour ce gouvernement anti-populaire, engagé dans une politique de destruction de la protection sociale et de répression policière des colères, des mobilisations et des insurrections qui en découlent, le COVID-19 permet de réaliser plusieurs tests en grandeur nature :

– Test de contrôle de la population (répression, prison, hélicoptères, drones, communications).
– Test d’obéissance de la police dans ce contrôle des populations.
– Test de privatisation-dislocation de l’éducation nationale transférée en e-learning.
– Test d’avancement de la vidéo-médecine à distance.
– Test de soumission des médias, de la population et des gauches (union nationale oblige).
– Test de démolition avancée du droit du travail.

Pour lire l'intégralité du texte, c'est ici :  http://www.ardeur.net/2020/04/covid-19-lami-des-dominants/

Un extrait du texte consacré en particulier au traitement médiatique de la crise sanitaire : 

Des médias au garde-à-vous

En dehors des aspects proprement médicaux de la situation sur lesquels nous ne sommes pas compétent·e·s (nous ne sommes pas microbiologistes et il y a déjà suffisamment de vidéos sur le coronavirus, d’interviews et d’exposés de tous bords, de tous scientifiques pour ne pas inonder davantage le débat), il nous revient en revanche d’interroger les aspects politiques et en soumettre les contradictions à notre intelligence collective. Compter sur nous-mêmes en somme et sur notre intelligence critique que nous nie l’intégralité (ou presque) des médias, docilement regroupés autour du pouvoir exécutif.
Le nombre de morts égrené chaque jour dans nos médias est profondément anxiogène. Le traitement médiatique de la situation nous rend inévitablement vulnérables et les conséquences sur nos citoyennetés sont dramatiques. On ne compte plus les exemples de personnes se faisant apostropher pour être sorties acheter du pain (franchement, a-t-on vraiment besoin de pain frais quotidien en cette période de catastrophe mondiale ?) ou pour avoir rendu visite à un proche. Tout le monde est en train de devenir le flic des autres. L’ambiance est à la dénonciation et aux milices de volontaires qui vont bientôt patrouiller dans les rues. Surtout si ces chiffres ne sont pas expliqués et qu’ils n’ont pour seule fonction que de créer un traumatisme sur fond de méfiance circulaire et nourrie de tous bords.
Expliquer les chiffres, cela voudrait dire les contextualiser, les mettre en perspectives (historiques notamment), les comparer à d’autres… Un exemple : sans vouloir minimiser l’épidémie, il est intéressant de savoir que le nombre de morts faits par le COVID-19 en quatre mois (environ 30 000) est à peu près identique au nombre de personnes qui meurent de faim chaque jour. Ou que le paludisme cause encore plus de 450 000 décès chaque année. Sans qu’on ne s’alarme, dans ces deux cas, des mesures à mettre en place pour éviter pareilles hécatombes. Et que dire de cette information en boucle sur les Ehpad qui se confinent avec le personnel ? Il y a en France 610 000 décès chaque année (une personne toute les 50 secondes) dont 25 % en Ehpad. Les décès au sein des Ehpad représentent donc plus de 150 000 morts par an. Nous parler des décès en Ehpad, c’est nous les présenter comme un problème injuste et terrifiant. On se demande alors ce qu’est la représentation d’un Ehpad pour un chroniqueur de TF1 : une colonie de vacances ? Une thalassothérapie ? Ou un de ces mouroirs sans personnel vendu au privé, qu’on intègre de façon définitive mais dans lequel on vous garantit un placement à 11 % si vous achetez une chambre pour la louer aux résidents ? Pour rappel (car c’est aussi cela mettre les chiffres en perspectives), la moyenne d’âge des morts du coronavirus en France est de 81,2 ans ! Et si la mort du musicien Manu Dibango a suscité beaucoup d’émoi, précisons tout de même qu’il avait… 86 ans.
La télé gouvernementale nous montre en boucle l’hôpital de Mulhouse saturé, l’armée qui évacue des malades en avion vers Toulon. Les tentes de médecine de guerre… terrible ! Mais elle se garde bien de questionner les odieux petits soldats des ARS (Agences régionales de santé) qui ont vidé l’hôpital de tous ses moyens, de tous ses personnels, qui ont mis cent directeurs en démission administrative il y a deux mois, et qui font fonctionner le matériel hospitalier en flux tendus .. Traduirons-nous un jour les ARS devant les tribunaux pour mise en danger délibérée à grande échelle de la vie d’autrui ?
