dimanche 5 juillet 2020

SORTIE DE "MEDIACRITIQUES" N°35 : CRISE DU COVID, ÉTAT D'URGENCE MÉDIATIQUE



Le n°35 de Médiacritiques, notre revue trimestrielle, va sortir de l’imprimerie. Un numéro qui revient sur la crise du Covid, avec des articles et des rubriques, des dessins de Colloghan et la Une signée Aurel ! À commander sur notre boutique en ligne, ou à retrouver en librairie. Et surtout, abonnez-vous !



 





























Dans le petit monde des grands médias, le « monde d’après » ressemble furieusement à celui d’avant. Pendant la crise sanitaire, les pires travers médiatiques ont eu la peau dure, et le rythme des télés en continu a partout dicté ses lois : qu’importe l’information, pourvu qu’on ait le remplissage.
Ainsi ont défilé, sur les chaînes d’information et dans les JT, les « experts » médiatiques affirmant tout et son contraire sur l’épidémie, le temps médiatique court-circuitant celui de la connaissance scientifique (p. 36). À l’instar de Michel Cymès qui, après en avoir minimisé les dangers, s’est permis de brocarder « les Français indisciplinés » vis-à-vis des mesures de confinement (p. 4).
Éditocrates et commentateurs patentés ont également été fidèles au poste. Toujours sûrs de leur fait, jamais à une contradiction près… et le doigt sur la couture lorsqu’il s’agit de défendre l’autorité. Face aux accusations d’impréparation, notamment formulées par les personnels soignants, pas de critique qui vaille : les tenanciers des plateaux ont serré les rangs derrière Emmanuel Macron, autoproclamé « chef de guerre », et intronisé comme tel par l’éditocratie (p. 8).
La crise économique et sociale s’ajoutant au désastre sanitaire, le ballet des économistes à gages a repris. Tous se targuant de penser « l’après », alors même que leurs imprécations libérales, inchangées, étaient battues en brèche par la crise. Pendant le confinement, une poignée d’économistes conseillant le pouvoir a saturé l’espace médiatique, reléguant une nouvelle fois toute pensée alternative ou critique aux marges des débats (p. 12). L’Institut Montaigne, officine financée par les entreprises du CAC40, affirme-t-il que les salariés doivent « travailler plus » pour payer les pots cassés de la crise ? Ses préconisations font le tour des médias (p. 16).
Les injonctions médiatiques au maintien de l’ordre social n’ont, quant à elles, pas manqué pendant la période du confinement. Certains journalistes, comme ceux du Parisien, se sont faits auxiliaires de police, accompagnant la répression redoublée dans les quartiers populaires (p. 30). Des quartiers dont les habitants ont pourtant été « en première ligne » de l’épidémie… Autant de travailleurs « invisibles », soudainement devenus « essentiels », et pourtant cantonnés dans « le fond de panneau de paysage » des grands médias – pour reprendre les termes du regretté Michel Naudy. En particulier dans les magazines féminins, pour lesquels seules les femmes des classes moyennes et supérieures, en télétravail, ont semblé exister… mais dont le sort fut aussitôt scellé sur l’autel des injonctions traditionnelles : soyez belles à tout instant, pour vos conjoints comme pour vos collègues et patrons… et ne faiblissez pas sur les tâches domestiques ! (p. 25)
Bref, rien n’a changé. La crise du Covid aurait pourtant pu être l’occasion d’une vaste remise à plat. Dans la presse écrite, l’écroulement des revenus publicitaires devrait appeler à une remise en cause d’un modèle économique en faillite. Alors que certaines voix s’élèvent pour maintenir à tout prix la domination des grands annonceurs sur la presse, il est urgent de dessiner d’autres modèles, affranchis de la publicité (p. 38). Plus généralement, la spectaculaire déroute de la doxa médiatique libérale aurait dû conduire les thuriféraires du marché… à se taire ! (p. 22) Et, au nom de la décence et du respect du pluralisme les plus élémentaires, à laisser la parole à d’autres voix, dessinant d’autres projets de société. Cela ne se fera pas sans une mobilisation d’ampleur pour bouleverser le système médiatique et promouvoir un modèle d’information libre et indépendante !


Ce numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans quelques rares – mais d’autant plus précieuses – librairies listées plus bas, ainsi que sur notre boutique en ligne.
Et surtout, abonnez-vous ! Pour cela, rendez-vous sur notre boutique en ligne, ou remplissez le bulletin en pdf et renvoyez-nous le avec un chèque. Vous pouvez également nous soutenir en adhérant à l’association ou en faisant un don.

Où trouver Médiacritiques à Lyon :  

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samedi 20 juin 2020

LIRE : " LE VIRUS DE LA TÉLÉ SERVILE : COVID - ORTF"

Paru dans CQFD n°188 (juin 2020), par Samuel Gontier, illustré par

Samuel Gontier est journaliste à Télérama, pour lequel il tient notamment une chronique caustique de l’incurie télévisuelle, « Ma vie au poste » [1] . Un travail à la fois désopilant et navrant, permettant de saisir l’ampleur de la soumission des grandes chaînes d’information aux pouvoirs en place. Pour CQFD, il décrit ici leur servilité par temps de Covid.

Par Gautier Ducatez {JPEG}

Le coronavirus a-t-il changé le monde de l’audiovisuel ? Non. Sur les chaînes d’info comme dans les journaux télévisés, la révérence envers le(s) pouvoir(s) était déjà très forte avant. Avec la crise sanitaire, cette déférence s’est encore accrue – et la place accordée à des voix discordantes s’est encore amoindrie.
Pendant plus de deux mois, l’actualité télévisée se limite à un seul sujet, le Covid-19, sur lequel les autorités « compétentes » communiquent à longueur de journée. Une palanquée de « professeurs » colonisent les écrans, relayant la parole officielle. À l’origine de la déférence des « mandarins », la loi portée par Roselyne Bachelot en 2009. Depuis, les directeurs d’hôpitaux ne sont plus choisis par leurs pairs médecins mais nommés par le ministère. Les multiples « chefs de service » médiatiques ont donc le doigt sur la couture du pantalon — ou de la surblouse, quand ils en ont. « Il y a une réactivité exceptionnelle de l’administration et de toute la logistique, admire sur LCI, en début de crise, le professeur Bertrand Guidet, chef du service de réanimation à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. Aujourd’hui, j’ai demandé des surblouses, deux minutes après [je les avais]. » En revanche, on n’entend quasiment pas la parole des soignants « de base », eux qui sur les réseaux sociaux montrent comment ils se confectionnent des surblouses dans des sacs poubelle.
Ce panurgisme s’illustre dans le soutien quasi unanime au gouvernement quand il refuse le port du masque. « Les services de réanimation sont remplis de personnes qui pour certaines d’entre elles portaient des masques », prétend le ministre de la santé Olivier Véran. Experts et éditorialistes acquiescent. « Avoir un masque et le toucher toute la journée [...] peut être un vecteur de contamination », alerte Daniel Guillerm, de la Fédération nationale des infirmiers libéraux. « Avoir un masque peut être totalement illusoire », renchérit Virginie Le Guay, de Paris Match. En résumé, le gouvernement a savamment organisé la pénurie de masques pour protéger la population.
Le même suivisme s’observe dans la rengaine du « relâchement » serinée par le gouvernement – moyen de pointer les comportements individuels plutôt que sa responsabilité. Ce thème surgit dès le premier jour du confinement : les télés, à l’invitation de la préfecture de police de Paris, se ruent dans le quartier de Château-Rouge, où vit une population majoritairement d’origine immigrée, pour dénoncer le sort fait aux policiers, « encerclés par des gens devant, des gens derrière, sur les côtés » (Laurence Ferrari sur CNews). À coups d’images filmées au téléobjectif, qui raccourcit les distances et rapproche les personnes, le thème du « relâchement des Français » est récurrent durant tout le confinement, et même après. Attention, pas celui des habitants des beaux quartiers, injustement maltraités par les policiers, au point qu’un expert de CNews s’émeut du « racisme anti-blanc de la police de Castaner »… pendant que s’ébattent librement les habitants des quartiers populaires par nature indisciplinés.Sans parler des Marseillais, dont le caractère méditerranéen explique l’incivisme. En revanche, aucune mention des violences policières décuplées dans les « quartiers ». Hormis quelques paroles apitoyées, très peu de préoccupation pour le sort des travailleurs (éboueurs, vigiles, caissières, etc.) contraints de s’entasser dans les transports en commun pour rejoindre un travail où ils sont particulièrement exposés.
Pour leur part, les éditocrates, tels Christophe Barbier ou les Duhamel (Alain sur BFM et Olivier sur LCI) se félicitent que la population ait peur, une peur nécessaire au respect des « gestes barrières » et donc au « redémarrage économique ». Si cela ne suffit pas, Jean-Michel Apathie (LCI) a une idée : « La démocratie n’est pas un horizon indépassable, soutient-il en plaidant pour un “tracking” généralisé, il peut être dépassé par des formes plus contraignantes. » Bienvenue dans le « monde d’après ».
Toutes dans le même bain

