lundi 17 mai 2021

SOUTENIR LA PRESSE ALTERNATIVE : "LE RAVI" DE MARSEILLE EN DIFFICULTÉS

Nous relayons ce message du journal alternatif de critique sociale "Le Ravi" publié à Marseille et sa région en soutien aux difficultés financières qu'il traverse actuellement.

Rappelons que l'un des membres du collectif de ce journal avait répondu à notre invitation lors de la deuxième journée  lyonnaise de la critique des médias" en novembre 2018 pour participer à une table ronde sur les médias alternatifs.

Le Ravi, non essentiel ?

avril 2021 | PAR le Ravi
C’est l’histoire d’un journal, un journal pas pareil, frappé par le Covid, et qui ne veut pas que son numéro de mai soit le dernier. Mais il n’y arrivera pas sans vous…

 

Pour raconter une bonne blague, il ne faut jamais dire que la blague va être bonne.

le Ravi va donc vous en raconter une mauvaise.

Comme ça, à la fin, on est sûr d’en rire.

Vous êtes prêts ?

S’il ne trouve pas au moins 500 nouveaux abonnés, le Ravi va devoir… déposer le bilan avant l’été.

Hahahaha ! C’te blague !! Vous nous l’avez déjà faite l’an dernier, c’est un peu attendu… Mais toujours aussi drôle !

En bon journal satirique, le Ravi fait hélas toujours rire en s’appuyant sur la réalité.

Et notre réalité c’est celle-là : les conséquences du Covid coupent une des deux jambes de notre budget au risque de nous faire tomber. Avec les confinements et re-confinements successifs, nos actions d’éducation aux médias auprès des jeunes mais aussi nos projets d’éducation populaire auprès des adultes sont presque à l’arrêt.

Or cette mission d’éducation au média et de journalisme participatif représente la moitié de nos recettes.

Le lancement de notre site internet leravi.org nous a permis de toucher un nouveau public et, grâce au succès de notre appel, début 2020, nous avons gagné 500 nouveaux lecteurs en approchant les 1400 abonnés. Mais nos recettes liées aux ventes du journal n’augmentent pas assez vite pour compenser les pertes sur nos autres activités…

Aujourd’hui, seulement 10 % des nombreux fans du Ravi sur les réseaux sociaux sont abonnés au journal. Vous tenez l’avenir du Ravi entre vos mains. Abonnez-vous, abonnez les autres, parlez du Ravi autour de vous et choisissez votre objectif  !

500 abonnés en plus : le Ravi peut tenir jusqu’en décembre. Si l’épidémie de Covid passe sous contrôle, nos actions d’éducation aux médias et nos projets d’éducation populaire peuvent reprendre. Mais si leur redémarrage ne se fait pas à plein régime, le journal devra à nouveau appeler à l’aide.

1 000 abonnés en plus : le Ravi peut tenir jusqu’au printemps 2022. Cela lui permet de poursuivre sa réinvention éditoriale, tant dans sa version papier que sur le web, et d’aller chercher de nouveaux lecteurs.

5 000 abonnés en plus : le Ravi est à l’équilibre jusqu’en 2023, et peut se projeter vers l’infini et au-delà.

En ces temps confinés, cochez la case de votre choix pour affirmer que la satire est essentielle : abonnez-vous !

 Pour s'abonner, c'est ici : https://www.leravi.org/tag/abonnez-vous/

On en est où ?

Le 6 mai, vous étiez déjà 200 nouveaux abonnés à avoir rejoints les lecteurs du Ravi. Grace à vous et aux 300 prochains abonnés nous pouvons atteindre le 1er objectif, éviter le pire et projeter le meilleur. Merci !

mardi 11 mai 2021

IN MEMORIAM JACQUES BOUVERESSE

 Une bien triste nouvelle que la disparition du philosophe et professeur au Collège de France Jacques Bouveresse.

Grand spécialiste de philosophie analytique et scientifique, critique intransigeant et lucide d'une conception "héroïque" et déréalisante de la philosophie, mais aussi formidable introducteur à l'oeuvre du satiriste viennois Karl Kraus (1874-1936), Jacques Bouveresse fut aussi un allié précieux de la critique des médias telle qu'elle s'affirme dans le travail de l'association ACRIMED.

Nous relayons ici pour lui rendre hommage, une émission du site "HORS SÉRIE" du 19 juillet 2014.

Jacques Bouveresse en est l'invité unique sur le thème: "La démocratie contre la presse"

 

Jacques Bouveresse, philosophe, professeur au Collège de France

La démocratie contre la presse

Aux Sources

Jacques Bouveresse

Jacques Bouveresse est un philosophe important. Il est pourtant loin d’être un philosophe médiatique. Et à lire ce qu’il dit des médias, on comprend pourquoi les journalistes n’ont pas son numéro à portée de main.

"Il faut défendre la démocratie contre la presse" nous explique en substance ce spécialiste de l’œuvre de Karl Kraus, satiriste autrichien du début du 20e siècle qui critiquait lui aussi férocement la presse de son époque. Mais si Jacques Bouveresse occupe une place tellement à part dans le milieu philosophique français, c’est aussi parce qu’il a épousé un courant qui n’a jamais vraiment été considéré au pays de Foucault, Deleuze ou Derrida. La philosophie analytique, la philosophie du langage ou le positivisme logique du Cercle de Vienne dont les adeptes s’attachent à défendre des valeurs de vérité, de clarté et de précision, n’ont pas eu le succès de certaines des théories philosophiques les plus en vogue en France comme le post-modernisme et le constructivisme sur lesquels Bouveresse, et d’autres, ont très tôt exprimé beaucoup de réserves.

Si vous vous demandiez à quoi pouvaient encore servir les philosophes, à part à squatter les plateaux télé, j’espère que ce moment passé avec Jacques Bouveresse vous apportera un début de réponse.

P.S : un problème de son peut gêner légèrement l'écoute pendant les cinq premières minutes... Ensuite, tout est OK !

LE LIEN VERS L'ÉMISSION :  https://www.hors-serie.net/Aux-Sources/2014-07-19/La-democratie-contre-la-presse-id21

 

 

vendredi 30 avril 2021

LES AMIS (D'ACRIMED 69) DU MONDE DIPLOMATIQUE DE LYON

 

L'agenda ordinairement publié chaque mois sur notre blog étant interrompu depuis le début de la crise sanitaire, c'est avec grand plaisir que nous relayons la reprise des activités de nos amis des Amis du Monde diplomatique de Lyon.