Et c’est probablement à la lecture des médias de gauche ou d’extrême gauche qu’on mesure la puissance de cette manipulation à grande échelle. C’est cela une union nationale : faire taire notre capacité critique, adhérer à l’autorité du pouvoir. La chaîne Youtube « Osons causer » qui, jusqu’à peu décryptait les différentes faces des politiques macronistes, est désormais réduite à répercuter les ordres gouvernementaux : « Restez chez vous ! ». Si nous voulons prendre des leçons de civisme, nous n’avons pas besoin d’ « Osons causer », nous avons déjà TF1 pour traiter quelques doux promeneurs de « délinquants des parcs ». Le philosophe Vladimir Jankelevitch écrivait : « Je serai toujours le gardien de tes droits et jamais le flic de tes devoirs ». Si « Osons causer » renonce à sa mission d’éducation populaire, la preuve est apportée que le test en grandeur nature de soumission des médias (y compris ceux censés critiquer l’ordre de la domination) fonctionne !
S’il est si dur pour des médias, quels qu’ils soient, d’échapper à ces logiques manipulatrices, s’ils épousent si facilement la logique du pouvoir, c’est que les conditions de fabrication de l’information les ont déjà rendus structurellement perméables à cette logique.
Et déjà, la place prise par les chaînes d’info en continu, avec sa conséquence : la course à l’information en « temps réel ». Temps réel ? Allons bon… Cela supposerait qu’existe un temps « irréel » ? Ne serait-ce pas justement ce temps qu’on nous vend pour du « réel » qui, en évacuant l’histoire et les processus d’émergence des phénomènes, constitue l’« irréel », un temps qui n’a pas de sens ? Dans ce monde-là, il faut occuper l’antenne et meubler les flux en permanence. Donc trouver du nouveau au fil des jours, au fil des heures… Heureusement, ce qu’il y a de nouveau, presque en permanence, ce sont les chiffres. Alors… bingo sur ces chiffres qui montent, qui viennent s’aligner de manière vertigineuse sur les écrans ! Chaque jour apporte son lot de « nouveau record », de « chiffre jamais atteint »… Puisqu’il s’agit d’une « pandémie » en plein essor, la probabilité que le nombre de nouveaux cas détectés ou de nouveaux décès à l’hôpital en 24 heures soit inférieur à celui de la veille est sans doute inférieure à 1 %, non ? Donc balancer cette info, ce n’est pas vraiment un scoop, on est d’accord ? Il y a d’ailleurs fort à parier que le journaliste qui l’a annoncée en martelant chaque mot sur un ton affolé, quand il rentre chez lui et retrouve son conjoint, il ne lui dit pas : « Tu sais, c’est incroyable : le chiffre a encore progressé ! ». Oui : il est probable que, dans sa vie privée, il reste quelqu’un d’à peu près censé. Mais quand il passe à l’antenne, il devient cet imbécile qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes.
C’est que, sur les ondes, il faut sacrifier aux rites de la dramatisation. Pour « vendre » et faire du « buzz », il faut maintenir le « suspense », « feuilletonner » l’information, avec, si possible, un bon « casting » et de « bons clients ». Autant de termes venus des mondes de la fiction et du commerce et qui se sont progressivement imposés dans les rédactions. C’est ainsi que se construit et se reconstruit le thème de la « vague » épidémique qui va déferler (sans qu’on ne sache jamais pourquoi le « pic » est attendu à tel moment). Avec sa conséquence inéluctable, en gros titre à la « une » de l’Est Républicain du 23 mars : « Vers un inévitable durcissement du confinement » (quatre semaines plus tôt, de nombreux médias titraient sur le « recours inévitable au 49.3 » à propos de la réforme des retraites !). Prophétie auto-réalisatrice dans laquelle les médias oublient – ou feignent d’oublier – le rôle qu’ils jouent eux-mêmes.
Autre facteur structurant : la place prise dans les médias par un ballet d’experts où se succèdent hypothèses hâtives et contradictoires (sur les tests, le port de masques, l’efficacité du traitement par la chloroquine…), sans que les faux pronostics ne soient ensuite rectifiés et sans que l’on précise que « médecin » n’est pas un titre suffisant pour se qualifier d’expert en matière de COVID-19. Mais avec cette certitude auto-proclamée : les fake news, c’est l’affaire des réseaux sociaux ; l’information sérieuse et vérifiée, celle des médias main stream.

dimanche 5 avril 2020

LES "MÉDIACRITIQUES" N° 33 ET 34 EN ACCÈS LIBRE !