Difficile de classer les chaînes selon leur degré d’inféodation au pouvoir. Il n’y avait pas grand-chose à attendre de TF1 ni de BFM-TV, laquelle s’était déjà imposée comme la chaîne officielle de la Macronie. Certes, il arrive que des voix dissonantes s’y fassent entendre, quand de rares personnalités de gauche s’expriment ou que des syndicalistes sont interrogés (sans ménagement). Mais la ribambelle d’éditocrates estampillés « éditorialiste BFM-TV » est constituée d’ardents macronistes. Entre Alain Duhamel, Christophe Barbier, Anna Cabana, Bruno Jeudy ou Ruth Elkrief, pas l’ombre d’un désaccord. Ce qui donne des débats surréalistes, aussi enjoués que futiles, quand quatre d’entre eux « ferraillent » sur le même plateau. « Tous les Français veulent entendre Emmanuel Macron  ! », clame Laurent Neumann avant la diffusion d’un « document exceptionnel », une immersion « au cœur de l’Élysée face à la crise », panégyrique digne d’un service de communication.
LCI ne vaut guère mieux. À quelques exceptions près, comme Rokhaya Diallo (chez Pujadas), ou l’urgentiste Gérald Kierzek (défenseur de l’hôpital public), les plateaux sont d’une confondante uniformité. La chaîne du groupe TF1 est capable d’organiser des « débats » entre Daniel Cohn-Bendit (macroniste acharné), Olivier Duhamel (membre de l’Institut Montaigne, qui réclame de supprimer congés et jours fériés), Luc Ferry (qui appelait l’an dernier à tirer à balles réelles sur les Gilets jaunes) et Roselyne Bachelot (fossoyeuse de l’hôpital public sous Sarkozy, aujourd’hui thuriféraire dévouée de la Macronie).
France Télévisions, et particulièrement France 2, s’est montrée tout aussi servile, au point de susciter un communiqué indigné du Syndicat national des journalistes (SNJ), peu suspect de radicalité. Y est pointé « un discours unique et formaté, relayant la communication gouvernementale. Les éditions nationales de JT, en particulier le 20 heures de France 2, sont transformées en un interminable défilé de ministres et responsables LREM ». Pour ponctuer ce défilé, une longue succession de micro-trottoirs, degré zéro du journalisme, afin de sonder le vécu des « Français ».
Exemple de la similitude des modes de traitement, le discours compassionnel sur les soignants, suite logique du peu de cas fait de leurs luttes des années passées. France 2 et TF1 diffusent successivement le même sujet larmoyant sur les personnels hospitaliers décédés en s’appuyant sur les témoignages de proches éplorés. Les deux chaînes ne mentionnent pas que ces morts sont largement dues au délabrement organisé de l’hôpital, au manque de moyens de protection. Dans le même esprit, BFM-TV crée une nouvelle rubrique, « 20 h on applaudit », pour diffuser chaque soir les encouragements aux soignants. De ce jour, j’arrête moi-même de pratiquer ce rituel.
Seule CNews se distingue, mais par sa propension à mettre en valeur des personnalités d’extrême droite (Éric Zemmour, Élisabeth Lévy, Ivan Rioufol, Charlotte d’Ornellas, etc.). Ceux-là ne ménagent pas leurs critiques contre le gouvernement, dénonçant une « dictature sanitaire » liberticide. Non en raison de l’arbitraire policier, mais en condamnant le principe même du confinement, à l’égal de l’alt-right américaine, pour laquelle l’obligation du confinement relève du « communisme ».
Autre point commun, la promotion béate de la charité pour financer le système hospitalier. Qu’elles proviennent de vedettes du show-biz ou de « bonnes volontés » de particuliers, les initiatives caritatives sont admirées et promues. France 2 participe allègrement à cette mise en cause du financement d’un service public par l’impôt en dédiant « une grande soirée d’utilité publique » (!) à la récolte de fonds pour la Fondation des hôpitaux de Paris-hôpitaux de France. « Et il y a une surprise, la Française des Jeux vient de décider d’un don exceptionnel d’un million d’euros  ! » Ça valait le coup de la privatiser. De son côté, BFM-TV fait sponsoriser son « 20 h on applaudit » par les magasins Lidl, arguant que les recettes de l’opération sont reversées à la même fondation… présidée par Brigitte Macron. C’est la charité qui se fout de l’hôpital.
Samuel Gontier

mardi 16 juin 2020

LES MÉDIAS INDÉPENDANTS SE PORTENT AU SECOURS DE RADIO FRANCE POUR ASSURER LE PLURALISME EN ÉCONOMIE !

 

Suite à la crise sanitaire, Les Rencontres Économiques organisées annuellement par le très libéral Cercle des Économistes ne pourront pas se dérouler comme d’habitude à Aix-en-Provence.
Elles auront lieu à la Maison de la radio à Paris suite à un partenariat passé avec Sybile Veil, présidente du groupe Radio France.




Sybile Veil, soucieuse de sa mission de service public, déclare que ce partenariat prévoit « de développer la culture économique auprès d’un vaste public grâce au rayonnement de Radio France et ses 15 millions d’auditeurs ».
Les organisateurs des Rencontres Déconnomiques d’Aix-en-Provence qui, depuis 2012 se déroulent simultanément en réplique aux Rencontres Économiques, ont proposé à la présidente de Radio France d’élargir son partenariat pour non seulement développer la culture économique, mais aussi informer les 15 millions d’auditeurs du pluralisme concernant les écoles de pensée en sciences économiques. (voir la lettre adressée à Sybile Veil).
Comme Radio France ne semble pas vouloir apporter une réponse positive à notre proposition, alors de nombreux médias indépendants ont donc décidé d’ouvrir leurs portes aux économistes hétérodoxes (voir la liste ci-dessous) pour véritablement parler d’économie pendant que Radio France déversera sa propagande ultralibérale sur toutes ses antennes : 300 intervenants sont prévus les 3, 4 et 5 juillet 2020.

Pour avoir d'autres informations sur les activités de l'association des "Deconnomistes" : https://deconnomistes.org/operation-radio-france/?fbclid=IwAR1hwnSCSL9eQyvHE-NvRgi10Y8tACqjWrl7XGpRrgLrBh9ok2WQq4oH5II


Liste des premiers économistes participants à l’opération (liste non exhaustive) :
Fabrice Aubert, Jean-Pierre Berlan, David Cayla, Gabriel Colletis, Christelle de Cremiers, Coralie Delaume, Gérard Duménil, Bernard Friot, Jacques Généreux, Liem Hoang-Ngoc, Agnès Labrousse, Thomas Lagoarde-Segot, Sylvain Leder, Virginie Monvoisin, Fabienne Orsi, Claude Paraponaris, Thomas Porcher, Christophe Ramaux, Mathias Reymond, Philippe Richard, Bertrand Rothé, Patrick Saurin, Jean-François Simonin, Éric Stemmelen, Antoine Vion…

Et avec la participation (liste non exhaustive) :
Aurélien Bernier, Christian Cauvin, Gérard Filoche, Romaric Godin, Thomas Guénolé, Prune Helfter-Noah, Jacques le Bohec, Danièle Linhart, Gérard Mordillat, Corinne Morel-Darleux, Jean-Louis Odekerken, Monique Pinçon-Charlot, François Ruffin, Patrick Saurin, Jean-François Simonin, Martine Vasselin …

Médias ayant confirmé leur participation (au 13 juin 2020)
Presse : Le Ravi, Politis, Le Monde diplomatique, L’humanité.
Web : Arrêt sur Images, Là-bas si j’y suis, Le Média, Médiapart, Quartier Général, Frustration, Altermidi,  Acrimed.
Radio : Radio Galère. Radio Grenouille, Radio Zinzine.
Site : Fakir, Les Amis du Diplo, Les Déconnomistes.

Médias devant confirmer leur participation (ou non)
Presse : Regards, CQFD, La Marseillaise
Web : Basta, Les jours, Le grand soir, Le vent se lève, Marsactu, Le Faucigny, Ethiquement parlant.
Radio : Radio Nova

 

mercredi 3 juin 2020

LIRE : " PLAINTE POUR DIFFAMATION : MA VISITE SURRÉALISTE CHEZ LES GENDARMES"


Nous reproduisons ici, avec l'autorisation de son auteur, un article de Nicolas Barriquand journaliste du site MÉDIACITÉS LYON publié le 29 mai 2020.

Il relate les motifs et les conditions de son audition à la gendarmerie à la suite d'une plainte déposée contre lui par une "municipalité du Grand Lyon" relative à une enquête qu'il a réalisé à son sujet.

Pour découvrir le site Médiacités Lyon , c'est ici  : https://www.mediacites.fr/lyon/

 

 

Plainte pour diffamation : ma visite surréaliste chez les gendarmes


Comme auteur d’une enquête sur une municipalité du Grand Lyon, je viens d’être convoqué par la gendarmerie suite au dépôt d’une plainte pour diffamation du maire mis en cause. Mon audition s'est révélée cocasse.
“Avez‐vous des tatouages ou des cicatrices ? », m’interroge le gendarme. Si je m’attendais à ce qu’on me pose cette question dans l’exercice de mon métier de journaliste… À part la trace d’une très ancienne péritonite qu’on ne distingue presque plus, je n’ai rien à déclarer à Monsieur l’agent.
Ce jeudi matin, je me trouve dans les locaux d’une gendarmerie de l’agglomération lyonnaise. Le maire d’une commune du Grand Lyon n’ayant pas apprécié une de nos enquêtes, je fais l’objet d’une plainte pour diffamation – ainsi que le directeur de la publication Jacques Trentesaux – qui se traduit par une commission rogatoire.
En matière de délit de presse, l’instruction est obligatoire.     
Quelques jours auparavant m’attendait dans la boîte aux lettres de mon domicile une feuille volante avec pour en‐tête « la Gendarmerie nationale, une force humaine ». Je suis invité à prendre contact avec l’adjudant P., officier de police judiciaire. Le tout est frappé d’un tampon rouge « URGENT ».

« Votre intention ? Dénigrer le maire ?»