 

 

"Privatisation d'EDF : un marché de dupe !"

 

 Le Mardi 4 Mai 2021 de 20 H à 21H30

 

 Avec Anne DEBRÉGEAS (ingénieure chercheure à EDF et porte-parole de la Fédération Sud-Énergie)

 

et Phillippe ANDRÉ (prévisionniste météo à EDF pour l'hydroélectrique et syndicaliste)

   

De nombreux économistes et politiques (de gauche comme de droite), des associations (ATTAC, Fondation Copernic...), les syndicats du secteur, des experts dans la maintenance des barrages comme d'anciens directeurs d'EDF ont pris position contre l'élargissement de la privatisation du secteur de l'électriité en France. Malgré cela, la Commission européenne et le gouvernement poursuivent leur projet de démantèlement d'EDF à travers le projet HERCULE.

 Même si lors de récentes déclarations, Bruno Lemaire - ministre de l'économie et des finances - a dit, je cite:  "Oubions le projet Hercule et construisons ensemble le grand EDF", la question du démantèlement et de la privatisation d'EDF, demeure en réalité d'actualité...En effet, l'abandon du nom du projet signifie-t-il pour autant l'abandon du projet lui-même alors que les négociations se poursuivent, selon le même ministre, et qu'aucune modification sur le fond de ce projet n'a été annoncée publiquement ?

 Avec nos invité.e. s, nous explorerons l'absurdité économique, sociale et environnementale de ce projet de privatisation.

 Nous verrons également la manière d'y répondre, en réfléchissant ensemble sur ce que pourrait être une gestion socialement, économiquement, et écologiquement responsable de ce bien commun.

Ci-dessous le lien pour accéder à la visio-conférence

https://us02web.zoom.us/meeting/register/tZcocOuppjkrGtPlMi42IslcBMZD2ll9KJMI

 
Il suffit pour cela de suivre les indications données.

Je vous rappelle également qu'il n'est pas nécessaire d'avoir téléchargé l'application Zoom pour suivre la vision conférence.

                 

                    Au plaisir, en vous espérant nombreuses et nombreux en ligne !

                                             Catherine Chauvin /AMD Lyon

 


 

lundi 12 avril 2021

SORTIE DE "MÉDIACRITIQUE" N° 38 : " PRÉSIDENTIELLE : LE RETOUR DU JOURNALISME HIPPIQUE"

Élection présidentielle : le retour du journalisme hippique ! Le n°38 de Médiacritiques, notre revue trimestrielle, sortira de l’imprimerie le 21 avril. Avec des articles et des rubriques inédites, des dessins de Colloghan et la Une signée Zoé Thouron ! À commander sur notre boutique en ligne, ou à retrouver en librairie. Et surtout, abonnez-vous !

 



Acrimed, qui fête discrètement ses 25 ans cette année, se voit souvent reprocher de pratiquer l’amalgame ou d’adopter une démarche critique manquant de complexité. En effet, écrire « les médias » consiste à englober l’ensemble des médias sans nuance.

Alors oui (et à nouveau), nuançons : les médias ne sont pas tous les mêmes. Mais les élections présidentielles, au même titre que les mobilisations sociales ou les interventions militaires occidentales, sont des « verres grossissants ». Elles éclairent sur les pratiques et les dérives récurrentes de tous les médias dominants, et doivent interroger sur leur mode de fonctionnement. C’est entendu : les prescripteurs d’opinions – des présentateurs de JT aux matinaliers en passant par les éditorialistes et les chefs de service – n’ont pas la même responsabilité éditoriale ni le même poids dans les rédactions que les simples pigistes. Mais en intégrant les contraintes qui leur sont imposées, et en validant les consignes qui leur sont transmises, tous les journalistes – à des degrés divers – font tourner la machine et concourent à la production d’une information mutilée (p. 11).

Qu’ils dictent l’agenda médiatique ou se portent garants du consensus, les médias dominants non seulement se comportent en gardiens du statu quo, mais accentuent les tendances les plus négatives inscrites, plus ou moins en pointillé, dans le mécanisme même de l’élection présidentielle. À coups de sondages commandés à l’infini (p. 24), ils construisent (ou déconstruisent) des personnages « présidentiables » (p. 22) et effacent les véritables enjeux politiques.

L’élection présidentielle de 2017 (p. 3) a offert d’abondants matériaux pour l’observation des médias, notamment dans son entre-deux-tours, où les abstentionnistes potentiels furent sommés d’aller voter pour Emmanuel Macron (p. 18). Pour quelle conclusion ? La plupart des médias contribuèrent à mutiler le débat démocratique dont ils se prétendaient les arbitres. Une fois l’élection passée, le prétendu « barrage » médiatique contre le Rassemblement national prend l’eau de toute part. Les sagas journalistiques sur la famille Le Pen se multiplient, les chroniques « divertissantes » sur les élus RN s’entassent dans la presse magazine, tandis que se succèdent à la Une les thématiques fétiches de l’extrême droite, faisant l’objet de (faux) débats entre (seuls) réactionnaires (p. 7).

Toutefois, les grands médias ne sont pas tout-puissants (qu’on se souvienne du référendum sur le Traité constitutionnel de 2005), et leur « pouvoir » s’exerce rarement de façon autonome, mais en conjonction avec d’autres « pouvoirs », économiques, sociaux ou politiques : les médias ne font pas l’élection, mais ils jouent un rôle central dans les élections.

Ce pouvoir s’exerce d’autant moins isolément que, depuis longtemps, la professionnalisation de la vie politique et celle du journalisme politique se conjuguent et renforcent leurs effets. Mais surtout, le traitement médiatique de l’élection présidentielle se coule en quelque sorte dans les institutions de la Ve République, dont le présidentialisme originaire a été accentué par l’élection au suffrage universel direct à deux tours et l’alignement de cette élection sur celle des députés à l’Assemblée nationale.

Cette élection favorise la bipolarisation de la vie politique – les médias ne se préoccupent que du second tour – et la personnalisation. Ainsi la campagne présidentielle de 2022 a-t-elle débuté dans les médias depuis... le lendemain du second tour de 2017. Et ces derniers mois, pas une semaine ne passe sans qu’un sondage ou un débat télévisé n’aborde l’élection présidentielle, à tel point que d’autres sujets majeurs, comme la loi dite « Sécurité globale », qui concerne spécifiquement la liberté d’informer (p. 30), sont relégués au second plan.