Dans ces temps difficiles, et alors que nous sommes dans l’incapacité d’envoyer des revues jusqu’à nouvel ordre, nous mettons les deux derniers Médiacritiques en accès libre (il suffit de cliquer sur la Une). Au passage, nous vous informons que la sortie du n°35, prévue en avril, est repoussée. Nous continuerons dans les jours à venir, autant que faire se peut et de manière sans doute plus ralentie que d’ordinaire, de documenter la période médiatique actuelle. Merci de votre compréhension et de votre soutien.

 https://www.acrimed.org/IMG/pdf/mediacritiques33.pdf

https://www.acrimed.org/IMG/pdf/mediacritiques34.pdf

 Pour rappel, les 32 premiers numéros sont en accès libre ici : 
https://www.acrimed.org/Cadeau-32-Mediacritique-s-en-acces-libre

 






jeudi 26 mars 2020

LIRE : PENDANT LA CRISE, PAS DE CONFINEMENT POUR LA CRITIQUE DES MÉDIAS !



NOUS RELAYONS ICI UN ARTICLE DU SITE 
NATIONAL D'ACRIMED EN DATE DU 24 MARS

"QUELQUES PISTES DE RÉFLEXION SUR NOTRE ACTIVITÉ DANS LA PÉRIODE DE CRISE ACTUELLE"

La crise du Covid-19 a d’ores et déjà des conséquences majeures. Elle a conduit à l’adoption de mesures sans précédent, à commencer par le confinement de la population, qui impacte tous les secteurs de la société… y compris Acrimed.

De toute évidence, notre travail n’est pas facilité par cette situation inédite puisque, comme toutes et tous, nous subissons les conséquences sociales, intimes, physiques et psychologiques du confinement ou de la maladie. Nous ne serons donc pas en mesure de documenter la période actuelle avec la même intensité que d’habitude.

Mais ce constat en appelle immédiatement un second : nous ne comptons pas pour autant mettre la critique en veilleuse ! Car la période, malgré ce que peuvent laisser entendre les discours emphatiques sur « l’union nationale », s’y prête tout particulièrement : critique de l’action du gouvernement qui, à bien des égards, exacerbe les inégalités existantes (mais ce n’est pas l’objet de notre association) ; et surtout, la critique des médias.



L’information a un rôle essentiel dans la période actuelle. C’est pourquoi l’information comme bien public de qualité doit être une exigence démocratique majeure. Il va sans dire que le travail journalistique, en particulier le travail de terrain, d’enquête ou de reportage, n’est pas une tâche facile, aujourd’hui moins que jamais ; nul doute que les plus précaires de la profession seront largement impactés, de même que le secteur de la presse imprimée, déjà fragilisé avant la crise.
Mis à part de nécessaires réorganisations (notamment pour des exigences sanitaires pratiques évidentes) la crise n’a pas, pour l’instant, provoqué de changements majeurs dans le fonctionnement des grands médias : sur les chaînes d’information comme ailleurs, le journalisme dominant est toujours à l’œuvre, et avec lui ses travers et mécanismes bien connus.

Bref, la critique des médias a plus que jamais sa place dans la situation actuelle. Et nous comptons bien nous y atteler ! Voici dès à présent quelques pistes (non exhaustives) que nous approfondirons pour une « critique des médias par temps de Covid-19 .