 Me voici donc devant l’adjudant en question. Il me demande de décliner l’identité de mes parents (« nom, prénoms, nom de jeune fille de votre mère »), avant d’entrer dans le vif du sujet : comment ai‐je procédé pour préparer mon article, qui ai‐je rencontré, etc. Mes réponses sont courtes et évasives : la loi, en France, garantit à la presse le secret des sources. « En dehors des personnes citées dans l’enquête, je n’ai pas d’autres noms à vous transmettre », rétorque‐je au gendarme.
Mon audition prend ensuite un tour plus surréaliste. « Quelle était votre intention en écrivant cet article ? Dénigrer le maire ? Lui nuire ? », me lance mon interlocuteur. « Euh… non, seulement informer mes lecteurs ». Me revient en tête le souvenir d’Au Poste !, l’excellent et loufoque film de Quentin Dupieux. Mais revenons à la gendarmerie : « Vous a‑t‐on remis des documents ? ». Diantre ! L’affaire qui nous occupe est pourtant loin d’un Watergate ou d’un Wikileaks…
« – Comme pour tout article, j’ai réuni une documentation, je ne peux pas vous en dire plus.
– Et si je vous dis : Campanile de la Part‐Dieu ? »

Pour la préparation de mon enquête, j’avais rencontré un élu, cité dans l’article, au café du Campanile de la Part‐Dieu. De mémoire, il avait un train à prendre après notre interview, pour raisons professionnelles, d’où le lieu du rendez‐vous. Pour préparer notre entretien, cette personne, qui a donc été auditionnée auparavant par l’adjudant, avait imprimé des procès‐verbaux de conseils municipaux et des délibérations. En termes de « documents », on ne fait pas plus public !
Mi‐interloqué, mi‐amusé, je reprends : « Oui, j’ai réalisé une interview dans un café, ça m’arrive tous les jours ou presque… » « De toute façon, ça n’ira pas bien loin cette histoire, si vous voulez mon avis », commente le gendarme qui imprime mon audition et me la donne à signer, avant de me confier à un collègue pour un relevé anthropométrique.

 

Les doigts, les paumes et les phalanges

Je l’interroge : « Est‐ce franchement nécessaire de prendre mes empreintes pour cela ? » J’ai ma réponse : « C’est dans la procédure pénale. Vous pouvez refuser mais c’est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende ». Je vérifierai ultérieurement : c’est bien écrit à l’article 55–1 du code de procédure pénale.

Pour l’heure, j’imprègne mes dix doigts sur un encrier, mais aussi les paumes de mes mains et toutes mes phalanges. « Gardez le poignet souple », me conseille le gendarme en charge de l’opération. Il me prend aussi en photo, de face, de profil, avec mes lunettes, sans. Et s’enquiert donc de mes potentiels tatouages et cicatrices.
On m’apporte du savon pour mes mains noires d’encre – « faites gaffe, ça tache les vêtements » – avant de me laisser partir. Deux heures et demi de perdues, entre l’audition et le temps passé pour m’y rendre, mais me voilà fiché !


vendredi 29 mai 2020

LIRE : DES JOURNALISTES ET MÉDIAS S'ORGANISENT POUR DÉFENDRE LA LIBERTÉ D'INFORMER SUR L'AGROALIMENTAIRE

Nous reproduisons l'article du site BASTA ! en date du 27 mai 2020 au sujet des pressions subies par un certain nombre de médias engagés dans un travail d'investigation sur le secteur de l'agro-alimentaire

En Bretagne, des journalistes qui enquêtent sur l’agro-alimentaire sont poursuivis ou subissent des pressions. C’est le cas de Basta ! et d’Inès Léraud poursuivis par le groupe Cheritel. Dans cette lettre ouverte à la région, plus de 250 journalistes, médias et collectifs de professionnels de la presse appellent à mettre fin à cette loi du silence. Basta ! s’associe à cet appel demandant des garanties en matière de liberté de la presse.

 À Loïg Chesnais-Girard, président
Jean-Michel Le Boulanger, vice-président, chargé de la culture et de la démocratie régionale
Olivier Allain, vice-président, chargé de l’agriculture et de l’agroalimentaire
Lena Louarn, vice-présidente, chargée des langues de Bretagne
C’est la première région laitière de France. Près de la moitié de la viande y est produite. La Bretagne est au cœur du système agricole national, au cœur de tous les enjeux d’ampleur qui y sont liés : santé, environnement, social... Et pourtant, il est très difficile d’informer correctement sur un secteur omniprésent dans notre région : l’agroalimentaire.
Des journalistes sont poursuivi·es en diffamation ou mis·es au placard pour leurs enquêtes, tandis que d’autres, précaires, peinent à retrouver des emplois. Des articles sont censurés, des sujets pas abordés de peur de fâcher les annonceurs, et des subventions municipales sont coupées, comme ce fut le cas pour une radio en pleine émission sur l’élevage intensif.

Auto-censure
 Le cas d’Inès Léraud est l’exemple de trop. Journaliste et co-auteure de la bande dessinée « Algues vertes, l’histoire interdite », elle subit des pressions, dénoncées par un comité de soutien qui s’est monté pour défendre son travail. Le salon du livre de Quintin l’invite ? Sa venue est annulée après l’intervention d’un élu local, également salarié de la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor, comme le révèle Le Canard enchaîné en mars 2020. Une édition en breton de sa BD est à l’étude ? L’éditeur Skol Vreizh y renonce, en partie « du fait de l’influence au sein du conseil régional de personnes en charge de l’agriculture », selon son président cité par France 3, le 20 mai 2020.
Il est inacceptable qu’une maison d’édition en arrive à s’auto-censurer de peur d’être sanctionnée financièrement par la collectivité. Que doit-on y voir ? Que des intérêts privés liés à l’agro-industrie pourraient influencer les attributions de budgets et les décisions des représentant·es de la région ? Il aura fallu la publication d’une tribune, le 8 mai, dans Libération pour qu’une partie du monde culturel breton s’indigne. Une réaction à la suite de laquelle vous, MM. Chesnais-Girard et Le Boulanger, avez décidé d’apporter publiquement votre soutien à la journaliste Inès Léraud. Mais les interrogations persistent quant à la liberté réelle d’informer sur ce sujet.

Garantir une information et une parole publique libre
Les citoyen·nes et administré·es ont besoin d’enquêtes journalistiques qui lèvent le voile. La région Bretagne, collectivité que vous présidez, ne peut laisser place au doute quant à son attachement à la liberté d’informer et d’être informé·es correctement. D’autant plus que le succès de l’ouvrage « Algues vertes, l’histoire interdite », écoulé à 46 000 exemplaires, témoigne de l’intérêt croissant des citoyens sur les enjeux et pratiques de l’agroalimentaire.
C’est pourquoi, par la présente, nous, journalistes et professionnel.les de la presse, vous demandons de :
Contribuer à garantir une information et une parole publique libre sur les enjeux de l’agroalimentaire en Bretagne, et veiller à ce qu’aucune subvention de média associatif ne soit supprimée, au motif que des journalistes auraient signé cette lettre. Nous y veillerons aussi.
Certifier que nous, journalistes, pouvons interroger en toute transparence et indépendance des élu·es et membres des services régionaux sur ces sujets chaque fois que cela est nécessaire.
Assurer qu’aucune maison d’édition ne verra ses subventions coupées, maintenant ou dans les prochaines années, pour avoir édité la BD d’Inès Léraud et Pierre Van Hove, « Algues vertes, l’histoire interdite », en breton et en gallo.
Intervenir plus largement pour le soutien et la restauration de lieux de formations universitaires à l’information en région.

Créer un observatoire régional des libertés de la presse
 Et, puisque les ministères de l’Intérieur et de l’Agriculture ont impulsé la création des observatoires départementaux de « l’agribashing », nous vous demandons expressément de contribuer à la création d’un observatoire régional des libertés de la presse. Cet outil indépendant aura pour but de réunir les conditions d’une information transparente et intelligible par tous les Breton·nes. Il devra permettre l’écoute et la protection de journalistes qui viendraient à être inquiété·es pour leurs travaux, et soutenir les enquêtes en cours et à venir.
La lettre que vous avez sous les yeux est l’expression spontanée et déterminée de journalistes qui s’organisent pour faire la lumière sur toutes les zones d’ombre qui entourent l’agro-industrie bretonne, et contourner les murs qui barrent l’information des citoyen·nes. Cette initiative a reçu le soutien enthousiaste de confrères et consœurs, de Bretagne et d’ailleurs, qui y ont apposé leur signature. D’autres n’ont pu le faire, craignant pour leur emploi. Une autocensure qui témoigne d’une loi du silence que nous ne pouvons plus tolérer.
Dans l’attente de votre réponse, veuillez recevoir nos salutations les plus distinguées,
Des journalistes et professionnel.les de la presse.