 


Et surtout... abonnez-vous !

Ce numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans quelques rares – mais d’autant plus précieuses – librairies listées plus bas, ainsi que sur notre boutique en ligne.

Et surtout, abonnez-vous ! Pour cela, rendez-vous sur notre boutique en ligne, ou remplissez le bulletin en pdf et renvoyez-nous le avec un chèque. Vous pouvez également nous soutenir en adhérant à l’association ou en faisant un don.

Vous pouvez trouver Médiacritiques en vente dans les librairies  lyonnaises suivantes :

 Le Bal des Ardents
17 rue Neuve 69001 Lyon

La Gryffe
5 rue Sébastien-Gryfe 69007 Lyon

Terre des Livres
86 rue de Marseille 69007 Lyon

 

dimanche 7 mars 2021

LIRE : " QU'ILS SE SERVENT DE LEURS ARMES : LE TRAITEMENT MÉDIATIQUE DES 'GILETS JAUNES" DE JEAN-LOUIS SIROUX

A lire sur le site national d'ACRIMED, par Alain Geneste, Arnaud Gallière et Pauline Perrenot

Jean-Louis Siroux est sociologue à l'Université libre de Bruxelles

En complément de cette chronique, voici un lien sur le site "Pierre Bourdieu un hommage" d'un entretien vidéo entre Jean-Louis Siroux et le blogueur USUL autour de l'ouvrage du sociologue :

https://pierrebourdieuunhommage.blogspot.com/2021/03/video-jean-louis-siroux-quils-se.html 

 

 « Jojo le gilet jaune », « une foule haineuse », « abrutis », « propos absolument débiles », « un mouvement de beaufs et de décérébrés », « des fachos, des factieux, et des ennemis de la République », « si on faisait un test de QI à l’entrée de chaque manif, on n’aurait pas grand monde »… le traitement médiatique du mouvement des Gilets jaunes a été l’occasion de nombreux débordements médiatiques. Sociologue à l’Université Libre de Bruxelles, Jean-Louis Siroux y revient dans Qu’ils se servent de leurs armes, publié aux Éditions du Croquant. Un ouvrage à mi-chemin entre l’essai et la recherche universitaire, qui permet de revenir utilement sur une période et une mobilisation propices à la critique des médias.

Si de nombreux ouvrages ont analysé et documenté le mouvement des Gilets jaunes et leur sociologie, les études du traitement médiatique de cette mobilisation ont eu beaucoup moins de succès. Aussi, la parution de Qu’ils se servent de leurs armes, de Jean-Louis Siroux, ne pouvait manquer d’interpeller Acrimed. Un ouvrage très documenté, dans lequel on retrouvera (notamment) de nombreux exemples relevés dans nos articles et bien des axes de la critique qu’a portée notre association tout au long du mouvement [1].

Le sociologue y décortique les ressorts du discours médiatique produit depuis le mois de novembre 2018 jusqu’en août 2019. À travers un vaste corpus – « presse écrite, radio, télévision, réseaux sociaux ; service public et médias privés ; titres étiquetés "de gauche" comme "de droite", presse dite "savante" et "populaire", nationale et régionale, etc. » –, il analyse la vigueur avec laquelle les médias (des) dominants se sont évertués à disqualifier le mouvement des Gilets jaunes et à l’exclure symboliquement de l’espace public officiel. Partout, les « discours misérabilistes ont essaimé les représentations médiatiques des Gilets jaunes, régulièrement dépeints sous l’image inquiétante de la "foule haineuse" gouvernée par des passions "irrationnelles". Vu sous cet angle, du peuple ne peut jaillir que le pire. » En parallèle, les grands médias ont applaudi les mesures du pouvoir, toujours formidables. Le titre de l’ouvrage fait écho aux propos de Luc Ferry, qui exhortait les policiers à « se servir de leurs armes » au micro de Radio Classique :

Qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois […] ! Ces espèces de nervis, ces espèces de salopards d’extrême droite ou d’extrême gauche, ou des quartiers, qui viennent taper du policier, ça suffit […] ! On a, je crois, la quatrième armée du monde. Elle est capable de mettre fin à ces saloperies. Il faut dire les choses comme elles sont.

(Luc Ferry, philosophe, ancien ministre de l’Éducation, le 7 janvier 2019 au micro de Radio Classique)

En débutant son livre sur ces propos, Jean-Louis Siroux (re)donne à entendre la panique des éditocrates face à une mobilisation durable et populaire, ayant mis en péril le pouvoir et ceux qui le servent. Nous rappelant, au passage, combien l’impunité des médiacrates a été garantie tout au long du mouvement malgré les violences proférées à son encontre : dans d’autres contextes « nombreux sont ceux à qui [les] propos [de Luc Ferry] auraient valu une excommunication médiatique. Pourtant, [il] reste une personnalité appréciée par les médias, si bien que le lecteur du livre peut à loisir profiter des vues éclairées du philosophe sur les grands enjeux de l’époque ! »

À mi-chemin entre l’essai et le travail universitaire, le livre vise « non pas tant [à] pondérer la part des discours médiatiques favorables et défavorables aux Gilets jaunes [qu’à] comprendre en quoi la composition du mouvement, ses revendications et ses formes de mobilisation peuvent apparaître illégitimes aux yeux des médias dominants, et comment (par quels moyens discursifs) s’opère cette disqualification ». Ce qui le conduit à « disséquer plus longuement les procès en illégitimité », à travers trois chapitres : (1) Portrait du Gilet jaune en acteur politique, (2) Les Gilets jaunes demandent-ils la lune ? (3) Le prisme de la violence [2].


Chapitre 1 : « Portrait des Gilets jaunes en acteur politique »


Était-ce une jacquerie ? Des sans culottes ? Des éruptions type 1848 ? 1871 ? 1936 ? 1995 ? « Au bout du compte, la lecture médiatique dominante sera celle d’une "crise", entendue […] au sens de l’intrusion soudaine du peuple dans la vie politique. Une crise dont est attendu avec impatience le dénouement, à savoir le retour du peuple mobilisé à la place de spectateur qui lui est plus volontiers ménagée entre deux élections ».