 - Crise sanitaire et information en direct

Le suivi « en temps réel » de la progression d’une pandémie (notamment via les chaînes d’information en continu) est un phénomène inédit en France. On assiste à une profusion de sujets, « notable quantité d’importance nulle », face à la nécessité permanente de renouveler les angles, et de faire « du neuf » (selon le mécanisme traditionnel du remplissage). On pense également à la multiplication de « reportages » en direct de rues ou de places vides, qui « font vivre » et entretiennent une information « en temps réel », autant qu’ils fournissent aux médias les images télégéniques voire spectaculaires dont ils raffolent. Si ces reportages informent de facto sur le confinement, la surface médiatique qui leur est accordée interroge, sur un temps plus long, quant aux hiérarchies éditoriales.
Mais le traitement médiatique de la crise sanitaire pose une autre question : celle de la discordance entre le temps du savoir scientifique et le temps de l’information en continu. Une question qui se pose également à d’autres moments, lors d’attentats par exemple : le ballet des « experts » et des hypothèses hâtives, en particulier sur les chaînes d’information en continu, impliquent inévitablement la diffusion de faux pronostics et de fausses informations, par la suite rectifiés… ou non. Le tout… en continu.

- Les « experts » médiatiques

Si les éditocrates et commentateurs traditionnels sont toujours en première ligne, la crise sanitaire fait (ré)émerger sur le devant de la scène médiatique deux catégories particulières : les experts « santé » et les experts « économie ». Concernant les premiers : au-delà des imposteurs et « médecins de la télé » – dont Michel Cymès est un cas exemplaire – de très nombreux médecins, aux pedigrees très divers, se sont rendus sur les plateaux. Certains relativisant l’ampleur du risque, d’autres, au contraire, beaucoup plus préoccupés par la situation. Une conséquence : la diffusion, au fil des jours (voire des heures !) de messages contradictoires (sur la durée de l’épidémie, la nécessité du port de masques, le temps de conservation du virus sur une surface, l’efficacité des tests de dépistage, et cætera) qui ne peuvent générer dans l’esprit du public profane que la plus grande confusion.
C’est notamment dans de telles situations que l’on regrette l’absence ou la rareté d’un journalisme scientifique compétent dont le rôle consiste précisément à trier, encadrer et commenter les discours d’« experts » plus ou moins éclairés, à faire le pont entre eux et le public. Informer le public ne relève pas d’un travail d’expert, mais de journaliste. Comme en économie, la parole des « experts » médicaux est par ailleurs rarement replacée dans son contexte, ce qui serait pourtant nécessaire compte tenu du fait que : 1) les connaissances sont partielles puisque les recherches autour du virus sont loin d’être achevées ; 2) les avis sur la pandémie et les moyens de lui faire face peuvent différer dans les milieux les plus spécialisés ; 3) tout « professionnel de santé » qu’il soit, un médecin n’est pas nécessairement spécialiste du covid-19, et des disciplines spécifiques existent dans le champ scientifique (et médical) lui-même (épidémiologie, virologie, infectiologie, etc.).

- La défiance à l’égard des médias

En cette période de crise sanitaire, les médias dominants ont un rôle à jouer en termes de diffusion des consignes. Un rôle qu’ils assument dans un contexte de défiance (souvent légitime) de la part de pans importants de la population, défiance exprimée de longue date, bien avant le début de la crise. Dans de tels moments, le rapport des citoyens à la parole publique et aux médias pose donc question. Des questionnements réflexifs sur l’information sont nécessaires, en particulier si les mécanismes conduisant à mal informer (voire à désinformer) persistent… Or, certains médias n’en prennent pas le chemin : s’ils ne manquent pas de montrer du doigt (parfois avec pertinence) les « fake news » qui circulent sur les réseaux sociaux, ou de s’insurger contre « l’irresponsabilité » d’une partie de la population, ils oublient, comme de coutume, de faire leur autocritique : dans la propagation de fausses nouvelles, comme dans la diffusion de messages contradictoires.
Parce que les frontières entre médias traditionnels et réseaux sociaux ne sont pas toutes si étanches, il est légitime de questionner le pouvoir d’arbitrage que se confèrent les premiers, sans tomber – et c’est très important ! – dans le relativisime ou dans la « critique » du « tous les médias mentent »... En d’autres termes, il faut que la critique porte la même exigence que l’information : documentée, argumentée et de qualité !

- L’information par temps « d’union nationale » ?