- Le lien de l’appel des journalistes est à retrouver ici avec la liste des signataires

- une pétition grand public est en ligne

- L’enquête d’Inès Léraud poursuivie en diffamation par le groupe Cheritel : Travail dissimulé, fraude sur les étiquettes : les multiples abus d’un groupe agro-industriel breton




A propos du collectif Kelaouin

Rassemblant une quinzaine de journalistes d’âges, de parcours et de médias différents, il s’est spontanément constitué face aux difficultés persistantes à produire et diffuser une information digne de ce nom : ici en Bretagne en 2020, dans un contexte où la compréhension des enjeux est fondamentale et à l’heure où l’éclairage des choix de société est essentiel, l’agroalimentaire continue à être une zone interdite. Des journalistes sont traînés devant les tribunaux ou ostracisés pour leurs travaux d’enquête ; d’autres ne parviennent plus à trouver d’emploi... Des travaux sont censurés ou des subventions coupées. Pire, des sujets sont auto-censurés par des directions de l’information elle-mêmes pour ne pas fâcher les annonceurs... Ni élucubrations, ni fariboles : une somme de constats froids et graves. A laquelle vient encore s’ajouter l’édifiant dossier d’Inès Léraud, co-auteur de Algues Vertes - L’histoire interdite. Ce collectif de journalistes entend donc user et défendre une parole publique libre quant aux enjeux de cette agro-industrie. En mettant notamment en place un Observatoire régional de la liberté d’information ; en interpellant les élus de la République sur leur engagement à défendre l’un des piliers de la démocratie ou encore en développant des actions pour le soutien et la restauration de lieux de formation universitaires à l’information en région.



mardi 26 mai 2020

ENTRETIEN AVEC MICHAEL LAINÉ, À PROPOS DE "L'ÉCONOMIE VUE DES MÉDIAS"


Nous reproduisons un entretien de l'économiste Michael Lainé publié en février dernier sur le site "Non fiction" (https://www.nonfiction.fr) à l'occasion de la parution de son ouvrage "L'économie vue des médias" (éditions Le Bord de l'eau, 2020).

"Les médias, ce sont trois quotidiens (Le Monde, Le Figaro, Libé) et trois hebdos (L’Express, Le Point et L’Obs) dont l’auteur a lu tous les articles en 2014 et ceux traitant de macroéconomie en 2015. Un travail de Romain, mais un résultat qui vaut le détour, tant y pullulent les affirmations idéologiques, douteuses ou erronées, voire l’ignorance (réelle ou opportuniste)...."
Alternatives économiques





Que penser de la manière dont les principaux journaux rendent compte des questions économiques ?
Non contents de faire une place archi prépondérante aux thèses des économistes mainstream, les articles concernant l’économie que publient les principaux journaux français tournent toujours autour des mêmes thèmes, se caractérisant en particulier par un tropisme anti-Etat, tandis qu'ils font peu de cas des faits réellement pertinents ou encore de la complexité des mécanismes économiques. C’est ce que montre le livre que vient de publier l’économiste Michaël Lainé, qui a accepté de répondre ici à quelques questions pour présenter celui-ci.


Nonfiction : Vous montrez dans cet ouvrage que l’économie est particulièrement maltraitée dans les journaux. Pourriez-vous en donner quelques exemples ?
Michaël Lainé : Une chose frappante ressort de mon analyse de deux années complètes de production de la presse écrite, soit la bagatelle de 15 300 articles. Les points de vue et les experts interrogés sont, à quelques exceptions près, les mêmes qu’en 2007. Alors que les médias n’avaient pas vu venir la crise, ils n’ont pas remis en question leurs croyances ; ils ressassent, jusqu’à plus soif, les mêmes analyses. Au point d’ailleurs, d’en oublier qu’elle a pour origine l’endettement privé et d’occulter les similitudes existant entre les réponses politiques désastreuses (et en particulier les politiques d'autérité) apportées au krach financier de 1929 et celles mises en œuvre pour juguler l’effondrement de 2008. Cette évacuation de l’histoire est tout sauf anodine, car elle permet de recycler les idées reçues et de brocarder les boucs émissaires habituels. Au fond, ce serait moins la finance dérégulée qui aurait failli que l’État qui l’aurait poussée à la faute. La croyance en l’autorégulation des marchés financiers est toujours prégnante. À l’occasion, la presse soulignera combien les banquiers se sont montrés immoraux, ce qui permet de s’exonérer de toute réflexion systémique. Or, il y a de très bonnes raisons de penser que, même si les financiers s’étaient montrés probes et droits, la crise n’en aurait pas moins éclaté, car c’est le destin de toute bulle que de finir en krach. Pas plus aujourd’hui qu’hier les théories alternatives, critiques de la finance dérégulée, n’ont véritablement droit de citer dans les médias.
Mais il y a plus que cette absence de débat ou de pluralisme des idées. Après tout, on pourrait soutenir qu’un organe de presse a droit de prendre position. Le plus étonnant est encore de constater combien les journalistes comprennent peu les mécanismes les plus élémentaires de l’économie. Par exemple, le lien entre coût du travail et compétitivité n’est pas aussi simple que le présente les médias. En général, les pays les plus compétitifs sont aussi ceux où le travail est le plus cher : Norvège, Danemark, Suisse, Belgique, Allemagne, Suède… Cela n’est jamais signalé par la presse, qui brocarde régulièrement le modèle français, sans comprendre que la principale raison qui fait qu’un pays est compétitif en matière de coût du travail… tient à ce qu’il est pauvre ! En effet, un coût (du travail, pour l’employeur) est aussi un revenu (pour les travailleurs, c’est-à-dire la majorité de la population d’un pays). Ainsi, un pays pauvre – c’est-à-dire un pays dont le revenu de ses habitants est bas – présentera un coût du travail faible : la Roumanie et la Bulgarie, qui sont les plus déshérités d’entre les déshérités en Europe, affichent un coût horaire du travail sept à neuf fois inférieur à celui de la France. Par définition, abaisser le coût du travail revient à abaisser le revenu du travail. Cela n’est jamais expliqué par la presse. Toute à son obsession de la compétitivité, elle verse dans une vision naïve de ce qu’est la concurrence internationale, que j’ai appelée « darwinisme de comptoir », comme s’il n’y avait de la place que pour les « vainqueurs », comme si l’objectif était d’accumuler sans fin des excédents commerciaux. N’en déplaise aux amateurs d’idées simples, il s’agit d’une idée trompeuse, connue sous le nom de « mercantilisme » en science économique. En effet, pour exporter il faut un importateur : tout déséquilibre persistant, à long terme, se paye au prix fort d’une crise dans les deux nations. Autrement dit, si l’importateur connait une récession, l’exportateur n’est plus en mesure de lui vendre ses produits ! C’est pourquoi le plan Keynes, présenté à Bretton Woods en 1944, prévoyait de corriger autant les excédents que les déficits commerciaux, car une situation de déséquilibre permanent n’est pas saine pour le commerce. C’est pourquoi, aussi, la Commission européenne exhorte régulièrement l’Allemagne à diminuer ses excédents commerciaux en pratiquant une politique de relance, une recommandation tout simplement incompréhensible si l’on lit les médias ! D’ailleurs, les théories dominantes de la crise de 2008, dues à des chercheurs aussi différents (et mainstream) que Rogoff ou Obstfeldt, l’imputent en partie aux excédents des pays exportateurs recyclés sur les marchés financiers américains. Cela non plus n’est pas signalé dans la presse, qui semble avoir une connaissance très minimale (pour ne pas dire quasi-nulle) de la littérature scientifique. Une autre thématique me paraît révélatrice de ces lacunes économiques : la question des seuils sociaux (à partir de 11 ou 50 salariés, les entreprises doivent faire face à de nouvelles obligations). Il n’existe à ma connaissance qu’une étude scientifique à ce sujet, publiée par l’Insee en 2011, qui montre clairement qu’ils n’ont aucun impact sur l’emploi. Or, à l’exception de Libération, la presse fait dire à cette étude le contraire de ce qu’elle affirme !