Reste que les Gilets jaunes – appartenant à des « catégories de la population généralement invisibles dans les médias (ou abonnées aux micros-trottoirs) » et assignées à une parole « folklorisée » – ont bel et bien fait irruption dans le champ médiatique, où ils ont pu avoir « accès à des modalités d’expression proprement politiques ». L’auteur souligne un des bienfaits de cette présence médiatique, qui a révélé « par contraste le caractère aseptisé du discours médiatique ordinaire quand sont discutées [sur des plateaux télé] les conditions d’existence des classes populaires ». Citant à ce sujet les travaux de chercheurs de l’Université de Toulouse, Jean-Louis Siroux souligne que « les analyses lexicométriques réalisées à partir d’ un corpus de discours de Gilets jaunes font ressortir "des revendications étayées par des arguments contrairement à ce que la profusion de commentaires et le cadrage médiatique laissaient penser en amont" » [3].

Malgré cela, les Gilets jaunes en tant qu’« acteurs politiques » seront rapidement disqualifiés et mis hors-jeu : « Comment ferait-on confiance à des individus qui font un tel étalage de mauvais goût et de carences intellectuelles ? » Comment accepter que soit légitime leur contestation du Président ? On retrouvera, à l’appui de cette disqualification, de nombreuses tirades et propos que nous avions relevés dans nos articles : des Gilets jaunes « abrutis », « beaufs » et « cons » [4] assidûment dessinés par Xavier Gorce aux éditos de Thomas Legrand sur LCI taxant les propos de deux figures des Gilets Jaunes d’ « absolument débiles », en passant par les crachats de Jean Quatremer, journaliste à Libération, notamment déversés sur son fil Twitter : les Gilets jaunes sont « un mouvement de beaufs » et de « décérébrés » : « C’est le peuple qui souffre, mais qu’il est con ».

Mais également de nouvelles pépites :

Claude Askolovitch, quant à lui, profite de sa chronique [sur Slate, NDLR] pour revenir sur les propos antisémites tenus par des Gilets jaunes à l’encontre d’Alain Finkielkraut : d’un côté « la trivialité des mots », les « violences sans livres » ; de l’autre « la délicatesse des lettres », un homme et « la bibliothèque qui honore son foyer et jamais ne le quitte », qui « nourrit ses pensées et jusqu’ à ses impasses ». « L’instant "Gilets jaunes", finalement, aura été cela : les cris d’une foule privée de culture contre des hommes des bibliothèques. »

Autant de discours débordant de mépris (de classe), que Jean-Louis Siroux met en perspective avec les travaux de Bernard Lahire sur « l’invention de l’illettrisme » et « l’ethnocentrisme lettré » qui caractérise et distingue les éditocrates, les conduisant à « réactiver un ensemble de catégories que l’on pourrait croire réservées aux relations coloniales. » Si, pour certains, certaines revendications méritent d’être entendues, donner au peuple les rênes de la société, abolir le fossé qui tient à distance gouvernants et gouvernés relèverait de la plus grande inconséquence. L’auteur s’appuie également sur le travail d’Alain Accardo [5] pour établir que « le traitement des classes populaires oscille le plus souvent entre des formes condescendantes de populisme "qui voient des individus atomisés – ce qu’il est convenu d’appeler des ‘braves gens’, des ‘petites gens’ […] à qui on essaye de faire dire des choses fortes, touchantes, cocasses, génératrices d’émotion" et une tendance au misérabilisme particulièrement agressive lorsque la détresse individuelle se mue en action collective, quand les pingouins n’enfilent plus le gilet jaune pour aller danser au bal du village mais pour recouvrer une capacité d’action collective ».


Chapitre 2 : « Les Gilets jaunes demandent-ils la lune ? »


Le second chapitre s’attarde plus longuement sur la façon dont les médias ont rendu compte des revendications des gilets jaunes. Dans un premier temps, la couverture s’est montrée « plutôt bienveillante », rompant à certains égards avec l’habituelle hostilité médiatique vis-à-vis des mouvements sociaux. Mais, « à mesure que s’amplifie la colère des manifestants, la bienveillance des médias laisse place à une certaine animosité » même si « la tonalité est plus ambivalente du côté d’une presse régionale qui s’efforce de rester proche de son lectorat ».

Comme nous l’avions également relevé dans le premier article de notre rubrique, cette mutation de l’attitude des médias vis-à-vis des revendications des gilets jaunes s’illustre de manière caricaturale dans la figure d’Éric Brunet à l’antenne de RMC. Grand partisan du mouvement à ses débuts, il change d’avis et appelle à cesser les manifestations au fur et à mesure que les gilets jaunes approfondissent leurs revendications (ce qui est d’ailleurs lu par les médias comme « un éparpillement des revendications »). Ce rejet, ou du moins cette attitude sceptique vis-à-vis des revendications se traduit par la mise en scène d’une opposition entre de « vrais » gilets jaunes, apolitiques, raisonnables, qui souhaitent simplement un meilleur pouvoir d’achat et des « faux gilets jaunes », politiques, irrationnels et « radicalisés ». Parallèlement, les mesures annoncées par le gouvernement sont décrites comme des « cadeaux », des « faveurs personnelles » et non des mesures prises au nom de la collectivité : une manifestation de la confusion récurrente entre morale et politique selon Jean-Louis Siroux, ressort classique d’une dépolitisation à la portée in fine très politique des discours de l’éditocratie.

Le chapitre pointe également une réception médiatique différenciée des revendications populaires similaires (ou du moins ayant l’air similaire) en fonction du lieu où se déroulent les manifestations. Tout en précisant ne pas négliger « les singularités nationales » des différents mouvements de contestation, Jean-Louis Siroux établit par exemple des comparaisons entre le traitement de manifestations en Hongrie, au Venezuela et celles de Gilets jaunes, constatant que les deux premiers bénéficient dans les médias français d’une mansuétude qui ne s’est en revanche pas appliquée aux derniers. Ainsi avance l’auteur, « dans les discours médiatiques, les critères qui fondent la légitimité de ces différentes revendications peuvent se révéler d’une grande plasticité. Ce qui dans un contexte donné sera volontiers perçu comme "antidémocratique" pourra être interprété très différemment ailleurs. Les "émeutes" des uns sont les "sursauts démocratiques" des autres. »


Chapitre 3 : « Le prisme de la violence »


La dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux modes de mobilisation, et plus précisément à la place de la violence dans les mobilisations et à son traitement médiatique. « Le temps de l’analyse politique a ainsi rapidement cédé la place à celui des incantations morales » note Siroux. Nous donnant encore à lire quelques morceaux de choix :

Dans cette courte chronique de Jean-François Kahn [6], appelant paradoxalement « au respect de l’autre » et à l’« acceptation des différences », aucune expression ne semble trop forte pour alerter sur les dangers d’ un mouvement qui semble condenser le pire de ce dont est capable l’ humanité : il y est question d’ une « entreprise de démolition de la République et de la Nation », d’« éternels profiteurs du désordre établi », de « manipulations factieuses », de l’« empilement de toutes les haines contradictoires », du « piétinement de tout ce qui fait citoyen d’une même nation », de « sauvageries », de « louches aventuriers », d’« ultra radicalités », de « chaos totalitaire », de « fascismes » et de « stalinismes », de « fureurs putschistes » et de « psychodrame ». De quel monstre peuvent bien éclore tant d’ignominies ?