Sous prétexte « d’union nationale », il est d’usage pour les gouvernements d’appeler à suspendre toute critique. Les périodes de crise (voire de « guerre » – si l’on en croit Emmanuel Macron...) sont propices à des mesures de censures et des réflexes d’autocensure journalistique (« toute information est-elle bonne à diffuser en tout temps ») ? L’ « union nationale » justifierait-elle, en temps de crise plus qu’en temps ordinaires, un suivisme gouvernemental des grands médias ? L’État devient-il alors, au nom de la sécurité sanitaire, le seul maître de l’information dont les médias doivent se faire les relais dociles ? Il est permis d’en douter. La liberté d’informer et le droit à l’information doivent donc être plus que jamais défendus ! Car des pressions sont possibles, qu’elles émanent du pouvoir politique, économique… ou des chefferies éditoriales elles-mêmes. Aussi notre critique doit-elle rester vigilante face aux velléités de contrôle de l’information, et à leur éventuel renforcement dans la période actuelle.

- Crise sanitaire et information sociale

On le sait : en temps normal, l’information sociale est le parent pauvre de l’agenda médiatique. Or, la question du travail devrait, dans la crise actuelle, faire l’objet d’une attention toute particulière tant les bouleversements sont nombreux : conditions de travail des personnels soignants au-delà de l’éloge télévisé de leur magnifique dévouement, conditions d’exercice du télétravail et ses conséquences, sommations du gouvernement exigeant que de nombreux salariés aillent travailler au moment même où il impose à l’ensemble de la population de rester chez soi, remises en question des droits des travailleurs (droit de retrait, droit de grève, congés payés, etc.). Quelle place et quel traitement les grands médias réservent-ils à ces informations ? Notre critique scrutera tout particulièrement les prismes et biais habituels dans le traitement de l’information sociale. Sans oublier les enjeux des conditions de travail des journalistes et des autres personnels des médias, de leur protection dans les entreprises, mais aussi de leur liberté de circulation. Sans oublier non plus les pigistes et les précaires, qui ne sauraient être utilisés, dans la période actuelle, comme des variables d’ajustement !

- Crise sanitaire et journalisme de préfecture

Pendant la crise, le journalisme de préfecture sévit toujours dans les grands médias. Deux tendances sont déjà particulièrement visibles : d’une part, les reportages aux relents sécuritaires et spectaculaires, sujets « embarqués » auprès des policiers patrouillant dans les rues, décompte des amendes, suivisme vis-à-vis de la communication de la préfecture, co-construction de récits autoritaires, etc. D’autre part, une sous-médiatisation des violences policières commises notamment dans les quartiers populaires, alors que de multiples vidéos et témoignages circulent déjà sur les réseaux sociaux.

- Crise sanitaire et journalisme magazine

Pour le meilleur et pour le pire, la crise actuelle fait le bonheur du « journalisme magazine ». Bien au-delà des rubriques ou des émissions qui l’hébergent traditionnellement, ce journalisme se développe dans les bulletins d’info, chroniques, tribunes, revendiquant le partage de conseils en tout genre, et de récits de « vie de confinement ». Dans quelle mesure ces formats ne se contentent-ils pas de reproduire le prisme de classe souvent à l’œuvre dans le journalisme culturel en général et dans les pages « lifestyle » en particulier ? Les journalistes songent-ils parfois à se départir des biais qui les conduisent traditionnellement (sinon exclusivement) à donner à voir la vie, les préoccupations et les questionnements de leur propre milieu social (CSP+) ?
Ces quelques aperçus ne relèvent pas tous à proprement parler de la critique des médias. Ils proposent quelques données de cadrage pour aborder cette critique avec des moyens appropriés. Et nous donnent l’occasion d’adresser à nos lectrices et lecteurs tous nos encouragements face à cette période difficile que nous devons toutes et tous affronter.

La rédaction d’Acrimed

lundi 23 mars 2020

CRISE DU CORONAVIRUS : APATHIE EN ROUE LIBRE

A lire sur le site d'ACRIMED : 

"Crise du coronavirus : Apathie en roue libre" par Jean Pérès et Frédéric Lemaire

"Pas de confinement médiatique pour les éditocrates : en période de crise sanitaire, ces derniers continuent d’asséner, sur les chaînes d’info et autres médias, leurs partis pris péremptoires. Problème : la situation évoluant très rapidement, les certitudes du jour sont parfois périmées dès le lendemain… Qu’à cela ne tienne : c’est un des privilèges de la profession que de pouvoir se contredire avec aplomb, sans faire d’autocritique – et sans que jamais soit remis en cause leur magistère. Ces derniers jours et semaines, le cas de Jean-Michel Aphatie l’illustre parfaitement."




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