Pour partie, ces erreurs tiennent, expliquez-vous, au remplacement des mécanismes macroéconomiques par une approche gestionnaire qui est parfaitement incapable de rendre compte des phénomènes économiques, même si elle a pour elle la simplicité de l’évidence. Vous pointez également la responsabilité d’une approche moralisatrice, qui est censée définir ce qu’il conviendrait de faire, en toute ignorance, là encore, des réels mécanismes à l’œuvre et des conflits qui les déterminent. Pourriez-vous là encore en donner des exemples ?
Le raisonnement scientifique opère une rupture avec les raisonnements profanes, spontanés. Or, ces derniers obéissent à une logique gestionnaire et sont largement imprégnés de valeurs morales. Il est normal d’adopter un tel point de vue – les entreprises ont bien besoin d’être gérées. Mais il est extrêmement trompeur d’étendre ce type de raisonnement, qui ne vaut que pour un agent économique, à l’ensemble de l’économie. La science économique a inventé un nom pour cela, le « sophisme de composition ». Ce ne sont pas les généralisations abusives qui sont ainsi visées, mais le fait que lorsque l’on change d’échelle (d’une entreprise ou un ménage vers la totalité des entreprises et des ménages) c’est le raisonnement qui change du tout au tout. Dans une perspective gestionnaire un coût est un coût. Dans une perspective économique, c’est aussi un revenu, car l’économie prend toujours en compte l’autre face de l’interaction marchande. Quand j’achète dans un magasin, ce qui est pour moi une dépense est pour le vendeur un revenu. Pour un employeur, le salaire est un coût ; pour le salarié, c’est un revenu. Les conséquences du raisonnement scientifique heurtent le sens commun, car une baisse des coûts se traduira toujours par une baisse des revenus. Or, qu’on le veuille ou non, nous sommes tous liés les uns aux autres dans la grande chaîne des interactions économiques. Cette baisse de revenus de quelques-uns rejaillira sur tout le monde, puisque cela impliquera une contraction de leurs dépenses, donc des revenus d’autres personnes. Au final, l’impact pourra être positif ou négatif, mais il n’a rien d’évident. Il n’en demeure pas moins que la question est ô combien plus complexe que ce que la logique gestionnaire ou morale laisse entendre. Pour bien comprendre l’économie, il importe ainsi de se défaire de nos intellections spontanées, qui nous fourvoient.
Logique gestionnaire et vision moralisatrice se renforcent l’une l’autre, car si l’on peut étendre à l’économie un raisonnement qui n’est valable que pour une entreprise ou un ménage, alors elle se prête aux prescriptions simplistes de la morale, qui a pour objet les actions des individus. Un exemple particulièrement révélateur du caractère trompeur de cette approche médiatique nous est fournit par la question de la dette publique. La presse affectionne d’en imputer la responsabilité à un manque de courage et de sens des responsabilités de la part de la classe politique, suspectée de faire preuve de démagogie dépensière à l’approche des élections, le tout sur fond d’indignations étranglées sur le fardeau-légué-à-nos-enfants. Elle appuie souvent son réquisitoire sur un parallèle entre le budget de l’État et celui d’un ménage ou d’une entreprise. Même à titre de simplification pédagogique, ce parallèle traduit une incompréhension profonde de la politique économique, car à la différence d’un ménage, l’État peut influer sur ses revenus par ses dépenses. En effet, les recettes des administrations sont basées sur l’activité (TVA, impôts sur le revenu et sur les sociétés, etc.). Or, les dépenses des pouvoirs publics auront des répercussions sur l’activité, à la hausse (si elles achètent plus aux entreprises ou distribuent plus de pouvoir d’achat, ce qui permet de vendre plus), ou à la baisse (pour des raisons opposées). Ils sont donc en mesure d’engranger plus de revenus en dépensant plus. Cela, tous les économistes un peu sérieux le savent, et en premier lieu ceux qui travaillent au sein des grandes instances internationales comme le FMI. Dans certaines circonstances, l’effet sur l’activité est tel que le ratio dette/PIB de l’État peut baisser… Cet impact se mesure et n’a que très peu à voir avec une question morale. Il s’agit d’une question technique, non dénuée d’arrière-plan théorique, à la portée de la science économique.
La substitution d’une vision moralisatrice à l’analyse scientifique n’est jamais aussi évidente qu’en matière de chômage. Ici, des variations se font jour suivant les orientations politiques des journaux : le ton est comminatoire pour Le Point ou Le Figaro, plus policé pour Le Monde, mais le fond change peu. Notre modèle social est voué aux gémonies. Il désinciterait à la reprise d’emploi. Qu’on me comprenne bien : les théories dominantes se montrent relativement critiques à son égard (pas autant toutefois que les médias), mais pour des raisons causales et non morales. Si un bus peut n’accueillir que quatre-vingt personnes et que cent veulent y entrer, vingt d’entre elles resteront dehors, quelle que soit leur motivation et leur droiture. Le parallèle avec l’emploi est pertinent : quand bien même nous aurions 33 millions de demandeurs d’emploi à la moralité et à la motivation irréprochables, s’il n’y a que 28 millions d’emplois, alors il y aura 5 millions de chômeurs. Raisonner autrement revient à commettre un sophisme de composition. Au niveau individuel, c’est bien la motivation, la compétence et l’honnêteté qui fait la différence. Au plan collectif, cela n’a pas vraiment d’impact. Il n’en demeure pas moins qu’il existe des offres d’emploi non pourvues ; si la situation globale est celle du chômage de masse, certains secteurs d’activité peinent à recruter. Le chiffre de 400 000 offres non pourvues est souvent avancé. Mais les économistes savent également que le nombre d’emplois non pourvus dépend beaucoup plus de la croissance économique que de la générosité du système social. En effet, une croissance élevée implique une demande soutenue de travail par les secteurs dynamiques ; or, l’offre de travail souffre d’une certaine inertie ; une formation prend plusieurs années ; en changer ne se fait pas non plus du jour au lendemain ; d’où la vigueur et l’ampleur des désajustements. Aussi les pays dont l’emploi progressent le plus sont-ils également ceux où le taux d’emplois vacants est le plus élevé, à rebours des intuitions moralistes : Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Pays-Bas… Le taux d’emplois vacants (les fameuses offres d’emploi non pourvues) est en France l’un des plus faibles d’Europe, avec celui de la Grèce et de l’Italie… L’interprétation moralisatrice conduit à voir les choses de travers. Au surplus, il existe des théories critiques des modèles économiques dominants qui soutiennent que plus les marchés sont flexibles, plus le chômage est important. Les lecteurs n’en auront pas connaissance et ne pourront peser le pour et le contre de chacun des modèles scientifiques. À cet égard, force est de constater que la presse s’invente des ennemis imaginaires.  À l’exception de Libération, elle tend à appeler « tabou » ce qu’elle déteste unanimement : « tabou des 35 heures », « tabou des mini-jobs », « tabou du Smic »… C’est pour le moins mystérieux quand on s’aperçoit que près de neuf articles sur dix se montrent critiques à leur endroit. En fait de tabou, nous avons plutôt un assourdissant chorus médiatique.

Vous répertoriez également des questions d’actualité, essentielles, qui ne sont jamais traitées ou extrêmement rarement dans le corpus d’articles que vous analysez. Quels exemples pourriez-vous en donner ?
Chose étrange, malgré le succès international des ouvrages de Piketty, les inégalités sont très peu traitées, et quand elles le sont, c’est sous l’angle du succès de l’auteur ou de celui des valeurs sociales et politiques. Le sujet de fond – les conséquences économiques des inégalités – n’est pour ainsi dire jamais exposé. Or, il existe de sérieux arguments scientifiques plaidant pour une lutte contre les inégalités. En effet, nombre de chercheurs soulignent qu’elles dépriment la demande (car les classes aisées épargnent plus) et contribuent à l’instabilité financière. Autre sujet relativement ignoré, l’Europe. Le constat désabusé de Fitoussi dressé voilà près d’un quart de siècle tient toujours : il est interdit d’en débattre. Les rares fois où la question est abordée, c’est pour souligner la nécessité d’un gouvernement économique de la zone euro. Il serait nécessaire de compléter l’union monétaire par une union budgétaire. Pour le reste, c’est silence radio. Or, nous disposons de vingt ans de recul sur le fonctionnement de la zone euro. La science économique fourmille d’outils théoriques ou conceptuels qui nous permettent de penser cette construction unique dans l’histoire, dans ses accomplissements comme dans ses dysfonctionnements. Enfin, la presse qui aime à fustiger le coût du travail oublie l’autre coût des entreprises, celui du capital, c’est-à-dire des moyens de production et de leur financement. Il existe un débat au sein de la communauté des économistes sur l’explosion des rémunérations des actionnaires. Pour certains, elle nuirait à l’investissement, donc à la croissance de long terme, pour d’autres, elle permettrait une meilleure allocation de l’épargne qui bénéficierait à la création de richesses. Toujours est-il que, dans les faits, aux États-Unis, les bénéfices sont certaines années entièrement consacrés aux actionnaires et non au développement de l’entreprise. Sur toutes ces questions, le lecteur ne pourra se faire une opinion, faute d’avoir connaissance de ces débats.

Un discours simpliste, sous-tendu par une idéologie « pro-business » et « pro-finance », est ainsi à l’œuvre, montrez-vous, qui contribue à évacuer tout débat. Tous ces journaux sont aujourd’hui aux mains de grandes fortunes et on peut imaginer que cette situation satisfait pleinement leurs détenteurs, quelle que soit la forme que prenne au demeurant leur influence sur ces contenus. Peut-on lier ces deux choses ?
Si vous m’autorisez cette remarque, « idéologie pro-business » n’est pas une formulation que vous trouverez dans la science économique. En tant que chercheurs, nous nous interrogeons sur les causes de la création de richesse et des crises, et celles-ci ne se résument pas à un argumentaire pro ou anti business, ce qui n’aurait pas vraiment de sens. Ceci étant précisé, mon travail aboutit à la conclusion que les analyses médiatiques sont imprégnées d’idéologie – au sens où les réponses précèdent les questions. Avec des différences et des nuances selon les orientations politiques des journaux, sur des thèmes à la croisée du social, du politique et de l’économique – et sur ces thèmes seulement. Pour le dire de manière très résumée et simplifiée, cette idéologie prône l’autorégulation des marchés.
Mon ouvrage se cantonne à l’analyse de texte. S’il m’est permis de le penser, je crois que c’est là sa force. Il est déjà suffisamment difficile de s’entendre sur un constat. La science invite à se méfier de soi-même. C’est pourquoi j’ai mis en œuvre une méthodologie particulière, afin d’intérioriser le regard critique d’éventuels détracteurs. Pour cela, je me suis obligé à remplir jour par jour et journal par journal un fichier Excel où je caractérisais tous les articles lus et notais les citations. Tout est transparent et vérifiable. Pour les 15 300 articles de mon corpus. Je m’engage à mettre ce fichier à la disposition de tout lecteur qui m’en ferait la demande. Cela m’a demandé un travail titanesque, mais je crois que la rigueur est à ce prix. Je ne voulais pas au surplus hasarder des explications sur les causes des biais constatés. Tout au plus peut-on avancer quelques constats factuels : les journaux appartiennent aux grandes fortunes et une majorité d’économistes interrogés travaillent pour les banques ou des lobbys, ce que je démontre calculs à l’appui par un décompte précis des citations.

Vous n’abordez pas dans l’ouvrage l’importance des agendas politiques et de la manière dont les responsables politiques en charge des questions économiques, qui sont rarement des économistes, communiquent sur ces sujets. On pourrait toutefois se demander si les défauts que vous pointez dans les journaux, qui s’attachent pour une large part à commenter les décisions et déclarations politiques, ne devraient pas être imputés au moins pour partie à ceux-ci. Qu’en pensez-vous ? 
C’est possible. Toujours est-il que l’on est en droit d’avoir une haute idée de ce que devrait être le journalisme. Ce métier serait bien peu satisfaisant s’il ne consistait qu’à relayer de façon complaisante la communication des puissants. À une époque de surabondance de l’information, où la vérité est dépréciée, il est plus urgent que jamais de développer l’esprit critique.


jeudi 7 mai 2020

LIRE : "LE RELÂCHEMENT DES FRANÇAIS RISQUE D'ANNULER LE 11 MAI, ALERTENT TF1 ET BFMTV"


Le journaliste Samuel GONTHIER poursuit sa mordante et stimulante critique du traitement médiatique de la crise sanitaire par les médias dominants.