Après avoir rappelé qu’« expliquer » n’est pas « excuser » – accusation vis-à-vis des sciences sociales devenue « monnaie courante, non seulement dans le discours médiatique, mais aussi dans les productions de certains intellectuels » – Jean-Louis Siroux montre à partir de plusieurs transcriptions d’émissions de télévision comment le simple fait de comprendre la violence (ou même d’interroger sa provenance) relève du « non-pensable » et du « non-autorisé » sur les plateaux.

De plus, alors que « les violences […] ont […] constitué la principale préoccupation des médias dès le moment où elles étaient exercées par les manifestants », entretenue via la diffusion « à flux continu » d’images spectaculaires comme l’incendie de l’auvent du Fouquet’s ou la destruction d’une statue à l’intérieur de l’Arc de Triomphe, les violences policières ont été largement passées sous silence, avant d’être euphémisées et minimisées [7] : « Dans bien des cas, il s’agit moins de comprendre ce qui se joue dans la rue que d’identifier les mesures qui permettront de restaurer l’ordre public et de faire en sorte qu’un tel désordre ne puisse plus se reproduire à l’avenir ».

Le tout au gré d’une surenchère de la part des éditocrates les plus en vue : à propos de la manifestation du 1er décembre 2018, Jean-Michel Aphatie parlera par exemple de « viol de la démocratie ». Un « discours hyperbolique […] alimenté par un imaginaire qui voit un dehors profane (les classes populaires provinciales) faire irruption dans un dedans sacré (les quartiers chics de Paris et les institutions de l’État qu’ils abritent). Les rues et les monuments parisiens deviennent ainsi des sujets centraux du discours médiatique » et l’irruption de « casseurs » dans les beaux quartiers apparait comme « une armée d’occupation venue fièrement planter son drapeau en terrain conquis ».

C’est en suivant ce filon que la couverture médiatique donnera également largement la parole à des « riverains excédés, [des] usagers de services publics "pris en otages", [des] clients "empêchés de consommer" ». Quitte à s’arranger avec le réel : ainsi l’auteur rappelle-t-il cet épisode au cours duquel Yves Calvi (« L’info du vrai », Canal +), déçu par les résultats des sondages restant favorables au mouvement, préfère s’en remettre à l’avis de courrier de téléspectateurs excédés par les Gilets jaunes ! La période des fêtes de Noël fournira enfin un cadre propice à ce genre de reportage qui « contrairement aux apparences, […] nous parle beaucoup de politique et est doté d’une forte charge idéologique ».

Et tandis que se multiplient les appels à la responsabilité (des Gilets jaunes et non celle des forces de l’ordre ou de l’exécutif), « les mesures gouvernementales jouissent […] d’un bon accueil dans les médias français ». Alors que la figure du « "casseur" devient le réceptacle de tous les fantasmes », les médias dominants s’acharnent à « trier » le réel et à distribuer les bons et les mauvais points : de la même manière qu’ils opèrent une distinction entre des « bons gilets jaunes » (aux revendications apolitiques) et des « mauvais gilets jaunes » (aux revendications politiques et radicales), ils différencient les gilets jaunes et les « casseurs », identifiés à de « faux gilets jaunes ». Une catégorisation superficielle et factuellement douteuse (tant Jean-Louis Siroux rappelle que les lignes entre ces deux « groupes » sont floues), qui, en réalité, n’est autre qu’un énième mécanisme de maintien de l’ordre.

En conclusion de l’ouvrage, Jean-Louis Siroux ajoute à ce bilan (mépris médiatique vis-à-vis des « perdants de la compétition sociale ») quelques remarques plus générales. Abordant notamment les accusations de « désinformation » et de « complotisme » dont les Gilets jaunes ont régulièrement fait les frais, il rappelle que là encore, les grands médias s’octroient le pouvoir de définir eux-mêmes la frontière légitime qui devrait prévaloir dans le débat public : « Il y a d’un côté l’"information" (la "vraie" discutée par les médias sérieux qui traquent les fake news) et de l’autre la "désinformation" (principalement véhiculée par "les réseaux sociaux") ». Un cadre de pensée permettant non seulement d’évacuer les questions politiques mais également le poids des médias dits « sérieux » dans des épisodes de désinformation à grande échelle (rappelons-nous de « l’attaque de la Pitié-Salpêtrière » le 1er mai 2019). De plus, Siroux note que l’approche du « fact-checking » permet d’évacuer les choix éditoriaux pourtant primordiaux : « Par leur logique binaire (le vrai vs le faux), ces "décryptages" participent à dissimuler les choix interprétatifs. Ils refoulent les partis pris politiques davantage qu’ils ne les éclairent. Aussi, la notion de "fake news" ne sera par exemple d’aucun secours pour analyse la ligne éditoriale [du JT de TF1] ».

Une impunité médiatique qui se mesure également au « deux poids deux mesures » parmi les cibles de ce que l’on appelle, à tort ou à raison, le « complotisme » : « Ainsi, alors que la vindicte médiatique éreinte le Gilet jaune Maxime Nicolle, auquel une sortie complotiste semble avoir ôté toute légitimé d’expression publique, le chroniqueur vedette Jean-Michel Aphatie, le journaliste Yves Calvi ou le président de la République Emmanuel Macron ne subissent qu’à bien plus faible amplitude l’affront du sermon public pour des propos pas moins parsemés de "complotisme". » [8]

Enfin, on trouvera dans ce livre des réflexions portant sur le mouvement des Gilets jaunes lui-même, la démocratie ou la violence, dont nous n’avons pas rendu compte puisqu’elles ne concernent pas directement la critique des médias. Qu’ils se servent de leurs armes constitue ainsi un ouvrage documenté et utile pour revenir sur une période particulièrement représentative des errements du traitement médiatique des mobilisations sociales.


Arnaud Gallière, Alain Geneste et Pauline Perrenot, 4 mars 2021

 

dimanche 17 janvier 2021

A LIRE SUR "REBELLYON" : "FAKE NEWS GROSSIÈRE DANS LES MÉDIAS LYONNAIS"

 Nous reproduisons ci-dessous un article publié sur le site de Rebellyon, le 3 janvier 2021, qui nous donne un nouvel exemple de la rigueur qui caractérise le travail journalistique de la presse lyonnaise !

 

"FAKE NEWS GROSSIÈRE DANS LES MÉDIAS LYONNAIS, IL SERAIT TEMPS DE RETOURNER EN ÉCOLE DE JOURNALISME"

 

Qu’est-ce qu’une source, un média, et pourquoi faut-il vérifier ses sources ? Des questions à la base de la profession de journalisme. Et pourtant elles ne semblent pas maîtrisées par nos médias locaux, Le Progrès et Lyon Capitale en tête, qui à force de repompage les uns sur les autres finissent par écrire n’importe quoi. La pluralité de la presse « professionnelle » lyonnaise étant encore une fois une vaste blague.

Y a t’il un journaliste dans la rédaction ?

Ce samedi 2 janvier 2021, suite à l’ouverture d’un squat dans le 3e arrondissement de Lyon qu’il occupait depuis mercredi 30 décembre (relire : Réquisition d’une maison vide - Appel à soutien samedi 2 janvier), un collectif anonyme a fait un appel à soutien sur Rebellyon. Cet appel, fait par les militant.es occupant.es a été relayé sur Rebellyon comme des dizaines d’autres appels de ce type depuis des années. Depuis 2005, le site Rebellyon est l’un des relais des luttes lyonnaises et publie des articles écrits par les militant.es, activistes, individus lyonnais.es qui proposent leurs articles au site, qui sont ensuite validés par un collectif d’animation. Le travail du collectif en question se résume à trois choses, une modération graphique/orthographique, une vérification des informations des articles, et l’entretien technique du site. Vous pouvez d’ailleurs vous référer à la FAQ assez facilement : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Rebellyon. Le collectif d’animation est composé de militant.es lyonnais.es, non professionnel.les des médias, et pourtant il vérifie les sources, car ça reste la base.

Le collectif de Rebellyon n’organise donc pas d’action politique, il n’ouvre pas de squat, il n’agit pas en tant que tel dans la vie politique lyonnaise. C’est d’ailleurs le cas depuis presque 15 ans maintenant. Sauf que voilà, passé par la moulinette du raccourci journalistique local, il s’avère que par manque de « nom » à donner aux occupant.es du squat en question, les médias locaux ont attribué au collectif de Rebellyon le titre d’occupant.es. Une fois qu’un média avait fait la bourde, le jeu du copier-coller entre les médias locaux, qui se repompent tous sans vergogne, et surtout sans vérification des sources, a fait le reste. Et au final c’est en cœur qu’ils ont tous relayé une belle fake news.

Donc non, le collectif d’animation de Rebellyon n’occupe pas le squat en question, si vous étiez allés sur place, fait une enquête de terrain, vérifié vos sources, fait un travail de journaliste en somme, vous l’auriez vu. Mais vu qu’on va pas se gâcher le plaisir, voici la ribambelle des « médias fake news » locaux.


Depuis le 30 décembre dernier, une maison inhabitée, appartenant à la Métropole, est occupée par des militants de Rebellyon afin de pouvoir loger des SDF.

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L’opération a été minutieusement préparée de longue date par des militants réunis au sein d’un agrégat de divers collectifs, dont Rebellyon, qui militent pour le droit au logement.

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« Face à la météo glaciale et l’indifférence des pouvoirs publics qui violent le droit inconditionnel au logement de milliers de sans-abri à Lyon, nous occupons depuis mercredi 30 décembre une maison vide. » C’est ce qu’on peut retrouver sur le site rebellyon.info

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Vous pouvez noter le beau « Ctrl+C ; Ctrl+V » (copier-coller) entre Radio Scoop et Lyon Mag. Du grand journalisme.

Un tel échec est d’autant plus risible de la part de Lyon Mag, qui le 23 décembre dernier, sortait une grande enquête sur « l’ultragauche et ses dérives ». Autant vous dire que cette belle enquête est remplie d’approximations et d’erreurs grossières. Et quand on voit leur manque total de sérieux journalistique, et de maîtrise de leur sujet aujourd’hui, on comprend mieux pourquoi leur dossier était bâclé et digne des meilleurs articles de Valeurs Actuelles.

mercredi 13 janvier 2021

SORTIE DE "MÉDIACRITIQUE" N°37 : "MÉDIAS : RIEN NE VA PLUS"

 Médias : rien ne va plus ! Le n°37 de Médiacritiques, notre revue trimestrielle, va sortir de l’imprimerie. Avec des articles et des rubriques inédites, des dessins de Colloghan et la Une signée Willis from Tunis ! À commander sur notre boutique en ligne, ou à retrouver en librairie. Et surtout, abonnez-vous !

 


 

C’est peu dire que l’année 2020 n’a pas été de tout repos : épidémie mondiale, crise économique et sociale, attaques terroristes et surenchère sécuritaire… L’occasion de salutaires remises en cause ? Rien de tel en tout cas sur le terrain médiatique, où les mêmes routines délétères sont toujours bel et bien à l’œuvre.

L’information médicale a tout particulièrement fait les frais des logiques de scoop et des effets d’annonce. Rares sont les médias à avoir fait preuve d’un recul élémentaire face aux déclarations à l’emporte-pièce « d’experts » en quête de visibilité et à des études aux méthodologies contestables. Ou comment le journalisme scientifique a trop souvent cédé le pas au sensationnalisme (p. 4).

La période du premier confinement (de mi-mars à mi-mai 2020) s’est également traduite par un grand déséquilibre dans le débat médiatique. Dans les émissions phares que sont les matinales radiophoniques, la sélection des invités jugés légitimes pour s’exprimer sur l’actualité est affectée de plusieurs biais structurels : la surreprésentation des hommes et l’absence de pluralisme, notamment politique (p. 8).