"Si le 11 mai était annulé ou repoussé, ce serait la faute à l’incivisme des Français – et surtout à celui des Marseillais –, accusent TF1 et BFMTV. La gestion de l’épidémie par notre excellent gouvernement ne saurait en être responsable, pas plus qu’on ne saurait lui imputer la contamination et la mort de soignants victimes de la-faute-à-pas-de-chance. Heureusement, des députés LREM se mobilisent pour leurs orphelins."


 Extraits : 

"BFMTV a largement abusé du téléobjectif dans un reportage diffusé le 1er mai et tourné… à Marseille, preuve que le tempérament méditerranéen est rétif à toute discipline. « Confinement : du relâchement à Marseille ? » interroge le bandeau. Encore ce « relâchement ». Depuis le temps qu’il sévit, je me demande comment nous n’avons pas déjà atteint l’immunité collective. La présentatrice avertit : « Certains ont décidé d’avancer la date du 11 mai. » Ça se complique. Du coup, le 11 mai, on le met entre le 30 avril et le 1er mai ?"



 Le reste de l'article est à lire ici : https://www.telerama.fr/television/le-relachement-des-francais-risque-dannuler-le-11-mai,-alertent-tf1-et-bfmtv,n6635601.php



lundi 27 avril 2020

LIRE : "IL EXISTE AU CHILI UNE CONCENTRATION MÉDIATIQUE EXCEPTIONNELLE"


Notre collègue d'ACRIMED 69, Vincent Bollenot, en collaboration avec Nils Solari, a réalisé un entretien auprès de Franck Gaudichaud, maître de conférences en Civilisation hispano-américaine à l’Université Grenoble Alpes, sur l'état du champ médiatique chilien.
Nous le reproduisons ici dans son intégralité.


« Il existe au Chili une concentration médiatique exceptionnelle »
À la faveur du mouvement social de ces derniers mois au Chili, nous avons interrogé Franck Gaudichaud, spécialiste de ce pays, pour qu’il livre un éclairage sur la structuration du champ médiatique chilien et le rôle des médias dominants dans le traitement des mobilisations sociales, passées et actuelles (1)
Ce texte s’inscrit dans une nouvelle série d’entretiens critiques avec des journalistes, chercheurs, militants, sur l’organisation des médias à l’international et leur traitement des mouvements sociaux.
Propos recueillis par Vincent Bollenot et Nils Solari.

 

Le contexte : les médias dominants au Chili


Comment qualifier l’état de la concentration des médias au Chili ? Est-elle aussi importante que dans les pays voisins (Argentine, Brésil...) ? Peut-on distinguer des étapes historiques dans l’évolution de cette concentration ?

Concernant la concentration et la comparaison avec l’échelle latino-américaine, il existe au Chili une véritable oligarchie médiatique, une concentration médiatique exceptionnelle. Plusieurs rapports internationaux ont confirmé cela : ceux de l’Observatoire latino-américain de régulation des médias, mais également des rapports sur les droits humains comme ceux issus de la très officielle Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), ainsi que des études d’universitaires. Toutes ces sources confirment que l’on est dans un pays où la concentration médiatique est dramatiquement élevée, et ce dans une région latino-américaine où il existe déjà globalement une très forte concentration médiatique.

Le livre de la journaliste Maria Olivia Monckeberg sur les magnats de la presse au Chili est un jalon en ce sens (2). En moyenne, la concentration dans la région, en termes de propriété privée lucrative et de contrôle capitalistique, serait de l’ordre de 60% environ, alors qu’au Chili, la concentration pour la presse écrite va au-delà de 75%, voire même 80%, et pour la télévision ouverte, elle avoisine les 90%. Il y a donc un vrai problème en termes de liberté d’information et d’expression, même dans d’autres pays de la région, comme au Brésil, où existe également une concentration très forte de la presse écrite (au-delà de 85% avec des empires comme Globo, le plus grand groupe médiatique de la région), ou au Mexique au niveau de la télévision ouverte, où la concentration de l’ordre de 93%. Donc comparativement, l’histoire médiatique chilienne a suivi celle des pays voisins et avec celle-ci une remise en cause de la liberté d’information dans la pluralité, c’est-à-dire à un droit humain fondamental. Mais, l’expérience chilienne a aussi et évidemment ses spécificités.
On fait donc face à la domination d’une oligarchie médiatique très fermée, dans le cadre du néolibéralisme chilien qui a été installé durant la dictature de Pinochet (1973-1989) et qui a ensuite été consolidé en « démocratie » à partir de 1990. Cette oligarchie financière ne contrôle pas seulement les moyens de production et de distribution, les principales ressources du pays, elle contrôle aussi les moyens d’information, les médias, et elle applique une stratégie de contrôle économique et idéologique de l’information très forte. Par exemple, une étude qui a été faite par le Conseil national de la télévision (CNTV) en 2016 montre que seulement 4 opérateurs contrôlent plus de 90% du marché médiatique, notamment des recettes publicitaires et de l’audience (3). Cette hyperconcentration a aussi été confirmée - et soulignée - plus récemment par un rapport réalisé, en 2019, pour le parlement chilien (4).

Dans le domaine de la presse écrite, on est face à un duopole presque parfait : on a d’un côté le groupe Copesa, qui possède des journaux de distribution nationale comme La Tercera et bien d’autres au niveau régional… et de l’autre côté, on a l’empire de El Mercurio - le plus vieux quotidien d’Amérique latine encore en circulation - qui appartient à un empire contrôlé par la famille Edwards depuis des générations.
Le patriarche, Augustín Edwards, a été un des acteurs bien connus du coup d’Etat contre Salvador Allende en 1973 et il a reçu des millions de dollars de la CIA en ce sens, comme en attestent les archives déclassifiées (5). Son groupe contrôle El Mercurio, le premier journal de diffusion nationale, à la fois conservateur et farouchement néolibéral – ce serait un peu l’équivalent du Figaro au Chili - mais aussi tout un tas d’autres journaux de diffusion nationale (La Segunda, Las últimas noticias…), ainsi qu’une grande partie, quasiment dans toutes les villes, de la presse régionale. Il s’agit vraiment là d’un empire gigantesque qui fait que, par exemple, un habitant de Valparaíso qui voudrait acheter un ou plusieurs journaux nationaux ou locaux, lirait seulement de la presse contrôlée par le groupe de la famille Edwards.

De l’autre côté, la Copesa, l’autre groupe dominant, contrôle également une large partie de la presse écrite. Ces médias sont des adversaires déclarés et acharnés des mouvements populaires et tous celles et ceux qui critiquent l’ordre établi, et ce depuis des décennies, voire plus d’un siècle : dans les années 60, précisément durant les luttes étudiantes de l’année 1967, une grande banderole devenue fameuse avait été installée sur la devanture du journal, annonçant : « El Mercurio ment ! » face aux attaques réitérées du quotidien contre le mouvement de la réforme universitaire. Depuis, ce slogan a été repris et adapté dans presque tous les grands moments de confrontation sociale avec les pouvoirs en place. Plus récemment, le traitement médiatique des résistances du peuple Mapuche au Sud du pays a rappelé comment ceux-ci participent activement de la criminalisation des luttes.
Mais ces deux groupes-là sont également très présents au niveau de la radio. Or, la radio est un média très important au Chili, et reste encore un média de diffusion de masse. Par exemple, c’est le cas de Radio Universo possédée, parmi d’autres, par la famille Edwards, ou de radio Duna par Copesa.
Dans ce secteur, on note aussi la présence de grands groupes internationaux, notamment le groupe Prisa, le groupe espagnol bien connu qui contrôle El País (premier quotidien ibérique), Prisa qui est très présent en Amérique latine, par exemple en Colombie et au Chili, et qui contrôle certaines radios chiliennes, comme par exemple Radio Chile. Dans ce scénario, on a d’autres grands capitalistes, d’autres grandes fortunes chiliennes, qui sont également présentes : aux côtés des Edwards pour le groupe El Mercurio, le groupe d’Álvaro Saieh – une des plus grandes fortunes du pays, avec Copesa ; la famille Luksic, qui est la plus riche du Chili et qui contrôle deux radios mais surtout deux grandes chaines de télévision : Canal13 et UCTV (les plus regardées du pays). On a aussi la famille Solari qui s’enrichit avec des radios et des chaines de télévision comme Mega et ETC ; et d’autres grands groupes internationaux comme Warner et Albavisión, qui possèdent des chaines centrales d’information continue comme CNN.

Pareillement, il convient de rappeler qu’il existe une connivence et une proximité très fortes entre cette oligarchie médiatique et le pouvoir politique : le président multimillionnaire et de droite, Sebastián Piñera, actuellement au pouvoir, ayant lui-même été propriétaire d’un canal de télévision pendant très longtemps, avant de le céder au moment de son élection. Si l’on observe cela dans le temps historique, on pourrait souligner le rôle des médias dans la chute de Salvador Allende, en 1973 : les médias conservateurs ont véritablement organisé un climat propice au coup d’état, ils ont préparé les esprits (on pourrait citer les travaux pionniers de Armand Mattelart à ce propos (6) ou encore l’excellent documentaire La Spirale) (7). Edwards en personne a fait des allers-retours dans le bureau ovale de Richard Nixon et de Henry Kissinger pour organiser le coup d’état.
Par la suite, durant la dictature, lui et les siens, ont été bien rétribués en ce sens, puisque à compter du tournant néolibéral des « Chicago Boys » en 1975, on observe un renforcement de la concentration médiatique, et ce même si cette forte concentration médiatique était déjà importante avant le coup d’état. Sous le gouvernement de Salvador Allende et de l’Unité Populaire, c’était d’ailleurs un vrai problème et la gauche n’a malheureusement pas réussi à le régler tout à fait, malgré la création de plusieurs médias antiimpérialistes ou socialistes. El Mercurio, La Segunda et les autres, durant la tyrannie de Pinochet, mettront leurs journalistes et éditorialistes au service du régime civico-militaire justifiant sans vergogne la répression et le terrorisme d’Etat, et la « chasse » aux militants et défenseurs des droits humains.