Une autre séquence médiatique s’ouvre à la rentrée de septembre, caractérisée par une surenchère sécuritaire qui culmine après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine. Sur les chaînes d’information en continu (mais pas seulement), on assiste à un déferlement d’amalgames et de propos racistes. Un mot d’ordre résonne tout particulièrement : haro sur les « islamo-gauchistes » ! (p. 14)

Une observation attentive des matinales audiovisuelles et de la presse confirme l’absence des voix de gauche (ou simplement dissonantes) dans le chœur médiatique, sécuritaire et droitier (p. 17). Et lorsque les ténors du gouvernement sont invités, la brosse à reluire est de sortie. À l’instar de cette interview de Bruno Le Maire sur France Inter, où le ministre de l’Économie déroule sans difficulté ses éléments de langage, accueilli en toute complaisance par Léa Salamé et Nicolas Demorand (p. 38).

Si certains solistes (Manuel Valls, Pascal Bruckner) font la tournée des médias, le cas le plus emblématique est sans doute celui de l’ex chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers. Sur les télés, dans la presse et à la radio, les éditocrates lui déroulent le tapis rouge. L’occasion de donner un nouvel écho aux thématiques qu’affectionne le militaire de carrière : l’ordre, bien sûr, la sécurité, le nationalisme (p. 25).

Le tableau ne serait pas complet sans un hommage appuyé à Jean-Pierre Pernaut, à qui nous ne devons rien de moins que 32 ans de bons et loyaux services aux commandes du JT de 13h de TF1, vitrine dépolitisée et réactionnaire de la « France éternelle » (p. 32).

Dans cette année bien terne, la mobilisation contre la loi « Sécurité globale » donne une note d’espoir. Alliant syndicats et sociétés de journalistes, associations, collectifs (cinéma, quartiers populaires, etc.), comités luttant contre les violences policières, exilés et Gilets jaunes, le mouvement se fait large face à cette nouvelle attaque contre le droit d’informer, dont la présidence Macron est coutumière (p. 22).

Si le traitement de cette loi par les grands médias laisse à désirer, de nombreux journalistes cherchent néanmoins à se mobiliser. De quoi rappeler la grande hétérogénéité de cette profession, fragmentée entre reporters précaires et présentateurs-vedettes (p. 40). La défense du droit d’informer et la transformation des médias sont l’affaire de toutes et tous, et a fortiori… celle des journalistes.

À nos lecteurs et lectrices, nous souhaitons une heureuse année 2021 !

 

 

Et surtout... abonnez-vous !

Ce numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans quelques rares – mais d’autant plus précieuses – librairies listées plus bas, ainsi que sur notre boutique en ligne.

Et surtout, abonnez-vous ! Pour cela, rendez-vous sur notre boutique en ligne, ou remplissez le bulletin en pdf et renvoyez-nous le avec un chèque. Vous pouvez également nous soutenir en adhérant à l’association ou en faisant un don.

Où trouver Médiacritiques à Lyon : 

Le Bal des Ardents
17 rue Neuve 69001 Lyon

La Gryffe
5 rue Sébastien-Gryfe 69007 Lyon

Terre des Livres
86 rue de Marseille 69007 Lyon

 

vendredi 1 janvier 2021

LES VOEUX D'ACRIMED 69

 L'antenne lyonnaise d'ACRIMED vous souhaite une belle et heureuse année 2021 !


 

Depuis vingt-cinq ans, Acrimed fait vivre une critique des médias indépendante et exigeante. Mais nous n’avons (toujours) pas les moyens des grands groupes de presse, de Vincent Bolloré ou de Xavier Niel ! C’est pourquoi nous avons lancé un appel à dons fin novembre : nous avons (encore) besoin de vous pour continuer. Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont contribué, et vive la critique des médias !

 

L’année 2020 a été difficile : une grande partie de nos activités associatives a dû être reportée, et pour la première fois de son histoire, la publication d’un Médiacritiques a été annulée… Mais nous avons poursuivi malgré tout : critique du traitement médiatique des mobilisations sociales, de l’information en temps de crise sanitaire, focus sur les chaînes d’info en continu, mobilisation contre la proposition de loi « Sécurité globale »…

En 2021, nous comptons poursuivre notre activité de critique indépendante... et en accès libre et gratuit ! Et reprendre, dès que possible, nos actions, événements, réunions publiques, etc.

C’est pourquoi nous faisons appel à vous en cette fin d’année, pour nous permettre de boucler notre budget 2020 et de commencer 2021 dans les meilleures conditions

 Pour ce faire nous vous invitons à visiter notre boutique ( https://boutique.acrimed.org/) où vous pourrez régler par carte bancaire, virement, Paypal, chèque ou prélèvement automatique. Un grand merci à vous, et vive la critique des médias !


L’équipe d’Acrimed


Post-scriptum : Vous trouverez ci-dessous plus d’informations sur notre financement et sur notre association.



Nous tenons à notre indépendance : Acrimed ne perçoit aucune subvention et n’a pas recours à la publicité. De plus, nous avons fait le choix d’un site gratuit, accessible sans condition. L’action de l’association repose donc avant tout sur la générosité de nos sympathisant·e·s : les ressources d’Acrimed étaient de 165 000 € en 2019, dont plus des trois-quarts issus des dons et adhésions, soit 125 000 €.

Ces rentrées d’argent correspondent au minimum qui nous permette de fonctionner : nos dépenses se limitent à la rémunération de trois salarié·e·s à temps plein et aux achats courants (loyers du local, frais d’impression et d’affranchissements, frais d’hébergement du site Internet, etc.). En suivant ce lien, vous trouverez toutes les informations sur notre association et son financement.


Notre association


Née du mouvement social de 1995, dans la foulée de l’Appel à la solidarité avec les grévistes, notre association, pour remplir les fonctions d’un observatoire des médias s’est constituée, depuis sa création en 1996, comme une association-carrefour.

Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante. Acrimed poursuit plusieurs objectifs :

Informer

Informer sur l’information (sur son contenu et sur les conditions de sa production), sur les médias, sur les journalismes et les journalistes, grâce à la mise en commun de savoirs théoriques, de savoirs professionnels, de savoirs militants.

Contester

Contester l’ordre médiatique existant, sa concentration, sa financiarisation, la marchandisation de l’information et de la culture, l’anémie du pluralisme et du débat politique, l’emprise des sondages (et des instituts qui en font commerce), les connivences, les complaisances, l’implication des entreprises médiatiques dans la contre-révolution néolibérale… Contester également celles et ceux qui dominent et perpétuent un ordre médiatique qui, en l’état, est tout sauf le pilier d’une véritable démocratie.