Pour terminer, la transition démocratique « pactée » de 1989-1990 (8) a véritablement fini par tuer des publications comme la revue APSI par exemple, ou La Época, Análisis, et quelques autres… des revues indépendantes qui ont existé à la fin de la dictature et qui étaient des revues culturelles, critiques et très dynamiques, d’opposition à la dictature. Or la nouvelle élite politique de centre-gauche et néolibérale, qui arrive au pouvoir à partir de 1990, a contribué à annihiler ces revues-là en leur coupant les vivres et les annonces ; même le vieux quotidien La Nación, le seul journal public, finit par mourir assez récemment, enterré par le président Piñera lui-même car jugé trop offensif sur la question des droits humains et des responsables de la dictature : il ne reste plus que la version web.
Manuel Cabieses, directeur pendant des décennies de la revue Punto final, issue de la gauche radicale, puis ensuite indépendante durant la démocratie, a dénoncé pendant des années à quel point le pouvoir politique a contribué à cette concentration médiatique dans la mesure où il n’y avait aucune régulation. Et surtout, Cabieses a montré comme la publicité d’État (et donc les importants financements qui vont avec) se concentre sur ces grands groupes privés, en laissant complètement et intentionnellement de côté ce qui restait comme presse indépendante et critique. Ceci alors que la publicité d’Etat est censée être un mécanisme de régulation du pluralisme, dans ce cas c’est un mécanisme de concentration des pouvoirs médiatiques et de destruction massive du pluralisme...
Il faut voir par exemple qu’une revue historique comme la revue Punto final a finalement - et malheureusement – disparu, notamment faute de soutien public. (9) En termes de journaux papier et de distribution en kiosques (encore nombreux dans les rues chiliennes) - une distribution en partie elle-même contrôlée par les grands groupes - on retrouve difficilement le journal historique du Parti Communiste, El Siglo, on trouve aussi Le Monde Diplomatique version Chilienne (sous la direction de Victor de La Fuente), mais qui est diffusé seulement à quelques milliers d’exemplaires et a aussi beaucoup de mal à survivre.

Enfin, il faut souligner néanmoins que dernièrement, il y a eu des efforts et plusieurs initiatives intéressantes en termes de création de nouvelles formes médiatiques indépendantes. Le web a ainsi permis la création de quelques journaux nationaux de premier plan comme El Mostrador, un des principaux journaux numériques du Cône Sud, qui est un vrai journal indépendant. On a aussi El Ciudadano, qui survit grâce à la publicité en ligne mais qui dispose aussi d’une version papier, ou encore un autre média web très lu, sérieux, placé plutôt à gauche : El Desconcierto. On peut également citer le Centro de Investigación e Información Periodística (CIPER, qui pratique un journalisme d’investigation exigeant et propose aussi des analyses approfondies, issues d’universitaires, bien que la fondation soit paradoxalement financée en partie par certains des grands groupes capitalistes mentionnés précédemment… Enfin, il existe tout un écosystème de petits médias critiques, engagés, communautaires qui se développe sur le web comme par exemple la revue de gauche Rosa ou Convergencia Medios.

Le traitement médiatique du mouvement social récent


Comment analyses-tu le traitement de la crise sociale qui traverse le pays par les grands médias nationaux ? Ces derniers ont été accusés de relayer principalement la parole gouvernementale ou, dès qu’il est question de parler des manifestations, d’insister lourdement sur les « violences » de la « primera línea » (10) ou des manifestants en général, sans guère prêter attention à leurs revendications. Peux-tu nous en dire plus ?

Le traitement médiatique de la rébellion populaire en cours depuis 2019 ou encore désormais de la pandémie confirme ce que tout le monde sait au Chili : les médias apparaissent globalement comme peu pluralistes et globalement au service des dominants et des puissants. Certains journalistes essayent tant bien que mal de faire preuve d’une certaine éthique et distance critique, mais ils sont rares et ont peu d’espace.
En février 2020, la rencontre nationale du « collège des journalistes » (colegio de periodistas, syndicat indépendant des journalistes), affirmait textuellement que « les grands médias mentent, réalisent des montages, modèlent les consciences pour maintenir les privilèges d’une élite dominante (11) ». C’est vraiment ce qui se passe : on l’a bien vu au travers d’une presse soit sensationnaliste (presse écrite comme La Tercera ou La Cuarta, presse télévisée comme Megavisión), soit qui fait du « reportage », mais avec des articles qui tendent à mettre l’accent directement sur la violence des manifestants, et oppose l’attitude tout à fait « républicaine » et « courageuse » des forces de l’ordre, alors que la violence d’Etat est massive, disproportionnée : il y des morts, des milliers de blessés, encore plus de 2000 prisonniers issus de la révolte populaire laissés sans jugement, etc. Ces médias tendent aussi à reproduire intégralement la voix officielle, la voix des porte-paroles du gouvernement ou des principaux partis du Parlement, qui ont tous abondé dans le même sens face à cette irruption populaire par le bas.
Tous les journalistes ne sont pas des « manipulateurs », bien évidemment : il existe d’ailleurs au Chili une grande tradition de journalistes d’investigation et de créateurs de film-documentaires critiques (sur la concentration financière, sur les crimes de la dictature, sur les cas de corruption, sur la justice, etc.) avec des journalistes comme Patricia Verdugo, Javier Rebolledo, Alejandra Matus, Ernesto Carmona, etc. Mais, ils sont globalement peu diffusés et ont souvent beaucoup de mal à trouver des financements. Il y a aussi une très forte précarité du travail pour les journalistes qui sont pigistes, freelance, comme d’ailleurs toute la société chilienne qui est très précarisée. Ils sont souvent polyfonctionnels, c’est-à-dire qu’ils doivent faire plusieurs choses à la fois, travailler dans plusieurs médias en même temps, et sont soumis à des journées très longues tout en pouvant être licenciés très rapidement. Cela pose le problème de protection du statut de journalistes et de leurs sources pour pouvoir exercer correctement son travail (12).
Le traitement médiatique de la révolte populaire qui continue depuis plusieurs mois est caractérisé non seulement par un sensationnalisme, une focalisation sur la violence, mais surtout sur la violence de celles et ceux d’en bas. On a vu des médias se concentrer sur une vitrine cassée ou une barricade en flamme alors que le même jour, il y avait des morts dans la rue et des personnes ayant subi des mutilations oculaires. Ou alors, c’est le point de vue des carabiniers, de la police, qui est mis en avant systématiquement, pas celui des manifestants, souvent caricaturés. Lorsque l’on donne la parole aux manifestants, c’est de manière tout à fait partielle et partiale, avec un usage des images qui participe et entretient la confusion.
Ce mouvement populaire est très fortement alimenté par les réseaux sociaux, par internet. Les dénonciations du « circo mediático » (cirque médiatique), de la « censure » de la part des « grands » médias, et en particulier des chaines d’informations, y sont légion. Cette dénonciation est aussi forte dans la rue et dans les manifestations (un peu comme on a pu le voir en France dans le mouvement des Gilets Jaunes). En même temps que le système politique, les partis et le président, les médias dominants traversent aussi une forte crise de légitimité et de crédibilité. Les gens se retrouvent donc plutôt à s’informer via les réseaux sociaux – avec tous les problèmes que cela suppose aussi. Le fait de pouvoir filmer en direct et de pouvoir diffuser en streaming sur internet, a commencé à se répandre au sein des acteurs en lutte ou de nombreux jeunes journalistes indépendants, avec une volonté de casser la vision unilatérale du mouvement, avec d’autres images et récits alternatifs montrant un autre mouvement, par « en bas », celui de la répression d’État, celui de la fête dans la rue, celui des revendications sociales contre le néolibéralisme et la caste politique…
Cette rébellion populaire a donc chahuté l’ensemble du système politique mais aussi le système médiatique. Et plusieurs médias ont été obligés de commencer à donner beaucoup plus la parole aux manifestants, aux mobilisés et à montrer aussi l’ampleur de la répression, tout en participant de la tentative de canaliser cette révolte en cours (13), et alors que plusieurs organismes internationaux des droits humains, y compris l’organisme des droits de l’homme de l’État chilien, dénonçaient l’ampleur de la répression. Le mot d’ordre, loin d’être nouveau, « n’écoute pas les médias sois ton propre média » est donc en partie une réalité dans les mobilisations au Chili pour essayer de contourner la domination médiatique.
Encore maintenant, avec l’actualité du coronavirus et de la gestion sanitaire calamiteuse du gouvernement, il y a un peu cette même préoccupation de contourner les médias oligarchiques par les réseaux sociaux, des réseaux de radios communautaires, ou des médias web critiques ou indépendants. Beaucoup de pages d’information apparues durant les mouvements sociaux de 2019 constituent désormais un véritable "espace de contre-information" via les réseaux sociaux. Mais ceci peut aussi poser parfois problème, car les réseaux particulièrement permettant aussi la diffusion d’une information qui n’est pas toujours contrôlée, vérifiée, et comparée, de « fake » ou encore d’une vision du monde complotiste.