Mobiliser

Mobiliser et se mobiliser avec toutes les forces disponibles (partis, syndicats, associations…) pour construire un véritable front de lutte à la mesure des enjeux. La question des médias est une question politique essentielle, elle doit le devenir ou le redevenir, et doit faire l’objet d’un combat politique.

Proposer

Proposer des transformations en profondeur des médias. Si un autre monde est possible, d’autres médias le sont aussi. Et pour qu’un autre monde soit possible, d’autres médias sont nécessaires. C’est pourquoi Acrimed s’efforce d’élaborer des propositions, précises et concrètes, qui font l’objet d’un débat toujours ouvert au sein de l’association et avec nos partenaires.

 


lundi 28 décembre 2020

MOBILISONS-NOUS LES 3,16 ET 30 JANVIER CONTRE LA LOI SÉCURITÉ GLOBALE ET LES AUTRES TEXTES LIBERTICIDES

 

Nous relayons le communiqué de la coordination « StopLoiSecuriteGlobale » appelant à de nouvelles mobilisations en janvier 2021.  

La coordination nationale #StopLoiSécuritéGlobale donne rendez-vous aux défenseur·se·s des libertés dès le dimanche 3 janvier 2021, à Paris, à l’occasion de la Marche blanche en mémoire de Cédric Chouviat. Un an après la mort de ce père de quatre enfants, entre les mains de la police, nous serons aux côtés de sa famille. Son père Christian Chouviat avait déjà accompagné la délégation reçue au ministère de l’Intérieur lundi 23 novembre, malgré les réticences de Gérald Darmanin.

 

Nous appelons aussi à de nouvelles Marches des libertés, samedi 16 janvier, partout en France, avant un grand rassemblement, samedi 30 janvier, à Paris. Cette dernière date mêlera les voix des journalistes, documentaristes, réalisateur·trices, victimes et familles de victimes de violences policières, associations de droits humains et artistes solidaires du combat contre les lois liberticides.

D’ici là, nous appuierons les actions qui ont pour objectif le retrait des articles 21, 22 et 24 de la proposition de loi dite « Sécurité globale », le retrait du Schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) et de toute autre disposition élargissant la surveillance de masse ou faisant reculer le droit à l’information. La coordination nationale #StopLoiSécuritéGlobale continuera à informer sur les conséquences délétères de ces textes, par le biais de clips réalisés par l’équipe vidéo de la coordination, donnant un éclairage juridique et faisant témoigner des victimes de violences policières.

Depuis le premier rassemblement organisé le 17 novembre devant l’Assemblée nationale, notre coordination n’a cessé de s’élargir. Formée à l’initiative des quatre principaux syndicats de journalistes dont le SNJ et de la Ligue des droits de l’Homme, elle comprend aujourd’hui des associations ou collectifs représentant les métiers de la presse et des médias, et aussi des organisations œuvrant dans le domaine de la justice, des libertés numériques, de la défense de l’environnement ou contre les violences policières et leur impunité.

Dans le même temps, des coordinations locales se sont formées à travers tout le pays et plus de 150 villes ont connu au moins une manifestation contre la proposition de loi « Sécurité globale ».

Malgré une mobilisation de très grande ampleur (500 000 manifestant·e·s en France, le 28 novembre), déployée dans un contexte d’état d’urgence sanitaire et de confinement, le gouvernement et les parlementaires se sont contentés d’effets d’annonce s’agissant de la réécriture de l’article 24 de la proposition de loi « Sécurité globale ». Texte que le Sénat semble vouloir fusionner avec l’article 18 du projet de loi « confortant les principes républicains », précédemment nommée « contre le séparatisme ».

Ni la commission Delarue sur les rapports entre journalistes et forces de l’ordre ni le « Beauvau de la sécurité » ne sauront nous détourner de notre objectif. Du reste, Emmanuel Macron n’a toujours pas répondu à notre demande de rendez-vous adressée par courrier et publiée sous la forme d’une lettre ouverte le 14 décembre.

Par ailleurs, notre opposition aux dispositifs de surveillance généralisée instaurés par les drones et les caméras piétons, ou à la sélection des journalistes instaurée par le nouveau SNMO n’a pas été entendue. Des décrets parus en décembre étendent les possibilités de fichage aux groupements et notamment aux opinions politiques ou syndicales, aux comportements et habitudes de vie...

Les pressions politiques de policiers se présentant en uniforme et en plein couvre-feu devant les domiciles d’élu·e·s ou devant des tribunaux confirment nos craintes quant à l’instauration d’un véritable État de police par la combinaison du SNMO, de la proposition de loi « Sécurité globale » et du projet de loi « confortant les principes républicains ».

Tant que ces textes liberticides ne seront pas abandonnés, nous défendrons sans relâche nos libertés.

La coordination #StopLoiSécuritéGlobale fédère des syndicats (dont le SNJ), sociétés, collectifs, associations de journalistes et de réalisateur·trices, confédérations syndicales, associations, organisations de défense de droits humains, comités de victimes et de familles de victimes de violences policières, collectifs de quartiers populaires, exilé·e·s et Gilets jaunes.

 

mercredi 9 décembre 2020

VOIR : ENTRETIEN DAVID DUFRESNE ET NOOMAN (COLLECTIF "OEIL")

Entretien avec NnoMan, photo-journaliste indépendant et membre du collectif "OEIL" et David Dufresne, journaliste indépendant sur le site d'ACTA ZONES,un média autonome et partisan qui produit vidéos, entretiens et articles d'intervention - de l'intérieur des luttes.

le site d'ACTA ZONE : https://acta.zone/ 


🔴 VERS UN ÉTAT AUTORITAIRE ?
🎥 
David Dufresne et NnoMan reviennent sur la séquence actuelle et le basculement autoritaire du quinquennat Macron.
 
De la loi sécurité globale à la loi contre "les séparatismes", il est fait état d'une autonomisation de la police, poussée par les syndicats policiers qui de victoires en victoires imposent un rapport de force écrasant auprès du Ministère de l'Intérieur.
 
Si l'article 24 de la loi pourrait être réécrit, alors même qu'il a été voté il y a une semaine, ou qu'il pourrait être recopié mots pour mots dans la loi contre "les séparatismes", il faut noter cette pression constante : interdire de diffuser les images de violences policières, car c'est bien la guerre des images qui est en jeu.
De l'antiterrorisme au droit commun, les différentes lois présentent un schéma particulier : une société sous contrôle, où les contre pouvoirs sont écrasés. Les mobilisations massives seront dès lors décisives quant à l'étendue de ce tournant sécuritaire.