Autre thème central à mon avis : le poids de ce qu’on appellerait en France les « éditocrates », c’est-à-dire comment quelques « opinologues », universitaires et journalistes néolibéraux, des éditorialistes, plastronnent avec morgue dans tous les médias (presse écrite, les télévisions, les radios), « font » et « travaillent » l’opinion. Ce sont d’ailleurs souvent des hommes blancs de plus de cinquante ans, à fort capital culturel et économique, qui dominent ce champ médiatique. Cela aussi a été très largement dénoncé, notamment grâce à la force du mouvement féministe, qui conteste cette domination blanche, masculine, patriarcale en même temps que cette domination oligarchique et médiatique. Peu à peu, a donc commencé à voir apparaître, y compris à la télé aux heures de grande écoute, des invités issus des mobilisations, des porte-paroles des syndicats, des mobilisés, du mouvement de la Coordination féministe du 8 mars, ainsi qu’en donnant la voix aux familles de personnes assassinées, aux proches des prisonniers politiques.

Rappelons qu’il y a plus de 2000 prisonniers politiques actuellement, et avec la pandémie (et vu l’état des prisons chiliennes) c’est vraiment catastrophique. Il y a donc quand même eu une « ouverture » et des brèches de conquises dans le champ médiatique sous la pression de la mobilisation et de la dénonciation issues de la rue, mais aussi grâce à certains journalistes qui font leur travail malgré tout et qui eux aussi, ont fait pression – parfois collectivement et syndicalement - en interne pour pouvoir traiter correctement la rébellion et la répression en cours. C’est le cas du collège des journalistes (colegio de periodistas.).

Une perspective de transformation ?


La question des médias (la transformation du champ médiatique chilien) est-elle assumée comme une revendication par les manifestants ? Des organisations politiques, associatives ou syndicales ont-elles déjà formulé des propositions de transformation du champ médiatique chilien ? Y a-t-il eu de telles initiatives dans l’histoire contemporaine chilienne, notamment à compter de la présidence de Salvador Allende ?


Sur la question des revendications, je pense que le Chili vit un moment fondamental, même si l’arrivée du coronavirus vient de suspendre tout cet immense cycle politique et social issu de la rébellion d’octobre. L’ensemble du système politique est sens dessus dessous : le mouvement a réussi à imposer que soit organisé un plébiscite (en octobre prochain désormais) et, potentiellement, une « convention constitutionnelle » (même si ce n’est absolument pas une véritable assemblée constituante comme le réclament les manifestants), alors que la Constitution de la « démocratie » chilienne – rappelons-le ! – est toujours celle de la dictature, avec quelques réformes et amendements. Même chose pour son modèle économique néolibéral (14).

La stratégie du pouvoir et des partis est d’essayer de contrôler le changement et canaliser les luttes par l’institutionnalisation. Il existe pourtant la revendication, imposée par en bas, d’une nouvelle constitution, « post-néolibérale » cette fois. Et cette question médiatique devrait être au centre, à mon avis, des futures discussions constituantes. Le collège des journalistes affirme très clairement l’exigence d’une constitution qui garantisse, « l’existence de moyens de communication sociale libres, indépendants et pluriels », c’est à dire qui interdise la concentration de la propriété et qui ouvre la voie à des médias indépendants. Cela pose la question, évidemment, du refus du financement et du contrôle des médias par de grands groupes capitalistes, pour reconnaître dans la Constitution la liberté d’information comme un droit fondamental, un droit à une information pluraliste et sérieuse dans son usage des sources, et donc à l’obtention de garanties et de protection pour les journalistes.
Mais cette discussion-là reste encore très minoritaire, y compris au sein de la gauche ou des personnes mobilisées, malgré les fortes critiques sur les réseaux sociaux, au sein des manifestants, visant à dénoncer les grands groupes médiatiques. Il n’y a pas une réflexion collective approfondie sur la manière de penser un écosystème médiatique libre, large, indépendant et pluriel. Il y a bien sûr des comparaisons qui sont faites avec par exemple les lois médiatiques qui ont été faites en Argentine (15). C’était l’idée des « trois tiers » : un tiers au privé, un tiers à l’État (médias publics) et un tiers à un troisième secteur qui seraient des médias associatifs, alternatifs, communautaires et indépendants, mais cette discussion-là est encore peu avancée à mon avis. Elle est pourtant évidemment centrale, au côté d’autres problèmes sociaux, très nombreux : celui de revenir à un système de retraites par répartition, la fin de la privatisation de l’eau en abrogeant le code de l’eau issu de Pinochet, la remise en cause du code du travail issu de la dictature, etc.
Dans l’histoire chilienne, cette discussion a été en partie menée, notamment sous Allende, puisqu’il y a eu la volonté de la part de l’Unité Populaire de créer de grands médias indépendants, par exemple Clarín, Las últimas noticias, ou des médias directement liés aux organisations politiques de gauche. Mais ça a été une histoire chaotique, et pas vraiment réussie totalement dans ses formes et ses modalités, puisque la gauche n’a pas su ou pu transformer le secteur des médias et surtout briser l’hégémonie des médias conservateurs. Clarín, sous la conduite de Víctor Pey, deviendra un journal d’envergure nationale, « fermement aux côtés du peuple » comme l’annonçait sous-titre, très proche de l’Allendisme et il sera exproprié à ce titre par la dictature : durant plus de 40 ans, Pey (décédé en 2018) a lutté pour pouvoir « récupérer » le journal, faire reconnaître le préjudice subi, et le relancer : après une saga politico-juridique aux multiples rebondissements, il a été débouté en 2008. Aujourd’hui Clarín n’existe qu’en version web (sous la conduite de Paul Walder).

Enfin, je pense qu’il est indispensable de mettre en valeur la grande richesse des médias alternatifs actuels, sur Internet, ils sont très nombreux, bien qu’encore minoritaires, avec un effort fait pour diffuser d’autres thèmes de réflexion que ceux des « grands » médias. Des journaux déjà cités comme El Desconcierto ou El Mostrador (16) entretiennent quant à eux un journalisme d’enquête indépendant, et montrent qu’il subsiste des espaces possibles pour informer, et pour construire des médias viables économiquement, un peu comme le ferait Mediapart ou Le Monde Diplomatique en France. Si cette question de la démocratisation médiatique est encore embryonnaire, alors que le processus constituant s’annonce – même s’il est repoussé pour l’instant du fait de la pandémie – elle devrait être au centre de la réflexion collective pour penser un autre Chili post-néolibéral et démocratique.

Propos recueillis par Vincent Bollenot et Nils Solari.

Notes :

1.  Nous remercions également pour sa relecture et ses apports, Antoine Faure, politiste et enseignant-chercheur à l’Université de Santiago du Chili (USACH).
2.  Los Magnates de la Prensa : Concentración de los medios de Comunicación en Chile, Santiago, Debate, 2009.
3. Informe sobre concentración de medios en la Industria Televisiva Chilena” – CNTV 2016.
4. Concentración de medios de comunicación. Conceptos fundamentales y casos de estudio (2019).
5.  On peut voir à ce sujet le documentaire de Ignacio Agüero « El diario de Agustín », 2008, Chili (80 min.).
6.  Mass Media, idéologies et mouvement révolutionnaire (Chili 1970-1973), Paris, Anthropos, 1974.
7. Coréalisé avec Valérie Payoux et Jacqueline Meppiel, 1976, 138 minutes.
8.  On parle de transition « pactée » pour désigner le pacte forgé entre élites économiques, militaires et politiques sur lequel est basé la « sortie négociée » de la dictature et qui a abouti notamment au maintien de Pinochet comme chef des forces armée jusqu’en 1998 et à de multiples héritages autoritaires en « démocratie » : Constitution, modèle économique, code du travail, fonds de pension, etc. Voir notamment : F. Gaudichaud, A. Faure, MC Godoy, F Miranda, R. Jara, Chili actuel. Gouverner et résister dans une société néolibérale, Paris, L’Harmattan, 2016.
9. Toutes ses archives sont disponibles en ligne.
10.  La « Primera línea » (littéralement, la première ligne) est le nom donné à la tête de cortège dans les manifestations, laquelle protège physiquement le reste des manifestants des assauts des Carabineros, la Police chilienne.
11.  Discours d’Oriana Zorrilla, présidente du Conseil Régional Métropolitain du Collège de Journalistes, en l’honneur du « Jour de la Presse » le 13 février 2020.
12. Voir l’article (en espagnol) de Claudia Lagos Lira et Antoine Faure, « Periodismo precarizado : ¿puede/quiere la prensa proteger a los ciudadanos ? », CIPER, 2019.
13. Voir l’article (en espagnol) : « El nuevo rol de los matinales tras el estallido social y cómo ha influido en la imagen de políticos », BioBio, 9 décembre 2019.
14. Sur ce sujet, voir l’entretien : « Regardons le Chili pour comprendre le monde dans lequel on veut nous faire vivre », Rapports de force, 11 mars 2020.
15.  Voir à ce sujet les articles : « Démocratisation des médias audiovisuels en Argentine », 28 octobre 2009 et « Argentine : une loi exemplaire sur l’audiovisuel », 19 novembre 2013.
16.  À titre d’exemple du travail de ce média, et en particulier de critique du traitement médiatique dominant des mobilisations sociales, voir l’article (en espagnol) de Felipe Saleh, El día en que el público se aburrió de la tele : la criticada cobertura de los canales abiertos al estallido social en Chile, 23 octubre, 2019.